Sexisme, cinéma et blogosphère – et maintenant ?

C’était une coïncidence. Une étrange coïncidence. Quelques mois plus tôt, nous avions décidé de parler. Nous, les blogueuses cinéma. Vous vous souvenez sans doute de ces articles, de nos articles.  En pleine affaire Weinstein, #Metoo et #Balancetonporc. Pour ma part, c’est arrivé par hasard. Il fallait que j’en parle parce que ça me rongeait. Il y’a eu Pauline, il y’a eu Océane. Et il y’en a eu tant d’autres. Beaucoup trop d’autres. Il fallait se rendre à l’évidence : nous n’étions pas des cas particuliers, et les témoignages que l’on recevaient se ressemblaient. C’était terrifiant.

On a eu besoin de témoigner de notre expérience de blogueuse. Car vous pourrez toujours penser ce que vous voulez, vous pourrez toujours clamer le contraire :  c’est une réalité embarrassante. Etre une fille qui parle de cinéma, ce n’est pas aussi facile que pour vous. Et si vous pensez que c’est se positionner en victime que de dénoncer, c’est donc peut-être que vous faites partie du problème.

On se souvient de cette vague de soutien. Et surtout de cet effroyable embarras. Je ne suis pas comme ça, moi je te soutiens. De la bouche de celui qu’on accuse. C’est une impression terrible que celle d’hurler dans le vide. Un sentiment désespéré et désespérant.

Six mois plus tard. Qu’en est-il ?

On en est encore là. A répéter sans cesse les mêmes choses avec le vague espoir que quelqu’un l’entende. Une potentielle remise en question. Tais toi tu mens. Et on revient à cette éternelle hypocrisie. c’est horrible ce que font les autres mais moi je ne suis pas comme ça je trouve que tu exagères je ne suis pas tous les hommes mais c’est dégoûtant je te soutiens vraiment. Alors que derrière, nous savons toutes ce que tu fais et as fait. Et nous sommes trop nombreuses pour que cela soit acceptable.

Ce qui a changé, c’est que nous savons. Nous savons ce que tu fais. On ne t’écoute pas. Nous voyons ce que tu dis. Toi que tout le monde aime tant. Que tout le monde regrette. Comme si ta disparition soudaine n’était qu’un pur hasard. Personne ne veut entendre ce que tu as fait vraiment. C’est faux, ce ne sont pas tous les hommes. Car nous ne sommes que des folles. Ces femmes, qu’est ce qu’elle ne ferait pas pour attirer l’attention sur elle. Je sais que je passe encore pour une hystérique auprès de vous. Parce que c’est plus facile que d’admettre la vérité.

Ce qui a changé, c’est que nous sommes nombreuses. Et qu’on se soutient. Toutes. Qu’on ose parler et avoir le courage de dire devant tout le monde. Mais finalement qu’est ce que ça change ? Le lendemain, c’est oublié. Parce que c’est plus facile. C’est plus facile d’aller s’excuser auprès des autres que de venir sale féminazie simplement reconnaître ce que tu as fait. C’est plus facile de faire comme si de rien n’était. C’est toujours la même, on te trouve des excuses. Donc ne t’inquiète pas, tu peux avoir tout dit et tout fait, ça ne changera rien. Tu peux dormir tranquille c’est du flirt pas du harcèlement on continuera de te parler. Mais prenez garde à ce silence assourdissant. Où sont passé les grands défenseurs de la cause féministe ? Pourquoi se taisent-ils quand cela les touche de près ? Dans leur milieu. Dans leur blogosphère. Nous savons pourquoi.

Pourquoi parler ? C’est une chasse aux sorcières. Parce qu’il est nécessaire de pointer les contradictions qui hantent ce milieu. Le cinéma est un milieu masculin, que vous le vouliez ou non. Et il faut que tout cela change. Avoir parlé a été libérateur. Nous ne sommes plus seules. Certaines ont trouvé le courage de parler. D’autres ont décidé d’agir pour tout changer. Pauline peut être fière : la création de Sorociné est absolument nécessaire, et fait du bien. Un podcast exclusivement féminin ah parce que c’est pas sexiste ça qui parle de cinéma avec un point de vue féministe. Et c’est passionnant.

Maintenant que nous existons, peut-on enfin parler librement ? Car oui, une parole féminine, même si elle ne l’est pas forcément, peut aussi être féministe. Or c’est un mot qui effraie, comme une insulte. Parler de cinéma et de féminisme n’est pas un paradoxe. Ces féministes qui veulent tout censurer. Oui, une critique féministe peut être un argument. Que ce soit en terme de représentation raciale ou genrée. Mais il n’y a qu’à voir comment elle est reçue. Je n’étais qu’une petite féministe excitée qui voulait détruire le cinéma en pointant ce qui m’avait gênée dans L’Amant Double. Critiquer la représentation des femmes dans le cinéma de Kechiche, c’est forcément ne rien y connaître au cinéma. Chez Spielberg dans Ready Player One, ce n’est juste pas acceptable. Et la liste est infinie.

Critiquer ne veut pas dire supprimer. Il me semble nécessaire d’aborder des questions de représentations et surtout, d’essayer de les comprendre. Oui, les grands classiques du cinéma ne sont pas intouchables. Ca ne devrait pas être tabou de souligner que Blade Runner possède une scène d’agression sexuelle, par exemple. Il faut le reconnaître. Il faut le dire. Ca n’invalide en rien On peut plus rien dire l’appréciation personnelle de chacun. Il faut juste en être conscient. Mais comme toujours, le retour est violent. Des insultes. Une constante remise en question. Il faut toujours prouver quelque chose, puisque vous savez toujours mieux que nous. Avoir des preuves. Et puis, c’est plus facile de dire qu’on ne connaît rien au cinéma plutôt que d’écouter. On aimerait un débat, un vrai, avec de vrais arguments. Mais c’est toujours pareil : un mépris constant de tout ce qui peut être étiqueté «  féministe ». Et ne parlons pas d’écriture inclusive, il paraît que ça invalide forcément ce que l’on dit. C’est visiblement trop difficile pour vous de faire un effort pour comprendre.

Et la route est longue. Tu racontes n’importe quoi.  Maintenant que l’on a votre attention, écoutez-nous. Pour de vrai cette fois. Pas en détournant les yeux c’est faux quand cela vous arrange. Il va falloir vous y faire. Nous avons des je te soutiens moi choses à dire, et nous ne nous tairons pas. Si vous nous soutenez vraiment, écoutez. Laissez nous aussi la parole. Écoutez vraiment ce que l’on a à dire. Ne faites plus semblant. Posez vous des questions. Car si nous devons encore écrire ces lignes, c’est parce qu’elles sont encore tristement nécessaires. Ne comptez pas sur nous pour attendre patiemment notre tour. Nous avons tant de choses à dire et nous n’abandonnerons pas. Parce que nous n’avons plus peur.

Les parties d’Océane et de Pauline sont à retrouver ici

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