Hacksaw Ridge

Pourquoi ? Quel est ce besoin nécessaire de faire revivre les atrocités d’un passé qu’on ne connaît que de nom ? Pourquoi cet attrait si particulier pour une violence inouïe ? Un film devient un acte de survivance, une histoire que l’on raconte et qui traverse le temps. C’est aussi un devoir de mémoire, celui de se souvenir d’un passé monstrueux, et surtout, de l’enterrer à tout jamais. Le monde, et particulièrement les Etats-Unis ont besoin de héros, peut-être plus que jamais. Un modèle de vertu, de courage et de noblesse derrière lequel on se cache. C’est un retour collectif à l’enfance, à ce besoin d’une figure réconfortante, capable d’exploits formidables. Le super-héros permet de sauver notre monde du chaos, de rationaliser ce qui nous dépasse et nous effraie. Un héros, c’est un homme qui a su s’élever à travers ses actes formidables. On a besoin d’un héros, qu’importe s’il porte une cape, pour se souvenir qu’il existe encore des êtres qui cherchent le bien. Le cinéma américain glorifie ses héros, pour se souvenir, pour leur rendre hommage. Un justicier masqué, un pilote d’avion, un soldat. Dans Tu Ne Tueras Point, Mel Gibson retrace le parcours héroïque d’un infirmier-soldat.

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Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer. Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin.

Avec un titre français comme Tu Ne Tueras Point, difficile de ne passer outre les valeurs chrétiennes du film. Le film se compose en deux parties bien distinctes. La première baigne dans une lumière douce, où l’on suit le personnage un peu naïf de Desmond, de sa rencontre amoureuse à son engagement dans l’armée. Enfant encore, Desmond se bat avec son frère. Un enfant violent d’après sa mère. Il voit sous ses yeux celle-ci se faire battre par son père. La violence engendre-t-elle la violence ? Celle-ci qui semble pourtant inhérente à l’homme. Desmond a eu pour seul modèle une famille violente. Et une religion violente. Abel et Caïn. Le meurtre d’un frère par pure jalousie.  La violence remonte à la nuit des temps, et se trouve dans un livre sacré. Et inhérente à un peuple, celui des Etats-Unis. Violence de l’Amérique et sa liberté de porter une arme. C’est être violent qu’être américain. La refuser, c’est refuser de servir son pays.  Pourtant, c’est ce traumatisme, presque originel qui va le pousser à refuser toute forme de violence. Naïf, crétin, bouseux. Desmond ne retiendra de la religion que son amour, sa générosité et son message de paix. Avant d’être un héros, c’est un être sensible, que beaucoup renie pour ses convictions. Le film prend le temps de nous présenter son personnage, et toute son innocence face à à la grand tragédie humaine de la guerre. Un temps nécessaire, loin de la précipitation habituelle dans la mort.

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Fidèle à lui-même, c’est sans armes qu’il se rend au front. La lumière disparaît. La musique douce, l’amour, la naïveté confortable dans laquelle on s’était presque endormis meurent lentement. Le retour brutal à la réalité n’en est que plus puissant. Hacksaw Ridge. La scène qui s’ouvre est apocalyptique. La mort rôde à chaque recoin. La chair putréfiée. Les rats viennent ronger la dignité. Les corps éventrés, démembrés. Spectacle morbide. Les scènes de guerre sont d’un réalisme déconcertant. Comment en est-t-on arrivé là ? C’est cette question qui ne cesse de revenir, car on est loin de la naïveté des premières minutes. On assiste à une danse macabre de corps décharnés. Le bruit est infernal. Tout explose, tout meurt. L’immersion est totale, et l’horreur ne fait que s’accroître. Et il y’a ce sentiment d’une tristesse infinie. Ce déni de la mort. Ceux qu’on croyait courageux hurlent de peur, et les hommes redeviennent des petits garçons, terrifiés d’avoir regardé la mort dans les yeux, et cherchent du réconfort. La violence graphique, de la mort et de la guerre n’en est elle que plus effrayante et repoussante.

Et Desmond. Aveuglé par la foi, il se met en tête de sauver les blessés. Pour Dieu. Le titre original, Hacksaw Ridge, met en lumière l’événement, et non la foi. Peut-être simplement car c’est par une croyance inébranlable en la vie que Desmond est capable d’accomplir ses  actes. Peut-être que les valeurs religieuses sont elles secondaires. C’est l’acte de croire, et non la croyance elle-même qui est beau. C’est croire que la violence ne résout rien. Il y’a quelque chose de terriblement poignant, en cela que la violence, même en Enfer, peut-être vaincue. Et ce même en étant athée, on ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine compassion pour cette foi aveugle. Desmond sauve des vies, sans relâche, au dépend de la sienne. L’acte se répète encore et encore, et tire peut-être un peu trop sur la longueur, jusqu’à un symbole christique qui paraît attendu et presque grossier. Les actes d’un héros sont souvent magnifiés au cinéma, pour les rendre plus grands, plus forts, alors même qu’ils se suffisent à eux-même. On croit souvent plus la fiction que la réalité. La grandeur que l’on aurait pu croire exagérée vient se mélanger à la réalité. Les témoignages sont poignants par leur authenticité.

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Tu Ne Tueras Point de Mel Gibson n’est peut-être pas un chef-d’oeuvre, car il souffre encore de certaines longueur, et d’une symbolique religieuse parfois assez mal-venue. Il est pourtant difficile de rester insensible devant un tel film, tragiquement beau et poignant. On en ressort non sans une once de tristesse. Dans les ténèbres de notre monde demeure encore un minuscule rayon de lumière. Qui additionné à d’autres, peut changer les choses.

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. tinalakiller dit :

    J’ai ADORE ce film ! Je ne suis pourtant pas une adepte des films mais j’ai trouvé ce film si beau (j’ai pleuré tout le long) même dans la pire des violences (bien mise en scène et magnifique esthétiquement). J’ai également beaucoup aimé l’interprétation de Garfield !

    Aimé par 1 personne

    1. Suzy Bishop dit :

      Pareil que toi, sauf que j’ai pleuré après coup, il m’a fait mal en quelque sorte par son propos !

      Aimé par 1 personne

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