An Alien Encounter

Pour mieux voir Premier Contact, il ne vaut mieux rien savoir, et y aller à l’aveugle. Si ce n’est pas déjà fait, je vous encourage vraiment à le faire. Ce que vous voulez savoir réside dans les mots suivants. Le film est brillant, passionnant et stimulant. Maintenant, à vous d’aller chercher vos propres réponses.

Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.

Afficher l'image d'origineL’invasion extraterrestre est un des sujets qui agitent le cinéma de science-fiction depuis longtemps déjà, et en constitue peut-être un de ses thèmes fondamental. Cette peur de l’inconnu, la guerre entre deux peuples. Il faut sauver l’humanité. L’Alien est toujours un monstre avec pour unique ambition la  destruction, pour une raison qui nous échappe toujours. La peur même de voir arriver des êtres plus intelligents que l’humanité toute entière. Peu importe, les USA seront toujours là pour nous sauver de l’ignorance et de la destruction, et mettra à mal les horribles monstres.

Qui dit invasion, dit guerre, mort et sang. Denis Villeneuve chercher lui à explorer les prémices du premier contact. L’image est magnifique, presque épurée. Loin du spectacle du chaos, le film décortique l’excitation intellectuelle provoquée par cette rencontre.  Comment communiquer avec des êtres qui ne nous ressemblent en rien. Des tétrapodes, qui par leur apparences font un lointain écho aux araignées de Enemy. C’est d’abord cette peur viscérale de l’inconnu, d’une civilisation, de créatures, d’un but et surtout, d’un langage. Villeneuve vient briser les attentes de son spectateur pour en faire un film réellement passionnant et intelligent, et nous propose une réflexion davantage existentielle et philosophique plutôt qu’un grand spectacle. Le langage, c’est ce qui parvient à unir un peuple. A travers des sons qui font sens. A travers des images qui signifient. Le traducteur, c’est celui qui est capable de penser le monde, puisqu’il a recourt à un vocabulaire presque infini. Le langage est un outil, le langage est une arme, puissante. Pour convaincre, persuader, torturer, émouvoir.

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Mais comment parvenir à communiquer avec une espèce inconnue, alors même que l’humanité ne parvient pas à se parler ? Car si la crainte d’une attaque inter-espèce semble fondée, et attendue pour le spectateur, c’est oublier que l’humanité est incapable de communiquer entre elle. La barrière de la langue. La peur. Le spectateur n’est jamais directement confronté à la violence du monde, elle apparaît en fond, sur des écrans de télévision. Il suffit d’un mot, mal interprété pour que la violence explose. On entend le chaos mais on ne le voit jamais. Les mots suffisent à être menaçants, au point de basculer l’humanité dans la paranoïa.

L’humanité, c’est bien le thème principal de ce film. L’arrivée des aliens n’est peut-être qu’un prétexte. Pour forcer l’humanité à s’unir enfin, peut-être. Le mystère autour d’eux demeure toujours, on ne sait rien d’eux.  Pour forcer l’humanité à mieux se connaître elle-même, peut-être. Le film se construit comme un puzzle, et imbrique l’histoire personnelle de Louise et de sa fille, à celle plus large de l’arrivée des aliens. Human. Louise.  Un puzzle, car  les images qui semblaient provenir d’un passé ne sont que celles d’un futur qui n’existe pas encore. Et malgré la fatalité, il faut s’unir. Accepter le futur tel qu’il peut être, peu importe sa finalité. Ce n’est  ni le passé, ni le futur qui importe, ils n’existent que dans notre mémoire. C’est au contraire le présent à construire qui a du sens. La vie elle, n’est  qu’une boucle. Qu’un palindrome.

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Et si on osait aller plus loin. Pour communiquer avec les tétrapodes, les humains se tiennent dans l’obscurité du monolithe, face à un immense rectangle de lumière. Face à un écran.  Un écran de fumée, derrière lequel se dessinent des créatures étranges. Capable de projeter des images, que l’humanité chercher à comprendre, à interpréter. Et si ce langage qui apparaît si compliqué, c’était aussi le langage cinématographique. Assis devant un écran, on cherche à faire sens d’images qui n’en ont pas au premier abord. A essayer de comprendre, de mettre bout à bout des éléments pour comprendre. Jusqu’à passer de l’autre côté de l’image, où la vérité nous écrase brusquement. Ce déclic. Où tout prend sens. Les images d’une enfance, qu’on croyait appartenir au passé se révèle soudain être du futur. Des images qui annoncent ce qu’on ne pourra pas voir. Ce moment où l’ont parvient à remettre les images dans le bon ordre pour créer un sens plus grand, plus large. Le cinéma est un des rares langages humains à pouvoir s’affranchir du temps. A pouvoir le manipuler, et nous manipuler. A pouvoir mélanger passé, présent et futur. Et si finalement le film était conscient de lui-même, de sa propre structure, de son propre langage ? Peut-être c’est aller trop loin. Mais le film est stimulant, et nous donne cette fantastique possibilité de créer du sens.

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Ecrire ces lignes, c’est s’improviser soi même traducteur. C’est chercher du sens dans ce qui n’en a pas. C’est être médiateur d’un langage qui nous dépasse soi-même. C’est mettre des mots sur des images, sans pouvoir jamais être exact, sans pouvoir jamais tout en dire. C’est être aussi parfois submergé par une émotion plus forte. C’est offrir du sens. Premier Contact est passionnant. C’est déjà en dire trop.

Si ce n’est déjà fait, je vous recommande fortement The Visit : An Alien Encounter de Michael Madsen, qui imagine ce que serait l’arrivée des aliens sur Terre, c’est tout aussi intéressant.

 

 

 

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Avel dit :

    Coucou,
    Belle critique, qui fait envie. Je ne l’ai pas encore vu, cela dit j’avais déjà dans l’idée de le regarder, car j’avais capté dans la BA que ce ne serait pas un film de destruction massive contrairement à nombreux autres films parlant d’invasion extra-terrestre. Du moins, ça n’en a pas l’air (d’être une histoire de destruction / d’action).

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    1. Suzy Bishop dit :

      Et bien je te conseille de vite le voir, car comme tu le dis si bien, on est loin des invasions destructrices auxquelles on est tant habitués! Le film est bien plus intelligent dans son propos, et vaut vraiment le détour

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