Get Out

Le cinéma d’horreur s’inspire toujours de l’inconnu pour nous faire peur. Des démons invoqués par de sinistres cérémonies. Des créatures dégoûtantes venues d’ailleurs. Des fantômes qui hantent les vieilles bâtisses. Alors pour se rassurer, on se dit que tout cela n’existe pas. Tard dans notre lit, on se répète ce n’est que de la fiction. Pour de faux. On ne l’a pas vu de nos propres yeux, donc ce n’est pas réel. Et on s’endort en oubliant.

Que faire alors quand l’horreur s’inspire d’une réalité ?  Plus que tiré d’une histoire vraie. C’est une vraie histoire, celle qu’on cherche à occulter quand on ne se sent pas concernés. C’est peut-être l’intelligence même de Get Out de Jordan Peele. Le film doit nous hanter dans nos rêves.

Résultat de recherche d'images pour "get out film"

On croit à tort que la peur naît de la surprise, des pires atrocités capables montrée à l’écran. Elle naît d’abord de la compassion. Le personnage principal est un Noir Américain, Chris. C’est déjà terrifiant de voir à quel point c’est presque étonnant, d’avoir un personnage non blanc dans un film américain tant cela est rare. La caméra souvent subjective déforme les visages, à travers des jeux d’ombres, et les transforment en créatures monstrueuses. Le film plonge dans une ambiance étrange, malsaine. Dès l’ouverture, la chanson en Swahili inquiète. La menace est présente, mais d’abord invisible. Les chants viennent alerter du danger à venir. Fuis tant qu’il est encore temps. Les ancêtres ne se trompent jamais.

Get Out parvient à créer un véritable malaise, par ses situations. Les mots deviennent terribles. Les questions posées par les blancs deviennent réellement oppressantes, à travers les yeux de Chris. Vous êtes des bêtes de sexe. Vous êtes différents par vos gênes. C’est une fascination malsaine. Seul Chris doit faire un contrôle de papiers. Là où le film réussit, c’est quand il parvient à recréer une réalité et à nous la faire revivre. Ces phrases, qui dans un film d’horreur prononcées par l’ennemi, font peur. Dans notre réalité, moins. L’angoisse est davantage verbale que physique, c’est peut-être ce qui rend Get Out si fascinant. La haine  s’empare de l’esprit, jusqu’à le manipuler, à le réduire au néant. Le réduit à ne plus être humain. Elle cherche à détruire un individu, jusqu’à le corrompre et l’aliéner. Se sentir mal à l’aise face au film, c’est comprendre la vision par l’oppressé, et non plus se borner à celle de l’oppresseur. Ce racisme ordinaire, devient l’élément d’un film d’horreur. Un film d’horreur parfaitement réel, dans ce qu’il cherche à nous montrer. Et lorsque on parvient à faire peur d’une réalité, c’est que quelque chose n’est absolument pas normal. Lorsque qu’on comprend que la réalité n’est jamais loin, on s’attend au pire. La réaction du public le démontre lors de la scène finale. Les lumières au loin, sensées rassurantes, laissent place à une angoissante et une colère soudaine. Comme les souvenirs des images terrifiantes de la réalité. Parce qu’on sait, ce qu’il se passe dans notre réalité, et que c’est bien plausible, dans un film d’horreur. Parce que l’horreur serait à son paroxysme.

Résultat de recherche d'images pour "get out film"

Refuser que ce film est politique, c’est refuser une réalité. Croire aux apparences accueillantes des Etats-Unis, comme le paradis sur Terre. Derrière les sourires figées, et l’amour fraternel se cache un masque de monstruosité. Voter Obama, ce n’est pas annuler toutes les violences contre les Noirs Américains. Sous la fausse amitié se cache le monstre du racisme, jamais loin. Les notes discordantes du Ukulele rappelle celles de Deliverance. Dans le cinéma d’horreur, la figure du monstre humain, était le redneck, le plouc consanguin perdu dans le Sud des Etats-Unis, incapable de se civiliser. Seul lui était capable du pire. Désormais, loin des peuples oubliés, c’est la famille propre sur elle, dans sa maison semblable les demeures coloniales rappelle les pires heures du peuple américain. C’est désormais elle, l’ennemi. Le monstre est civilisé. Celle qu’on croit dotée des meilleures intentions, mais dont le masque fini par tomber un beau soir. Get Out, tire toi. Car tout le monde n’est pas bienvenu en terre promise, même si l’on refuse d’y croire.

 

Get Out doit exister. Parce qu’il est le reflet d’une Amérique actuelle, aussi tragique soit elle. Car en plus d’être intelligent, le film parvient à toujours nous surprendre. Et c’est encore trop rare. Le cinéma a beau créer des monstres terrifiants, elle ne pourra jamais dépasser l’horreur de la réalité.

Publicités

5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. tinalakiller dit :

    Te lire, c’est sincèrement un bonheur. Je ne rajouterai rien de plus sinon tu vas rougir ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Suzy Bishop dit :

      Trop tard, je rougis déjà beaucoup trop tellement c’est adorable !

      Aimé par 1 personne

      1. tinalakiller dit :

        Je croise maintenant les doigts pour que Jordan Peele nous fav !

        J'aime

  2. princecranoir dit :

    Très bonne surprise que cette série dont tu explores hardiment les recoins obscures, dont tu pousses les portes dérobées. Peele lève le voile sur une Amérique hypocrite, sur une communauté blanche qui n’a jamais laissé sa place au peuple afro-américain après l’avoir pourtant exploité des siècles durant. Le film montre bien comment cette exploitation est toujours présente, a changé de forme, s’utilise comme un faire-valoir (Obama), une vitrine progressiste alors que les clichés les plus nauséabonds demeurent vivaces sous la surface. Cette famille de wasp n’est finalement pas si éloignée des bouchers cannibales de « Massacre à la Tronçonneuse », sans doute plus présentable mais tout aussi tordue dans le fond.

    J'aime

  3. princecranoir dit :

    Je voulais dire « série B », une lettre m’a échappé.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s