Habiter le monde en Poète

Le cinéma d’Alejandro Jodorowsky est un cinéma qui n’a de limites que l’imagination. Chaque film est une fabrique d’image, de sens et de non-sens, de beautés étranges. C’est un cadeau d’une sincérité presque déroutante, pour nous spectateur. Poesia Sin Fin est une autobiographie, suite de la Danza de la Realidad. Une autobiographie de Jodorowsky, un regard de lui-même, par lui-même.

Qu’est ce qu’être un poète ? Qu’est ce qu’être un poète dans le Chili des années 40 ? Qu’est ce qu’être un poète lorsqu’on est sensé être médecin ? Est-ce devenir homosexuel ? Est-ce mourir de faim ? Est-ce une honte ?

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C’est couper un arbre, et se révolter. C’est agir. C’est crier au monde que l’on est un poète. Jodorowsky revient sur son adolescence, son altercation avec sa famille, qui ne peut accepter cette idée idiote d’être un poète. Sur ses rencontres avec d’autres poètes, qui marqueront aussi l’histoire littéraire du Chili. Une autobiographie, c’est se regarder soi-même, à travers les yeux du temps. Jodorowsky utilise le cinéma pour réecrire sa vie, à travers le prisme de la poésie. C’est une création fictive d’une réalité. C’est une vérité, et non une réalité. Une vérité plus authentique que la réalité. Se voir à travers le temps. Jodorowsky se tient au milieu de ses fils, de cet  » Alejandrito », de sa propre descendance. Il apparaît soudainement pour dire, pour faire sens, pour changer un destin douloureux. Jusqu’à cette émouvante scène finale. Ca n’aurait pas dû être ainsi. On sent les regrets. Jodorowsky vieux rappelle à l’ordre Jodorowsky jeune, et l’empêche de faire ses propres erreurs. Que vas-t-il me rester une fois mort ? Le film est un acte de survivance. Il traverse les âges, et devient immortel.

Car le cinéma est un lieu de liberté absolue. C’est un outil, supposé invisible, qu’on vient détruire pour raconter. Ces hommes en noir qui déplacent les objets. Ces décors de papiers qui s’installent dès l’introduction. Le cinéma est l’art de l’illusion, que le réalisateur vient ici briser. Briser, pour mieux le sublimer. Par cela, il crée une véritable poésie cinématographique, qui décuple son potentiel magique.  Car le cinéma devient le lieu de l’impossible. Le lieu de la couleur, du grotesque et de l’émerveillement. C’est ce regard d’enfant posé sur le monde. Cet émerveillement permanent du monde et de la vie. Une sorte de touchante candeur. Le film est d’une inventivité folle, dans ce monde surréaliste, dans ce rêve d’enfant. Ce monde est un cirque dans lequel cohabitent des fous.

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La poésie, c’est la vie. Dans toute sa générosité, dans toute sa folie. C’est une question  existentielle pour Jodorowsky. Vivre, c’est se révolter. C’est vibrer. La poésie passe d’abord par l’image, par ses symboles, par son non-sens. C’est cette volonté du beau, c’est ce qui nous rebute. C’est aimer le monde avec un cœur immense. C’est être un fou dans un corps sain. C’est ce bruit, ce capharnaüm, ce tourbillon de couleurs, la sensualité de la langue espagnole. C’est cette épuisante multitude de choses qui n’ont pas de sens, et qui ont du sens. C’est la célébration du corps. De la sexualité. Des formes, de la taille, des corps rongés par le temps, et par la vie. C’est la souffrance, les fluides corporels. La bassesse et le grotesque prennent une dimension sacrées. C’est l’ivresse de l’alcool et de l’amour. C’est la danse, le chant. Être poète, c’est renaître. C’est cette magnifique scène finale, ce carnaval de la mort et de la joie.

C’est une fête, la célébration bordélique de ne pas être mort. Et de respirer. C’est accepter joyeusement la vie comme souffrance. La volonté de mourir heureux.  C’est voir le monde autrement. Le film nous laisse comme un enfant qui découvre. Qui voit ce que les autres ne voient pas. C’est un sourire qui n’arrive pas à nous quitter, amusé par l’absurdité, profondément touché par la douceur qui s’en dégage. Par cet adieu, qu’on espère faux.

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Ce film est un poème magnifique.  Il offre un regard neuf de l’absurdité du monde. Un sentiment de joie intense. Ue temps de la magie.  C’est voir que l’on a compris qu’il n’y avait rien à comprendre, et seulement  voir et sentir. C’est être injuste que d’essayer de dire ce film quand on a encore tout à apprendre.

 

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