Souvenir d’une émotion perdue

Dans la nuit noire, on s’ouvre à soi même. Les images lumineuses nous abandonnent dans notre propre solitude.  Face à l’illusion du temps, les sentiments inavoués se dévoilent. On devient plus vrai, plus sincère, plus-. Devant le vacarme assourdissant des ténèbres, on se retrouve face à nous-même. On se découvre des joies, des peines, des angoisses insoupçonnées. On vit ce que l’on voit. L’expérience d’un film est celle de l’intime. Une invitation à explorer le brouillard qui entoure notre âme.

On est ce que l’on voit. On se terre dans ce refuge, entouré d’être de papiers. La lumière au loin nous réconforte, nous rend plus fort. Un dernier espoir. On se remémore. On s’accroche à des souvenirs qui s’effacent. On cherche à récréer les bribes d’une enfance disparue. Dont les rêves immortels revivent dans ce spectacle irréel. C’était le jour de Noël, l’odeur sucrée dans les airs. L’impatience du temps. On tuait le temps devant des images, celles de Retour Vers le Futur. Parce qu’on voulait aussi modifier le temps nous. Parce qu’on voulait être au soir nous. Parce qu’on voulait que cela dure éternellement nous. Et le temps passe et on vieillit. Et le temps passe, et le passé s’éternise. Les rêves d’enfants s’emprisonnent dans la lumière, pour toujours. Et on revit ce moment, encore et toujours. On sent le froid glacial de l’hiver en plein été. La nostalgie d’un temps incertain. On ressent la peur et l’excitation d’être surpris à lire alors qu’on devrait dormir. Oui je me souviens, quand on attendait Harry Potter. Je me souviens de l’obscurité de cette salle et que j’avais peur de la fin. On s’est vus grandir, eux et nous. Dix années passent, et l’on redevient qui l’on était. On se laisse envahir par la douce chaleur du passé, fait d’histoires fantastiques et d’une douce folie. On se replonge dans ces images comme dans un vieil album que l’on avait presque oublié. Et on sourit.

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La douceur amère de la nostalgie amène une tristesse incompréhensible. Celle qui brouille notre esprit. Personne ne peut l’aimer comme je l’ai aimé. On voudrait garder des films pour nous. Parce que personne ne peut le comprendre. Parce que mon vécu est plus fort que celui des autres. Parce qu’il est tout pour moi et que j’aimerais le garder jalousement. Les larmes qui montent ne viennent jamais de nulle part. Parfois émues d’une beauté inattendue. Simplement d’être confronté à l’innocence de Kiki La Petite Sorcière. Sa pureté émouvante. De son étonnante simplicité qui vient chercher les enfants perdus. Et puis les larmes sont tristes. Parce que l’on se retrouve dans des idées. Room. Des idées angoissantes voient soudain le jour. On est ce que l’on voit. Et ce que l’on ne voit pas. La beauté de la réalité réside de l’autre côté de la fenêtre. Ce besoin de partir explorer le monde inconnu de la vie réelle.

Pourquoi se cache-t’on de pleurer ? Parce que les larmes disent vraies. On se croit faible, alors même qu’on a la force de se découvrir.

Tu te souviens de ces longs silences sur le chemin, où le moindre mot me laisse en sanglots. Où le regard des gens m’est soudain indifférent. Quand eux riaient, je me blottissais quelque part. Parce que je ne voulais pas que ça m’arrive, à eux, à moi, à nous. Où je reste inconsolable pendant des heures. Je sais que ça me fait mal, mais je suis heureuse de ne pas être seule. Et de ne jamais en avoir honte.

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okay ? okay

La joie d’une tristesse inespérée. D’un réconfort. De ne pas être seul dans l’obscurité. La chaleur douce d’une nuit d’été, où l’on erre dans la rue à parler pendant des heures de ce que l’on a vu. De ces larmes et de ces rires. De Mommy. Moi aussi un jour, je serai réalisatrice. Moi aussi un jour, je pourrai faire ça. J’y crois. LIBERTE. Après m’avoir oppressée, la joie s’ouvre enfin. Le cadre immense. Ce sentiment indescriptible, la joie naïve de pouvoir à nouveau respirer. L’hors-temps. Ce moment de liberté sauvage que plus rien ne peut arrêter. On espère encore. Car tout est à nouveau possible. De devenir des aventuriers au bout du monde. La Vie Rêvée de Walter Mitty. Non, jamais tu ne pourras partir, tu es trop faible. Tu es folle. Mais là bas, l’inconnu attend. Si Mitty l’a fait, alors je peux le faire. J’en suis capable. Je peux prendre mon sac et partir au milieu de nulle part, dans les terres glacées de l’île des géants. Et puis le revoir après. Dans le ciel, ce dernier adieu. Réaliser que la réalité est devenue aussi improbable que la fiction. Et être fière, pour toujours, d’avoir changé les choses. Les films s’inspirent de nous. Ils nous encouragent à devenir meilleurs.

Et si je n’y arrive pas. Et si je ne peux pas. Et j’ai peur.

De moi même.

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De ce monstre immense qui vient me submerger. Qu’il m’est impossible de fuir, engluée dans l’espace. Dans l’angoisse imminente du temps. La peur terrifiante de la fin d’un monde. D’être responsable. La destruction de l’univers. De la tragédie humaine. Ne plus se laisser surprendre, mais vivre dans les ténèbres et le chaos. C’est impossible d’en sortir. La fin est proche. L’air est froid et triste. Melancholia devient trop réelle. Ce n’est pas qu’un film. C’est une vérité trop laide pour être acceptée. On ne peut déjà plus lui échapper. Les vrais films d’horreur ne nous prennent pas par surprise. Ils réveillent en nous nos plus grandes angoisses.

On se laisse amadouer d’abord. On croit qu’on peut prédire le danger, qu’il est ailleurs. Qu’on est fort. Jusqu’à ce qu’on perde le contrôle de son propre corps. C’est grave. La peur ne vient pas de l’écran mais de soi. On vient de se perdre soi-même. Par la fascination dégoûtante de l’image. Mais on a réussi à se vaincre. A combattre nos peurs. On ressort toujours plus fort. Parce qu’on est plus fort que le mal. Plus fort que la mort. Le plaisir gothique nous permet de mieux contrôler la mort. De la dominer. Je sais comment elle fonctionne. Le néant s’associe à un plaisir esthétique. La peur laisse place à une beauté inégalable. A la Dame en Noir, de ses vieux châteaux hantés par des âmes perdues. On connaît ses rouages, et on consent à se laisser surprendre. On devient courageux. Ou on se cache pour ne pas voir. Pour ne pas être hanté tard la nuit dans nos cauchemars. Pour ne pas avoir peur du monstre caché sous son lit.

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Ce n’est jamais que du cinéma. Jamais pour de faux. C’est une partie de notre âme emprisonnée dans des morceaux de lumière qu’on protège. Qu’on partage avec ceux qu’on aime. De ces longs trajets silencieux, dans la pluie, dans le froid. A se battre, à pleurer, à rire. De ces mots inoubliables. De ces choix. De ces incompréhensions.  Ce n’est pas grave de pleurer. De rire. D’avoir peur. De s’ennuyer. Cela prouve que l’on existe.

 

 

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10 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. tinalakiller dit :

    Bordel, c’est beau ! 😀

    Aimé par 1 personne

    1. Suzy Bishop dit :

      C’est tout gentil ça, merci à toi de m’avoir inspirée avec ton récent article ! 🙂

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  2. borat8 dit :

    Coucou Suzy! Même les plus sceptiques le diront: voir un film durant un jeunesse joue beaucoup dans son acceptation. Je ne suis pas sûr que j’adhérais à Space jam si je le découvrais aujourd’hui. Ta récente sortie de billets m’a fait pensé à mes propres recherches sur les films que j’ai vu au cinéma. Oui tous.
    Pour ce qui est d’être triste ou de pleurer devant un film, on a souvent ce cliché du garçon qui reste insensible. Ce n’est pas mon cas. Comme tu le sais il suffit de me mettre devant The land before time et tu peux compter les mouchoirs en voyant mes yeux rouges. 😉 Je ne me cache pas. Si je pleure c’est parce que ce film est beau, triste et qu’il me parle de choses en rapport à mon vécu. Un de mes potes était surpris de me voir pleurer devant Logan. Je lui ai dit parce que c’est beau et triste. 😉
    Pour ce qui est de la peur je parlerais plus de choc en ce qui me concerne. J’ai toujours regardé dans les films les différentes horreurs à l’écran. Même les pires. Je n’ai qu’à citer The thing et La mouche pour dégoûter.

    Aimé par 1 personne

    1. Suzy Bishop dit :

      Merci beaucoup pour ton chouette retour, je sais à quel point The Land Before Time est important pour toi. Je t’avoue que c’est très probable qu’en le revoyant maintenant, ça me ferait beaucoup pleurer aussi pour tout le souvenir que ça représente ! Mais tu fais bien, c’est une bonne chose de pleuer 😉

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      1. borat8 dit :

        Je te conseille un test: écoute le sixième morceau de l’ost et tu verras qu’un grand nombre des émotions que tu as évoqué sont dans ce morceau. 😉

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      2. Suzy Bishop dit :

        Maintenant je me souviens 🙂

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  3. seriesdefilms dit :

    Excellent , très bien écrit 🙂

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    1. Suzy Bishop dit :

      Oh merci à toi c’est gentil 🙂

      Aimé par 1 personne

  4. Ça me fais tellement plaisir de lire ça ! Je te remercie. Oui ce n’est pas grave de pleurer, de rire, ou d’avoir peur, c’est même pour ça qu’on devrait tous regarder des films. Ressentir de l’émotion. Et crois le ou non, c’est encore plus tabou d’en parler quand on est un homme. Bah ouais, un mec qui pleure devant un film c’est un fragile à ce qui parait. A une époque je disais rien. Je suis un dingue de l’univers Marvel, j’ai attendu le film Avengers pendant des années. Plusieurs super héros dans un même film ! Quand il est sorti y a cinq ans j’avais les yeux qui brillaient comme un gosse (non pas que le film soit de grande qualité), mais parce que ça représentait quelque chose, et je le gardais pour moi. Après avec l’âge on s’en fou. On peut même en être fier.
    Il y a aussi un aspect lié au passé et tu l’as très bien dit. Quand je regarde La Liste de Schindler je suis touché par le fait que tout ça ait vraiment existé, et je pense à certains membres de ma famille qui étaient résistants.
    Et puis les films de notre enfance bien évidemment marque beaucoup aussi. Tu parles dans ton article de l’attente du prochain Harry Potter, c’est l’exemple parfait. Quand je suis allé voir Les Animaux Fantastiques, j’ai eu des frissons dans la salle à l’introduction quand j’ai entendu le thème d’Hedwige avec le logo Warner Bros qui approche. J’étais reparti quelques années en arrière l’espace de quelques secondes. Et je l’ai dis à mon amie en sortant de la salle sans aucune retenue !
    Bref tout ça pour dire que je partage totalement ton sentiment, et je vais même plus loin. Oui aller au cinéma procure diverses émotions, et il peut même nous en délivrer. En ce qui me concerne, lors d’une période ou je me sens très mal, je regarde des films de Chaplin. Ça m’aide à aller mieux, et je ne saurais même pas te l’expliquer. Probablement que ces films ont un effet particuliers sur moi, qu’ils me redonnent du courage. C’est comme un médicament. Sauf que contrairement aux médicaments, le cinéma on l’adore.

    Aimé par 1 personne

    1. Suzy Bishop dit :

      Merci beaucoup pour ton touchant témoignage. Peu importe qui l’on est, on a le droit de se libérer de ses émotions, et dire le contraire est totalement absurde. Parfois tu sais, tu n’as pas besoin de l’expliquer, tant que ça fait sens pour toi, c’est le plus important 🙂

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