Felix and a Prince

Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé aurait pu être un film très difficile, à l’ambiance de mort à couper au couteau. La pire période de la vie de Harry est en marche, alors que le retour de Lord Voldemort, la torture mentale qu’il a fait subir au jeune sorcier, la mort de Cédric, ont été suivies de la mort du père spirituel de Harry, Sirius Black. Dans un climat de peur permanent qui n’est pas sans rappeler ce que nous vivons en ce moment (les policiers aux coins des rues remplacés par des Aurors, Charlie Hebdo remplacé par un pont en plein milieu de Londres), les personnages évoluent dans une atmosphère délicate et sombre, jusqu’au visuel du film, magnifiquement trouvés dans des tons très pâles, de sorte que même les merveilles de Poudlard n’ont plus leurs couleurs. Le seul passage où la chromatique ne tend pas vers le blanc est la scène dans la boutique des Frères Weasley, échappatoire grotesque et fabuleux dans le rire et l’insouciance.

Pourtant, le film est loin d’être le pendant de son jumeau de papier, lui bien plus grave et aux ressorts dramatiques mis en avant de par un premier degré qui caractérise bien la saga. Le film de David Yates est sans doute l’essai le plus osé de la saga toute entière, en cela qu’il remanie le livre pour n’en laisser, presque, que l’intrigue intacte (et encore, beaucoup de passages sont remaniés, de nombreux éléments enlevés et mis à des endroits différents pour une intrigue cinématographiquement cohérente face à un livre qui aurait vite été indigeste à l’écran si adapté tel quel). On rit beaucoup devant le film, des éléments humoristiques sont ajoutés de part et d’autre de l’intrigue et les personnages, souvent, ont l’air sur le point de briser le quatrième mur (c’est le cas par exemple d’Harry, qui se dit ne plus être étonné des demandes farfelues de Dumbledore, «depuis le temps », ou la formidable réplique de McGonaghall face aux trois héros témoins de l’accident de Katie « why on Earth is it always you three »), l’ajout ici est total, une volonté artistique de Yates qui sied parfaitement au film et lui donne un goût très particulier dans une saga qui, dès le film suivant, reprendra son sérieux dans les pérégrinations finales.

Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé
Les rapports entre Ron et le Quidditch sont uns des grands facteurs humoristiques de cet opus.

Dédamatisation ? Non, pas vraiment, l’humour n’intervient pas aux moments clés du film et semble plus un vecteur de pause entre ces moments, tout à coup la saga se rappelle qu’elle met en face des spactateurs des personnages adolescents et non pas seulement des icônes comme l’est Harry depuis la révélation au monde du retour de Voldemort et du rôle d’Elu que le jeune sorcier doit maintenant embrasser. Harry Potter et le Prince de Sang Mélé contient en fait deux films en un, l’un sur les souvenirs de Dumbledore quand au passé de Voldemort et sur le début de la chasse aux Horcruxes (fragments de l’âme de Voldemort rendant ce dernier invincble tant qu’ils ne sont pas détruits) et un second sur Harry lui-même et les intrigues amoureuses qui l’entourent. L’un est un thriller sérieux tâtant le terrain pour le final de la saga, et l’autre un teen-movie au second degré qui ne manque pas de charme. Ressort de cette alliance de genres un produit très étrange, assez irréel en fin de compte, les passages dramatiques finaux en sont un peu diminués dans leur importance (pour certains, si la mort de Dumbledore peine à faire ressentir de l’émotion, la révélation de l’identité du Prince est un moment très intense, ainsi que tout ce qui entoure Drago Malefoy) et on ne sait quoi en penser en en sortant.

L’introspection est un des éléments clés de ce film là et il est absolument maitrisé. Harry et Dumbledore, préparant toutes les armes possibles pour vraincre le Seigneur des Ténêbres, s’intéressent à son passé et on apprend beaucoup sur le personnage qui, finalement, semble dès le début voué à devenir ce qu’il est. Manipulateur, fourbe et dangereux, le jeune Tom Jedusor a vécu sans amour et cela explique sans peine la propension à son alter ego adulte Voldemort à ne pas saisir le fondement de cette notion essentielle pour Harry. Il n’hésite pas à confier à Drago, encore jeune et inexpérimenté, dont l’âme, comme dit Dumbledore, n’est pas encore souillés, la fonction de tuer le directeur de Poudlard et les échecs incessants du jeune homme en la matière apportent, enfin après 6 films presque manichéens, une profondeur au personnagen, très mal en point face à l’ampleur mais surtout la portée symboloque de la tâche. Le personnage s’en retourve protégé, sa mère charge Rogue d’accomplir son travail à sa place et, pour ce que l’on sait pour le moment, permet à Drago de ne pas sombrer plus qu’il ne le fait déjà. La noblesse d’âme est aussi de ne pas demander à la jeunesse de se corrompre à sa propre place.

Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé
Drago, grande qualité de cet épisode.

Le développement des personnages que l’on connaît, donc, est assez original dans une saga qui n’a que rarement laissé place aux liens qui existent entre eux, préférant souvent les laisser implicites dans une action permanente et des épreuves qui les symbolisaient. Harry, Ron et Hermione n’ont dans ce film pas l’étoffe le héros parce que l’intrigue ne leur en donne pas l’occasion, ils sont pour beaucoup étudiants et donc à même des flirts et amourettes qui s’éveillent. La tension à ce niveau est palpable et on est amusés de les voir se tourner autour, comme dans une sorte de monde parallèle où tous ne seraient pas en danger de mort. Le film est loin du réalisme, le trumatisme des évènements précédents st loin d’être évident et on se demande la raison de ce choix. Un renouvellement de la saga, en un sens, assez audacieux et efficace pour à la fois renouveler notre sympathie pour les personnages et nous faire découvrir leurs facettes d’humains. Et quel plot-twist que de faire finir Harry avec Ginny …

Le final est difficile. Dumbledore n’est plus, Harry se rend compte que l’Horcruxe presque responsable de sa mort était un faux et les trois héros ne reviendront pas à l’Ecole pour y étudier. L’enfance, l’insouciance, les dernières parcelles qui les accrochaient à la jeunesse sont maintenant derrière eux, seul reste Voldemort et l’affrontement qui se prépare. Un dernier plan mélancolique sur Poudlard et le film, hybride et fascinant, est terminé. Plus rien ne sera jamais pareil, la fin est proche.

NN

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. MarionRusty dit :

    Super d’avoir mis la photo de Drago dans la salle de bain, qui est pour moi surement l’un des plus beaux plans de toute la saga. Personnellement j’aime beaucoup ce volet, même si Harry est bien plus détestable dans le cinquième roman que dans le film.

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    1. Nemo Nobody dit :

      C’est mon plan préféré de toute la saga !

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  2. Avel dit :

    Je me suis racheté la saga complète il y a quelques semaines. Ce film-là je ne l’ai vu qu’une fois (au cinéma) et j’avoue que mes souvenirs sont flous, je l’avais trouvé moyen, sans plus. Tu me donnes envie de me revoir tous les films, dont celui-ci pour lequel j’aurai peut-être un nouveau point de vue.

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    1. Suzy Bishop dit :

      Pour ma part c’est pas un de mes préférés, et je ne l’ai pas revu depuis très longtemps, comme toi ! Mais je serai encore une fois bien.curieuse de savoir ce que tu en auras pensé ! : )

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