Here’s to the ones who dream

C’était donc un cauchemar à demi-éveillée, un jour, un soir. Et depuis, j’ai l’idée folle de devoir en faire un court-métrage. Et maintenant, qu’est ce que je fais ? 

Dawn of the night 

La douceur du jour, la chaleur du monde. Et au loin une ombre silencieuse qui grandit. Un monstre sans visage qui s’étend au-dessus de nous. Une odeur de mort, le froid, la nuit. Cette chute inexorable dans la nuit noire. Le monde est avalé par le néant.

Dans la nuit, le monde se tait. L’herbe sèche. L’eau noire. Le monde n’est plus qu’obscurité. Effrayant. Rien n’ose bouger. En haut de la colline, qui surplombe la mort. Se traînent le reste de vie, posés à même le sol. Deux corps glacés face à la voûte noire. Accrochés l’un à l’autre pour l’éternité. Endormis par la peur. Des mains. Tes mains. Ces immenses tiges froides. -Pourquoi- Les sons, les lettres, la voix. – pourquoi l’obscurité monstrueuse- pourquoi – La sensation de s’éloigner vers le vide, même accroché. Car tout n’est pas rien. Rien signifie quelque chose. Le néant est immense, impénétrable, infini, et l’on s’y perd sans savoir ce qu’il y’a derrière. Peut-être que derrière cet écran noir se cache un puits d’infini. Nous ne savons rien, nous ne saurons jamais. Alors ça veut dire qu’il n’y a que du vide, que du rien, que du néant, que le monde s’écroule et nous aussi, et qu’on tombe encore et encore et encore et que ça ne s’arrête jamais, car on se laisse aspirer par l’univers que nous ne sommes rien que je ne suis rien que rien n’existe et que tout est RIEN –

La mort se réveille dans son souffle gelé. Qui se glisse à l’intérieur des choses pour les tuer lentement. Les monstres noirs hurlent quelque part. Les fantômes de la nuit s’inclinent devant la divine lueur. Le cercle d’argent trône dans le néant.

Elle se lève, recroquevillée sur elle même, gémit. Son corps difforme se tord. Désarticulé. Les yeux de mort. Guidée par l’aura d’argent. La bête furieuse se dresse fièrement. Ose regarder les yeux terrifiés de l’autre. POURQUOI. L’éclat du poignard. Un hurlement inhumain. La bête agenouillée devant sa proie souffle. La lune disparaît à nouveau, et rétablit le silence. Redevenue fille. Elle contemple sa main, ses doigts remplis de sang. Par terre gît le corps magnifique de l’être aimé. Pourquoi – les larmes et la colère ne le font revenir. Il est mort, par ta faute. La fille se lève, effrayée par sa propre monstruosité. Elle court. S’engouffre dans la forêt. Se fuit soi-même. La bête se cache, prête à surgir. Près de la rivière , l’eau miroir d’une vérité que l’on veut ignorer. La fille se penche au dessus de l’eau noire. La terreur de revoir la bête tapie sous des traits familiers. Impossible de se fuir. Alors elle abandonne, couchée près de l’arbre. Tuer le monstre une dernière fois, en lui faisant mal. En lui déchirant les entrailles. Et elle se laisse engloutir dans les ténèbres.

/

Le matin dès l’aube. La lumière. Le ruissellement de l’eau. Le piaillement des oiseaux. Plongée dans un halo de vie, la fille morte s’endort doucement. Les remous léger de sa robe sanglante dans l’air pur. La pâleur de son corps illumine le vide. Là bas gît le crime, et tache la scène de sa cruauté. Du sang qui perle sur le sol. Et elle se réveille, enfin, de son voyage des ténèbres. Les yeux s’ouvrent sur un autre monde, calme. Perdue quelque part où tout est enfin beau. Maintenant il faut tuer la mort. Se purifier. S’admirer une dernière fois dans le miroir, avant d’y plonger les mains pour nettoyer sa peine. Pour effacer à jamais la peur. Le poignard lui, s’enfonce lentement dans l’eau, disparu. L’étrangeté de mes doigts, la singularité de mes jambes. La lumière. Toucher pour être sûre d’être vivante. D’être bien là. D’avoir survécu à l’obscurité. D’exister. Au milieu de cette minuscule vie sauvage, tapie sous mes pieds, inexistants. Impossible de les voir. Partout il y’a une vie silencieuse qui existe sans moi. Les branches nous retiennent. La lumière.

Là-bas au loin une silhouette familière. Lumineuse. Celui-là même. Debout dans l’étendue verte, attendant son retour de nulle part. Se toucher les mains, pour être sûr. Pour que tout soit vrai dans le temps. Et combattre le temps en tournoyant. Les cheveux dans les airs. Des yeux vivants. Alors ils courent vers cette colline, comme si plus rien n’importait. Car plus rien n’importe.

Couchés sur le sol face à l’étendue bleutée. Le visage rieur. Les choses ont un sens. Rien de tout cela ne devrait exister, et sont, pour nous. Un spectacle immense. Car quelque part, sans le voir, Ophelia danse dans le noir. Il y’a tellement de choses à voir, et à connaître.

Je veux tuer le temps et rester là pour toujours.

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10 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. seriesdefilms dit :

    C’est très bien écrit bravo ! 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. princecranoir dit :

    Cette prose nihiliste et bestiale m’a fait voyager quelques instants par-delà l’écran de mon ordinateur. J’en frissonne encore. C’est une intense expérience que tu m’as fait partager là. Merci.

    Aimé par 1 personne

    1. Suzy Bishop dit :

      Merci à toi d’être toujours présent quand il le faut, et d’avoir pris la peine de lire, c’est vraiment très important pour moi

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  3. unbilletdhumeur dit :

    J’ai beaucoup aimé. Elle mêle violence, grâce et simplicité et puis, et puis cette transformation, je ne sais pas si tu rends hommage au loup-garou ou à n’importe quel autre monstre difforme, mais c’est l’une des plus belles descriptions de transformations que j’ai lu jusqu’à présent.

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    1. Suzy Bishop dit :

      Forcément, je suis shootée à l’imaginaire gothique, donc c’est indirectement inspiré du mythe du loup garou, transposé à autre chose. Alors merci

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  4. tinalakiller dit :

    C’est vraiment très bien écrit, bravo !! 😀 😀
    Tu as vraiment beaucoup de talent en écriture – c’est fluide, on ressent différentes émotions, le tout intrigue – tu devrais persévérer dans ce domaine ! 😀

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    1. Suzy Bishop dit :

      C’est vraiment adorable, surtout venant d’une ex étudiante en lettres, merci en tous cas 🙂

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      1. tinalakiller dit :

        Oooh tu es chou !! 😀

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