Juste la fin d’un monde

Le théâtre et le cinéma. Deux arts de la performance visuelle. Celle d’acteurs, qui cherchent à nous communiquer une histoire, une émotion à travers leur corps, leurs mots. Néanmoins, bien que le cinéma soit un art de la  » synthèse « , le théâtre est lui un art littéraire. Un art des mots, de la diction, de la posture. Le cinéma, c’est avant tout une image, une fluidité. Tous deux sont des fictions. Les mélanger, c’est sonner faux.

Je n’attendais pas Juste la fin du monde de Xavier Dolan. Du moins j’en avais peur. Pourtant mon amour pour  le québecois n’est même pas à démontrer. La tornade émotionnelle Mommy m’avait laissée en mille morceaux. Ce qui me posait problème, c’était l’adaptation d’une pièce de théâtre de Lagarce. Je ne l’ai pas lu, peut-être un jour. Peu importe, ce n’est pas la différence qui me faisait peur, mais la facilité de tomber dans du théâtre pur. Et le théâtre au cinéma, ça ne marche pas si bien.

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Le film raconte le retour d’un jeune écrivain dans sa famille, après douze ans d’absence, pour leur annoncer sa mort prochaine.

Ce n’est pas un mauvais film. Pourtant, dès les premières minutes, il m’a été impossible de rentrer dedans. En effet, mes craintes se sont réalisées dès la première phrase, sorte de voix-off qui vient intériorisé les pensée du personnage. Sauf que ce qui aurait pu s’apparentait à une simple voix-off ne fait qu’émerger le texte littéraire et se transforme en didascalie. Le film sera donc sous cette forme. Le texte littéraire se fait sentir à chaque moment. La musique originale semble être là pour appuyer les moments émouvants, comme une transition entre les scènes et les actes. Et c’est là que cela  pose problème.

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Je sais qu’il ne faut pas comparer. Pourtant le cinéma de Xavier Dolan, c’est avant tout celui de l’émotion. Et cette émotion passe par une authenticité des situations, des personnages. Ce qui m’avait bouleversée dans Mommy, c’était cette incroyable capacité à créer des personnages qui paraissaient vrais. La théâtralité ici semble empêcher l’identification aux personnages, et à toute forme d’émotion. La caricature semble ici un choix de réalisation. Cependant, il est parfois difficile de discerner le personnage sous les traits de l’acteur, qui surjouent. Vincent Cassel et Léa Seydoux paraissent soudainement peu crédibles, et sortent le spectateur totalement hors du récit, dans un jeu tellement exacerbé qu’il en devient presque agaçant. Le film enferme les personnages dans des gros plans, incapable de respirer. Ce mécanisme, qui aurait pu s’avérer comme efficace, tombe lui aussi dans un maniérisme qui perd de sa force au fur et à mesure.

On peut facilement affirmer que c’est un bon film. La photographique est superbement travaillée. On assiste à certains moments de grâce. Le temps plane sur le film, et semble attendre le moment opportun pour abattre sa sinistre fatalité. Et il y’a ces moments hors du temps. Ces moments onirique, ces regards silencieux qui durent une éternité. Ces embrassades. Ces non-dits prêt à surgir n’importe quand. A l’inverse de Cassel et Seydoux, Marion Cotillard est sublimée, avec sa douceur sans limite, et sa beauté qui paraît si simple. La maison familiale devient le lieu de toutes les tensions, un huis-clos duquel il est difficile de fuir.

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Une déception. Car le film semble accumuler les bonnes idées sans jamais les exploiter. Personnellement, le sujet ne m’a pas touchée. La faute à une mise-en-scène trop théâtrale pour me laisser entrevoir la moindre émotion. Ce qui est assez paradoxal pour un cinéma de l’émotion. Cela n’a pas marché pour moi, mais ça marchera sur d’autres, et c’est tant mieux.  Je suis triste. Mais je m’y attendais.

 

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. J’adore Xavier Dolan et ça me navre de lire des commentaires négatifs sur son dernier film. Que je n’ai pas encore vu, je précise. Les critiques sont très partagées, mais la balance semble pencher du mauvais côté tout de même. Je suis curieuse de le voir pour me faire ma propre opinion… mais j’ai désormais franchement peur d’être déçue !

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    1. Suzy Bishop dit :

      C’est un film encore une fois, comme tous les films de Dolan, qui repose sur l’émotion. Il se trouve que je n’ai pas été réceptive, à cause de la forme, et peut-être du sujet aussi. Ca n’empêche pas que la dame à côté de moi était en train de pleurer tout ce qu’elle pouvait, quand les lumières se sont rallumées ! Donc tu verras bien, je te conseillerai même d’éviter de lire, et de te laisser la surprise !

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