The Art of Fiction : Nocturnal Animals et A Monster Calls

Les adaptation littéraires au cinéma sont bien plus courantes qu’elles n’y paraissent, et c’est loin d’en être une mauvaise chose. On reproche trop souvent au cinéma contemporain de ne plus savoir créer du contenu original, se laissant aller à la facilité de l’adaptation. Le travail d’adaptation, ce n’est sûrement pas transformer chaque mot en image. C’est aussi recréer un univers, parvenir à faire sens de certains mots. C’est davantage un travail de traduction, d’un langage (littéraire) à un autre ( cinématographique). Or, la traduction est un exercice extrêmement difficile tant il exige une maîtrise de ces langages. Tous les grands films du cinéma sont pour la plupart des adaptations littéraires, et ils parviennent à s’affranchir de l’oeuvre originelle pour en apporter quelque chose de nouveau.

Les premières semaines de cette nouvelle année nous ont apportés deux films très différents mais qui se rejoignent sur leur rapport à la fiction. Deux films qui ne s’adressent pas au même public , l’un aux ( grands ) enfants, l’autre  à ceux qui aiment se laisser surprendre. Deux adaptations littéraires, il sera question de Nocturnal Animals de Tom Ford, et Quelques Minutes après Minuit de Juan Antonio Bayona.

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Nocturnal Animals est un film déroutant, et qui ne plaira pas à tout le monde. Il nous plonge dès l’ouverture dans un profond malaise, pour une scène qui semble presque interminable. Par cela, le film annonce déjà la vacuité, l’obscène et le grotesque qu’on retrouve si souvent dans l’art contemporain. Le film nous maintient dans une tension qui ne s’efface jamais complètement. Nous sommes sous son emprise. Le film s’amuse à nous manipuler. D’abord par ses allers-retours entre une esthétique minimaliste et quasiment vide et les routes sinistres et poisseuses du Texas. La scène de poursuite dans la nuit dérange, et en est véritablement éprouvante. Le film nous manipule. Happé par l’esthétique, le film nous brutalise et vient nous prendre par surprise. Lorsque l’on croit être en sécurité, que l’on se laisse amadouer par ce que l’on voit, l’inattendu surgit. On peut difficilement faire confiance au film, et on se fait avoir à chaque instant.

Traduire un texte littéraire à l’écran. Une fiction dans une autre fiction. De littérature, il en est question, puisque toute l’intrigue repose sur un livre, éponyme. Le film joue avec différentes strates de temporalité, voguant entre présent, passé et fiction. Se joue alors une double fiction, un double mensonge. Si l’intrigue principale se lit au travers des yeux de Susan, le livre ( dans le film ) suit Tony, et se pose peut-être cette question : qui croire ? La fiction au sein du récit sert ici à reconfigurer une réalité, à la transformer, l’embellir, la détériorer. La vengeance est fictive, et vient se heurter au « vrai  » récit de Susan. La reconstruction d’une temporalité nouvelle, la revanche sur le présent. Edward/ Tony, interprété par Jake Gyllenhaal, lie les deux fiction, et reste un des seuls personnages dont l’identité est certaine dans le livre. Si l’on devine l’analogie entre la réalité et la fiction, le trouble demeure tout de même dès les premiers abords. Outre un changement de nom évident, ce n’est pas Amy Adams qui se retrouve projetée dans la fiction, mais un autre personnage, dont la chevelure rousse et les traits nous trompe. Tout n’est qu’apparence.

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Changement d’ambiance, mais pas de thème, avec Quelques Minutes Après Minuit. Film injustement oublié par tous, et dont les séances se font déjà trop rare. C’est un conte sombre et tragique, qui laisse une place généreuse à l’émotion. Le film rappelle dans sa forme celui d’un autre cinéaste espagnol, Del Toro et son Labyrinthe De Pan. Un enfant, face à une réalité trop cruelle et qui cherche des réponses dans son imaginaire. La fiction vient apporter des réponses, sous la forme d’un If qui prend vie. Pas question de littérature, mais de peinture. Chaque nuit, l’arbre géant vient raconter une de ses fantastiques épopées. Trois vérités, à la suite desquelles Conor devra lui même raconter sa propre vérité, sa propre histoire. La fiction n’est pas véritablement un refuge, mais un lieu où l’on cherche des réponses. Les trois histoires, parenthèses enchantées, prennent la forme d’une peinture sortie tout droit de l’imaginaire, d’une fresque sublime dans laquelle on se laisse emporté comme des enfants. Les histoires disent ce que l’enfant ne peut pas comprendre, et sont didactiques. Affronter une vérité qu’on ne peut s’avouer, voilà même l’histoire de ce film.

Peut-être un prétexte pour parler de deux films essentiels en ce début d’année.

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5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. tinalakiller dit :

    Je n’ai pas encore vu Quelques minutes avant minuit, j’espère en trouver le temps (je suis en train de lire le livre actuellement). Nocturnal Animals est pour moi LA claque de ce début d’année. J’ai tout aimé clairement!

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    1. Suzy Bishop dit :

      Pareil que toi, j’ai vraiment adoré Nocturnal Animals ! Par contre je crois que Quelques minutes avant minuit n’a quasiment plus de séances et c’est un scandale …

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      1. tinalakiller dit :

        Hélas, entre la grippe et mes déménagements, j’ai bien loupé les séances ! Tant pis mais je sais que je le rattraperai vite dans l’année !

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  2. Tu me donnes complètement envie de voir les deux. Malheureusement, le premier ne passe dans ma ville qu’en VF (le genre de truc qui m’énerve au plus haut point). J’espère donc bien avoir le temps de voir le second!

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    1. Suzy Bishop dit :

      J’espère que tu en auras l’occasion en tous cas, car les séances commencent à se faire rares…

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