Us Vs Them

 

Jeff Nichols est peut-être le digne héritier du Southern Gothic. Lumière âpre, sol poussiéreux et boueux, famille contre un système froid et monstrueux. L’amour sincère pour le Sud des Etats-Unis transcende ses films. Protéger le foyer. Que ce soit avec Midnight Special, Mud ou Loving, la famille est toujours fugitive, pourchassée par une ombre sournoise qui cherche à la détruire. En s’emparant de l’affaire Loving V Virginia ( 1967 ), Nichols dresse un portrait humble et délicat des Loving.

Loving. Un nom qui s’il avait été issu de fiction aurait paru presque trop caricatural pour être crédible. L’amour contre l’Etat de Virginie. Le film commence avec un gros plan sur le visage de Mildred Loving, le regard troublant de silence. Ce n’est pas tant l’intérêt administratif qui intéresse Nichols mais bien l’intimité du couple.  Celui d’un quotidien, des éclats de rires sur un canapé, des embrassades, des promesses d’un avenir meilleur.Ruth Negga est rayonnante, par sa force et sa douceur. Joel Edgerton est lui discret, toujours en retenu et qui ne recherche que la simplicité. Un couple véritablement touchant.

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Construire un foyer. Home. Loving, comme l’acte même d’aimer. Sans raison, sans loi. Se protéger des autres en se serrant un peu plus fort. Contre ceux qui cherchent à détruire un foyer. Mildred et Richard sont les parfaits anti-héros qui ne cherchent jamais à attirer l’attention. L’émotion se communique par les regards, parfois tendres, dans lequel on lit toujours la peur d’être attrapé. Ils disent peu, mais montrent beaucoup. Une incompréhension devant l’absurdité de la loi. Être discrets pour se faire oublier du reste du monde, pour pouvoir s’aimer sans blesser personne. Se soumettre pour espérer être tranquille. Nichols filme le couple avec pudeur, et ne cherche pas à provoquer  l’émotion. Celle-ci vient naturellement.

Le temps s’étire et se lit sur les visages. Il est rarement précis. Au loin, on entend vaguement le bruit de ceux qui hurlent pour la liberté dans la rue, mais jamais on ne les vois. Ils ne sont que secondaires. Les années passent, et le besoin de revenir se fait urgent. La ville est dangereuse et froide. Chez soi, c’est auprès de ceux qu’on aime. Dans la campagne, au milieu des rires et des danses. Les routes poussiéreuses, le besoin de sentir la terre entre ses doigts. Loin des flashs, des caméras, des bâtiments froids de la ville. Malgré les tensions sociales, Nichols magnifie le Sud. A travers l’herbe qui grouille de vie. Les sourires, les visages rayonnants, la retenue des sentiments. Après avoir ouvert la voie et bâti le futur des autres, il est temps de bâtir enfin son propre foyer, de ses propres mains.

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Finir son film par un texte explicatif aurait pu être de trop. Pour rappeler que les choses sont réelles. C’est peut-être là que l’émotion explose. Le retour à la cruelle réalité. Tout ceci a bien existé. Les Etats-Unis ont réussi à exorciser les démons du passé, même si tout n’est pas encore acquis. L’amour a triomphé de la haine, presque au sens littéral. Ca aurait dû être une fin heureuse. Mais aujourd’hui. Aujourd’hui, les Etats-Unis cherchent à détruire des familles. Encore. Des mots qui auraient dû être heureux me laisse inconsolable.

Le film est essentiel. Aujourd’hui. Et ça fait terriblement mal de voir que l’absurdité même du film recommence encore.

 

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. princecranoir dit :

    Ton magnifique texte fait ressurgir l’émotion qui m’a serré la gorge à la fin du film. Un film au clacissisme eastwoodien (mais sans la défiance de l’institution) qui est une sorte de bourrasque d’amour dans l’Amérique intolérante. Solaire et lumineux dans sa narration, simple et beau comme du Nichols.

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    1. Suzy Bishop dit :

      Je ne te cache pas que l’émotion est revenue en écrivant ces lignes, j’ai vraiment été touchée par la délicatesse de ce film. Décidément Nichols est devenu un des mes réalisateurs préférés.

      Aimé par 1 personne

      1. princecranoir dit :

        C’est vrai que jusqu’à présent, il ne nous aura jamais déçu.

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