Dead Man

On a besoin de se raconter des histoires. Pour combattre notre propre solitude. Pour combattre la mort. Des mots, des personnages, des récits tellement fous qu’ils traversent le temps, et le disloquent. Ces voix que l’on s’oblige à écouter le soir, dans le lointain silence de notre solitude. Ces êtres de papiers qui se parlent et nous ignorent, mais qui pourtant ont tout à nous dire, tout à nous apprendre. Swiss Army Man des Daniels fait indéniablement partit de ces films qui nous font grandir, nous les enfants paumés.

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Hank, un homme désespéré errant dans la nature, découvre un mystérieux cadavre. Ils vont tous les deux embarquer dans un voyage épique afin de retrouver leur foyer.

Le film commence comme un Seul au Monde désemparé, où la mort ne semble être la seule issue. Une bouteille à la mer. Je ne veux pas mourir seul. Jusqu’à ce que la mort elle-même se pointe sur cette plage, dans ce cadavre sortit de nulle part.  Un cadavre pétomane. Un comique grotesque et il faut l’avouer, un peu débile, qui tourne majoritairement autour des flatulences. Ce à quoi il ne faut absolument pas s’arrêter. Le film assume tout du long un humour absurde, qui déconcertera ceux qui n’y adhèrent pas. Et tant pis, car le film cache en lui quelque chose de bien plus profond et sincère.

Rentrer à la maison. Hank utilise d’abord Manny, car le cadavre a bien un nom, comme outil pour sa propre survie. L’homme couteau-suisse. Le corps sert à la fois de boussole, de jet-ski, d’arme et bien d’autres. Le film regorge d’inventivités visuelles  Le corps d’un macchabée va lui revenir à la vie. Loin du glauque imaginé, puisqu’on parle quand même d’un homme au bord du suicide qui place tout ce qui lui reste d’humain dans un cadavre, le film est d’une poésie touchante. Par sa musique enivrante, qui tranche avec la vulgarité . Sa nature somptueuse. Et River Cape, ce nouveau chez soi, ce lieu féerique, celle de la vie. Au delà d’un humour graveleux pour certains, drôle pour les autres, le film est avant tout généreux. Généreux dans ses émotions, qui se mélangent constamment, où le rire se mélange aux larmes et qui fait un bien fou.

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Finalement, Swiss Army Man n’est que l’histoire d’un retour à la vie. Celui de Hank prêt à se suicider dès les premières minutes et qui se retrouve à devoir convaincre un mort que la vie a un sens et qu’elle vaut la peine d’être vécue. Celui de Manny, qui redécouvre la vie et son corps, avec une naïveté enfantine déroutante. Les conventions sociétales n’existent plus pour lui. Sexe, masturbation, flatulences ne sont en rien des tabous. L’acceptation de soi. De son corps. C’est un bonheur quasi-Epicurien auquel s’adonne les personnages, celui de l’instant présent et du corps, c’est une célébration même de la vie. Chez soi, ce n’est pas un lieu fixe, entouré de quatre murs. C’est un endroit que l’on construit, avec ceux qu’on aime, et où l’on se sent bien. La quête du foyer de Hank est d’abord erronée, et est celle d’une civilisation qui finalement le rejette. Le film ne tombe étonnamment jamais dans la vulgarité mais plutôt dans une poésie douce, délicate et sensible.

On a besoin de se raconter des histoires. Pour ne pas être seul. Peut-être que l’histoire entière ne découle que de la folie, d’un homme qui s’éprend d’un macchabée pour fuir sa propre solitude. Celle de ne pas mourir seul. Alors il s’invente des histoires, pour faire fonctionner la mémoire de Manny. Ces histoires, ce sont avant tout celles de cinéma. Le premier souvenir de Manny, c’est le thème de Jurassic Park. Éveiller les souvenirs d’une vie passée, à travers des mises en scènes, des décors et des déguisements. Pour expliquer le bonheur, il faut le jouer. Le cinéma possède alors un intérêt véritable dans le film, c’est une manière de faire découvrir la vie à Manny. C’est cette scène d’un cinéma fait de bois et de déchets  et où les ombres créent Titanic ou Superman . C’est montrer que le cinéma a cette faculté à émerveiller, et nous fait retomber en enfance, devant des images capables de bouger toutes seules. Devant des histoires folles et invraisemblables, on trouve une part d’humanité, une part de vérité. C’est ce qui se passe aussi pour nous, spectateur. On s’émerveille devant ce film d’une inventivité folle, et qui derrière un humour douteux révèle un véritablement questionnement existentiel. Un film aussi culotté tient avant tout à la performance remarquable de ses deux acteurs. Paul Dano et Daniel Radcliffe forment un duo  touchant de sincérité. Pari risqué  de rendre un mort attachant.

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Swiss Army Man ne plaira pas à tout le monde, et c’est tant mieux. On se plaint constamment d’un manque d’imagination de l’industrie du cinéma, et à tort. Swiss Army Man est un film unique. Un mélange de genre et d’émotions. Nous les enfants paumés. On rêve à nouveau devant un film étrange, qui vient seulement nous rappeler ce qui paraît basique, mais néanmoins fondamental. La vie a un sens, celui qu’on lui donne. Et pourtant, ça fait un bien fou de le voir, de l’entendre, de le vivre.  C’est scandaleux de voir que le film n’est toujours pas sortit en France. On a besoin de ce genre de film, de cette absurdité, de cette audace, de cette géniale scène de fin.

 

 

 

 

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