A History Of Violence

Nicolas Winding Refn est un de ces réalisateurs dont la touche artistique fascine comme elle rebute, mais ne laisse pas indifférent. Prétentieux, génial, vide, fascinant. Le cinéaste semble avoir connu un regain d’intérêt avec Drive auprès d’un public plus large, pour ensuite paradoxalement plonger dans un cinéma de plus en plus abstrait et contemplatif, privilégiant une esthétique et une symbolique aux grands mots, comme le tant détesté Only God Forgiveset qui reste, personnellement, ma période préférée et plus connue. En revanche, les débuts de sa filmographie semble à la fois tellement éloignées, et en même temps tellement logiques. Comme Bleeder. Film inédit en France, et deuxième long métrage de NWR.

Léo et Louise vivent en couple dans un appartement insalubre. Découvrant que Louise est enceinte, Léo perd peu à peu le sens de la réalité et, effrayé par la responsabilité de sa nouvelle vie, sombre dans une spirale de violence. Au même moment, son ami Lenny, cinéphile introverti travaillant dans un vidéo-club, tombe fou amoureux d’une jeune vendeuse et ne sait comment le lui dire.

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Ce qui est réellement intéressant avec ce film, c’est d’avoir vu le temps passer. Le film en soi est bon, et est peut-être encore ce que Refn appelle lui-même un  » brouillon « . Le voir des années plus tard permet de prendre une distance intéressante avec le reste de sa carrière à venir. Loin de cette obsession pour la symétrie, la réalisation est brutale. Filmé en caméra à l’épaule, on trouve ici un style bien plus percutant, qui déforme presque les visages par sa proximité. La musique est elle quasi-hystérique. Copenhague devient une ville désaffectée, déserte et  presque sale. Des appartements et des snacks miteux. Le film entretient un réalisme assez déroutant pour les fans de sa période plus « abstraites  » ( dont je suis indéniablement ).

Pourtant on pressent dans le film cette touche si particulière à venir. Les néons rouges des boîtes glauques. Les instants de grâce qui précèdent un déferlement de violence. Cette scène qui rappelle d’ailleurs la scène de l’ascenseur de Drive, où la lumière vient isoler les personnages dans un temps fantasmé et onirique, cette coupure d’électricité qui vient faire naître une idylle entre Lenny et la serveuse. A cela s’ajoute des personnages mutiques. Si le film semble bavard comparé aux dernières réalisations, ne serait-ce que par l’impressionnante énumération de cinéastes qui ouvre le film, Lenny incarne pourtant le personnage timide et déphasé avec la violence qui gravite autour de lui. On y retrouve alors une de ses obsessions fondamentales, celle de la violence.

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La violence va de pair avec la virilité. Louis apparaît d’abord comme un type bien, sans histoire, dont la copine est enceinte. Jusqu’à ce qu’il voit un homme se faire tabasser dans une boîte de nuit. La scène prend le point de vue de Louis, dégoûté et terrifié de ce qu’il voit. La caméra tremble, la musique est assourdissante et nous plonge dans un profond malaise, alors même que la violence n’est pas véritablement explicite. Être viril, c’est être violent. C’est avoir un flingue sur soi. C’est frapper sa femme. Dans son traitement de la virilité, le film rappelle Only God Forgives qui explore l’impuissance. La violence permet d’avoir du pouvoir, pour des gens qui semblaient sans histoires.

Si le thème de la violence est obsessionnel chez Refn, son traitement est ici intéressant. Le film pose un regard plutôt méta sur lui-même et sur la question de la violence. La virilité n’est pas un topoï exclusif. A celui-ci s’ajoute le cinéma lui-même. Il est au coeur même du métrage, présent à travers le vidéo club, les références permanentes de Lenny qui ne sait pas parler d’autres choses. Le désir de violence de Louis naît lors d’un visionnage de film. Pourquoi les personnages d’un film peuvent-ils toujours avoir un flingue au bon moment ? Le cinéma permet de légitimer la violence. Elle est normale. Les filmes projetés ne lésinent pas sur le gore et la violence insoutenable. Lorsque la tension entre Lenny et Louis explose, c’est devant une projection de Maniac de Lustig, où le sang coule et les hurlements féminins ajoutent une dimension terriblement malsaine à une action pourtant banal. Pourtant, le cinéma n’est pas qu’un prétexte à la violence, car Lenny lui reste insensible. Il voue en revanche un amour  naïf et démesuré au cinéma, qui fait barrière avec le reste du monde. Louis quant à lui, emprunte d’abord un film d’action lambda pour ensuite se tourner vers les catégories les plus étranges du porno, qui accroît parallèlement sa violence.

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Bleeder est un film à voir. En plein Dogma 95, Refn vient proposer une autre idée du cinéma Danois, à la fois réaliste et onirique. Et surtout, le film annonce un cinéma futur, doté d’une esthétique forte. Et pour un des premiers rôles de Mads Mikkelsen

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. tinalakiller dit :

    Je suis heureuse que ce film ressorte dans les salles ! Je l’ai découvert par hasard en replay sur le canal satellite de ma frangine et même s’il n’est pas parfait, il a quelque chose de fort. On sent derrière un grand cinéaste en devenir.

    Aimé par 1 personne

    1. Suzy Bishop dit :

      Ah donc il a quand même déjà été diffusé à la TV avant ! Il a même un côté un peu naïf je dirais, et pas dans le sens péjoratif

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      1. tinalakiller dit :

        Oui effectivement même si c’était de manière discrète ! 🙂
        Je comprends ce que tu veux dire par ce terme !

        Aimé par 1 personne

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