Say Goodbye to the President

 

22 NOVEMBRE 1963. Dallas. L’assassinat de JFK. Tout le monde a vu, tout le monde sait. La mort d’un président américain. Un événement devenu presque fictif, qui ne fini pas d’obséder. Pourquoi faire revivre une tragédie connue de tous, 54 ans plus tard ? Pour ne pas oublier. Pour la gloire. Pour commémorer. C’est un écho d’autant plus dramatique, dans une Amérique aussi déprimée et déprimante, où le président fut considéré comme une icône, par ses valeurs. Peu importe sa politique. Fut.

Jackie de Pablo Larrain. Un film chilien sur un événement profondément américain. C’est peut-être l’intérêt même du long-métrage. Saisir la tragédie à travers une femme. Une femme devenue  presque un mythe. Par sa posture, son élégance, sa voix. Nathalie Portman parvient non plus à imiter, mais à être. Jusqu’au timbre de voix si particulier, comme un murmure. L’utilisation du 16mm ajoute au côté authentique du film, imitant l’image d’archive. Le grain brut de l’image a quelque chose de déroutant, comme quelque chose de résolument imparfait.

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Le film vient capturer un instant de vie. Quelques jours, de l’assassinat à l’enterrement. Un récit éclaté, raconté par Jackie à un journaliste. Le temps se mélange, et se perd. Ce n’est pas tant un récit linéaire qui intéresse, mais les souvenirs qui reviennent presque aléatoirement. Donner un autre point de vue. Le temps se répète, encore et encore. Comme un cauchemar. C’est l’image d’une mort effroyable qui revient sans cesse hanter ses souvenirs. Le film est anxiogène. Les plans rapprochés nous enferment, nous étouffent. La détresse de Jackie se lit en un regard, mais ne se montre pas.

Un jeu d’apparence. Montrer ce que l’on doit être. La première Dame. Celle qui montre l’exemple. Celle vers qui l’Amérique se tourne. Droite. Calme. C’est celle qui porte son tailleur rose plein de sang pour montrer ce que l’on a fait à son mari. Qui retient ses larmes au public. La musique remarquable de Mica Levi ( déjà fascinante dans Under The Skin ) illustre cette ambiguïté. En apparence classique, elle sonne faux. Distordue, comme si quelque chose ne devrait pas être. Une tristesse immense. C’est la toute la complexité de Jackie. Avant d’avoir perdu le président, elle a perdu son mari, qu’elle a vu mourir dans ses bras, impuissante.

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Car avant d’être première dame, Jackie est d’abord l’épouse de Kennedy. Une femme désarmée, paniquée de devoir faire le deuil de celui qu’elle aimait. De vouloir lui rendre hommage en tant que personne, et non pas en tant que président. Et c’est une mère, qui ne sait d’abord pas comment réagir face à ses jeunes enfants. Comment leur annoncer la mort de leur père, les confronter à une vérité cruelle bien trop tôt. Comment manier vie privée et vie publique. La solitude, les larmes, l’errance. Devant les caméras, il faut pourtant jouer un rôle. Sourire. Impassible. Et cacher sa propre souffrance aux yeux du monde.

Jackie. Non pas Jacqueline Bouvier. Peut-être parce que le film cherche à s’immiscer dans cette intimité. Chercher à explorer la femme derrière le masque. Dont la vie n’est finalement que souffrance. La perte d’un mari, de ses enfants. Quel en est le sens ? Tout est vain, même la célébrité. On meurt comme tout le monde. C’est aussi le dernier adieu à John Hurt, dont la mélancolie en devient presque tragique. 
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Portrait complexe d’une femme, à la fois mère, épouse et première dame qui force l’admiration et la compassion. Un film pudique, qui nous fait revivre intensément le traumatisme personnel et universel d’une mort devenue iconique. 

 

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. princecranoir dit :

    Une question de point de vue en effet. J’ai aussi beaucoup aimé le regard de ce chilien qui aborde le grand trauma de l’Histoire américaine à travers un kaléidoscope d’images et de temporalités. Un état de choc pour un Etat choqué. Tu parles d’un cauchemar (Nightmare on Elm street ?), à raison. Il suffit pour s’en persuader de voir le tailleur rose constellé de rouge de la Première Dame, comme si chaque goutte de sang était une étoile en moins sur le drapeau du pays. Beau film, grave et austère, mais nécessaire.

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  2. ornelune dit :

    Et quelle mise en scène, c’est brillant, chose rare pour les biopics.

    Aimé par 1 personne

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