La La Land

J’avais rarement vu des gens si heureux dans une salle de cinéma. Oui, je. Ce je maudit de tous les blogueurs cinéma un tant soit peu sérieux. Ce je qui veut faire croire que l’on est incapable d’assumer une totale objectivité devant un film. Qui décrédibilise. Que l’on méprise, car on ne parle pas au nom de l’art, mais au nom de soi.

Et parfois, on ne peut l’enlever ce je. Car regarder un film, c’est aussi y mettre une partie de nous-mêmes. De nos propres émotions.  Je n’ai jamais eu la prétention de savoir de quoi je parle. Je ne connais rien au cinéma. Mais je l’aime. D’un amour inconditionnel. Ce que je vois passe avant tout par des émotions que l’on cherche toujours à mettre de côté, parce qu’elle n’ont pas leur place dans un blog qui parle de cinéma. Parce qu’elles sont purement subjectives et qu’elle n’apporte rien. Sauf que parfois, je n’ai rien d’autre à dire à part parler de mes émotions.

Et c’est ce que je vais faire, parce que de toutes façons, je fais ce que je veux.

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La la land de Damien Chazelle est un film que j’attends depuis une éternité. Je ne suis même pas sûre d’avoir regardé une comédie musicale de ma vie. Sauf si l’on considère Sausage Party comme flirtant avec. Je n’ai découvert que Whiplash il n’y a même pas une semaine ( et j’ai beaucoup aimé ). En fait, si vous ne savez rien du film, partez. Prenez votre mal en patience. Non pas que je vais spoiler, mais en parler peut créer des attentes. Et si vous voulez ne rien en savoir, je ne comprends déjà même pas ce que vous faites là.

Ce film avait tout pour me plaire. Le film est parvenu non seulement à combler toutes mes attentes, et peut-être même à les dépasser. Le film est une déclaration d’amour. Au cinéma. A la comédie musicale, sûrement. D’autres sauront sans doute mieux vous en parler que moi. Le Technicolor qui nous invite à traverser l’écran pour danser avec eux. Parce que le film joue sur la nostalgie des gens, et ça marchera. Le film a parfois certaines répliques méta, qui renvoie peut-être à l’état de l’Hollywood d’aujourd’hui, qui s’amuse du passé et des émotions des spectateurs, pour se faire un petit profit derrière. Qui invite à une créativité folle, sans limites, exacerbée dans un milieu qui en manque de plus en plus.

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Le film est une ode à la créativité. Au jazz. Il est parvenu à me faire aimer le jazz plus que je ne l’aime déjà, et je l’aimais d’un amour fou. Sa façon presque sensuelle de filmer les instruments. Du saxophone, de la trompette, du piano. Chaque instrument est magnifié. L’énergie qui s’en dégage. C’est un plaidoyer pour le jazz libre et sans contrainte. Un plaidoyer pour la liberté.

Je suis retombée amoureuse. Du couple formidable Emma Stone et Ryan Gosling, à la fois drôle et terriblement attachant. L’image réussit à capter l’innocence de leurs visages. Amoureuse d’un cinéma qui m’a fait oublier la technique au profit d’une émotion pure. J’ai pleuré. Beaucoup pleuré. Sans vraiment savoir pourquoi finalement. Je me souviens seulement que c’étaient des larmes totalement incontrôlables. Parce que c’était simplement beau. C’est difficile de trouver un autre mot que  » beau », car pour une fois c’est aussi simple. Des couleurs vives, des musiques douces. J’ai toujours aimé voir les gens danser. Je trouve ça émouvant, de voir comment des corps peuvent soudainement devenir si gracieux, si délicats. Qu’ils parviennent à transmettre des émotions que les mots ne peuvent traduire.

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Enfin si, je sais pourquoi j’ai pleuré. Lorsque j’ai entendu la voix douce d’Emma Stone dans le noir. J’ai pleuré d’entendre des choses que j’avais besoin d’entendre. J’ai pleuré en écrivant ces lignes. Pour cette séquence fantastique de fin, que j’aurais aimé voir durer encore une éternité. D’être rentrée chez moi, et d’avoir retrouvé les couleurs plus sombres de la nuit. Ce soir-là, j’ai rêvé encore. Devant une belle histoire d’amour. De liberté, de création, et d’imagination. Et qu’est ce que ça fait du bien.

J’avais rarement vu autant de gens heureux dans une même salle. Des jeunes, des moins jeunes, des personnes âgées. C’était fou, une telle diversité. C’était fou, une telle unanimité. D’entendre deux petites mamies chuchoter  » alors ça te plait ? Oh oui, tellement « . C’est un film qui rend heureux, et qui nous laisse encore dans nos rêves. Loin du cinéma cynique d’aujourd’hui. On rêve, on rit, on pleure. Car tout est possible, tout est encore à venir. On ne veut pas en partir, on en veut encore. Et on pense déjà à retrouver ce bonheur d’un trop court instant.

Parler de La La Land sans parler d’émotion, c’est oublier le plus important.

 

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14 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. lavieaumusee dit :

    merci pour ce très joli article et cette introduction qui me parle tant… c’est libérateur pour moi de vous lire… j’ai vraiment hâte d’aller voir ce film…

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    1. Suzy Bishop dit :

      Il faut aller voir ce film, j’espère que tu n’en seras pas déçue ! Mais n’hésite pas à revenir me donner ton avis 😉

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  2. princecranoir dit :

    Maintenant que j’ai vu le film, je peux donc lire ce bel avis dans lequel je me reconnais largement. « plaidoyer pour la liberté, plaidoyer pour le jazz », en effet, ce qui rend le film nécessaire dans cette Amérique désormais sous la gouverne du mauvais goût et de l’autobronzant. Un film américain qui renoue avec ses classiques, avec la mixité des genres, et même avec des petits morceaux de France et de Woody Allen dedans (il est « minuit à Paris » si tu as bien regardé l’horloge).
    Enfin un film qui, à sa sortie nous indique quoi faire le lendemain : retourner faire un tour en La La Land.

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    1. Suzy Bishop dit :

      C’est aussi peut-être ça qui m’a touchée, de rêver encore d’une Amérique idéalisée, belle et flamboyante, et le retour à la réalité a été d’une tristesse incroyable … Et puis oui, retournons en La La Land, cette belle expression qui parle d’elle même, un monde meilleur, rêvé et imaginaire

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  3. tinalakiller dit :

    Ton article est enthousiasmant ! Hélas, même si je lui reconnais des qualités, je n’ai pas été émue ni très enchantée par ce film qui m’a frustrée musicalement et qui m’a paru assez long…

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    1. Suzy Bishop dit :

      Oh non, c’est bien dommage ça …

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      1. tinalakiller dit :

        Je te déçois 😮

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  4. ornelune dit :

    Avant tout, j’adore cette image que tu as trouvé du film et que je ne connaissais pas encore, délicieusement ’50s, cette pochette vinyle que je vais me mettre à rechercher en bon collectionneur que je suis !

    Ensuite j’ai lu ton article même si je n’ai pas encore vu ce film. Parce qu’il n’était pas possible que tu crées chez moi une envie plus grande de le voir et parce que je me console de ne pas le voir (le 28 février, ma seule possibilité de le voir au cinéma est marquée en rouge épais dans mon agenda ciné) en lisant à droite à gauche les avis des uns et des autres. Tu parles d’émotion et la seule que je connaisse à propos de ce film c’est de l’impatience.

    Enfin, l’émotion que tu auras, je la devine si je pense au titre Dancing in the dark dans Tous en scène, à Chantons sous le pluie quelque soit la scène, aux pas échangés entre Leslie Caron et Gene Kelly en bord de Seine dans Un Américain à Paris, à l’euphorisant sluefoot de Caron et Astaire dans Daddy long legs, au non moins euphorisant ballet de Demy dans ses Demoiselles de Rochefort… (soupir)

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    1. princecranoir dit :

      Très chouette photo comme le souligne Ornelune, que l’on retrouve sur la pochette aussi bleutée que le vinyle du disque contenu à l’intérieur.
      La musique est une excellente façon de calmer l’impatience, de se faire un film sur les bandes annonces des mélodies.

      Aimé par 2 people

      1. Suzy Bishop dit :

        Quel magnifique Vinyl pour une BO toute aussi sublime

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  5. ornelune dit :

    Oui, je ne sais pas si la bande originale est faite de reprises ou de morceaux originaux mais dans le cas de morceaux originaux, de la découvrir avant (même si je ne suis de ceux qui préfère ne rien voir, savoir,entendre d’un film avant de le voir -avec celui-ci c’est raté) cela permet de se familiariser un peu avec. Il n’est pas si fréquent d’adhérer complètement à une chanson ou à un morceau la première fois. D’un autre côté, découvrir un titre, complètement porté par les images, cela peut nous amener complètement ailleurs.

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    1. Suzy Bishop dit :

      Je ne te dis rien, et je préfère te laisser dans la surprise ! J’avais craqué et fini par m’autoriser à écouter deux musiques seulement avant de le voir. Et c’est fou ce qu’on peut s’imaginer en les écoutant. Le résultat n’en est que plus surprenant, et les récouter après avoir vu le film apporte une émotion nouvelle, et je me surprends encore à pleurer seule sur certains morceaux, en y repensant… J’espère que tu seras aussi enthousiaste, et que tu viendras me raconter ta séance !

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  6. ornelune dit :

    En fait, de me dire que tu ne dévoileras rien de plus, c’est ce qui me rend encore plus impatient !

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  7. ornelune dit :

    Après le film, je reste aussi enthousiaste !
    (pour ce qui est de raconter ma séance, c’est à voir -désolé c’est un peu long- sur mon blog)

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