Freaks and Chicks

Des mois que je défends le projet. J’ai l’attitude un peu chevaleresque et naïve de croire à tous les films dont j’entends le développement se lancer. Je suis pas un frileux des suites et des reboots : quand j’aime l’original, j’aime qu’on ait l’idée et le courage (il en faut quand on se lance dans le projet) de le revisiter. Et en plus, j’aime qu’on me raconte la même histoire, ils pourraient me sortir 10 versions de Spider Man différentes, j’irais toutes les voir et j’aurai le même frisson à la morsure de l’araignée radioactive. J’aime beaucoup les Ghostbusters originaux mais je suis pas un fan hardcore, j’ai quand même suivi le projet avec beaucoup d’intérêt depuis le début du développement parce que j’aime l’idée qu’on rafraîchisse les classiques, même ceux que je n’aime pas (comme l’idée Jurassic World, que j’ai aimé aussi alors que l’original me laisse froid). Dur à assumer qu’on aime ces films là : mais quand on tient un blog, on dit la vérité. La vérité, c’est que j’ai adoré ce Ghostbusters 2016. En VO.

J’aime les films qui tiennent leur route, du début à la fin. C’est rarissime dans ce monde de blockbusters dominés par les super-héros, Disney et la bienséance : le producteur est le roi du cut, peut choisir de bousiller tout un film par pur caprice commercial (Les 4 Fantastiques en tête), parfois avec l’avis positif du réalisateur (David Ayer, merci à toi de créer un précédent qui autorisera encore plus Warner à refaire les films après les réalisateurs alors que le cut est évident), parfois sans (voir exemple pré-cité, sinon on peut évoquer Ant-Man), par peur que le spectateur n’aime pas. En ne comprenant pas alors que les précédents sont ÉNORMES que le spectateur va d’autant plus massacrer un film dont l’incohérence de propos se fait sentir. Étrangement, je trouve personnellement que Sony s’en sort plutôt bien à ce niveau, si on excepte l’accident Spider Man 3, les réalisateurs de gros films vont toujours où ils veulent, quitte à décevoir ou non ( Marc Webb, Phil Lord et Chris Miller, le Sam Raimi des premiers Spidey, Barry Sonnenfeld), et vont au bout de leur idée, même si celle si n’est pas forcément celle qu’attend le spectateur. Je suis convaincu qu’en tant que créateur, il fait meilleur travailler chez Sony que chez la Fox.

Ghostbusters
La nouvelle fine équipe.

Ghostbusters est l’exemple même de cet état d’esprit fantastique. Massacré depuis le début le projet par des fans tour à tour sexistes, racistes, ou simplement un peu traditionalistes cinématographiquement, ce qui peut aussi se comprendre tant que le rejet ne va pas trop loin (du genre harceler une des actrices du film), le film a évidemment eu mon entière sympathie très vite, vu l’état d’esprit dans lequel je me trouve toujours face à ces projets. Qu’importe les obstacles, Paul Feig et son équipe ont tenu le coup et ont sorti leur film, qui respire la joie de vivre, la coolitude, la joie absolue. Tout le monde est formidable dans le film, la nouvelle équipe de chasseurs de fantômes est si bien incarnée que toutes ont droit à leur moment de gloire, du vol plané de Melissa McCarhy à la chorégraphie absolument jouissive et magistrale de combat de Kate McKinnon : cette dernière a d’ailleurs un moment de grâce à chacune de ses apparitions tant elle est drôle et complètement folle, si ça n’en tenait qu’à moi je dirais bien à tous de retenir son nom, on entendra forcément parler d’elle dans quelques années vu son potentiel.

Drôle d’objet que ce Ghostbusters qui donne toutes les pistes pour montrer qu’il se démarque du film original. Inversion, donc, des sexes mais aussi de nombreux passages hautement symboliques (le grand méchant qui se transforme dans le final en le fantôme du logo original, devenu monstrueux et incontrôlable et qu’il faut pourtant vaincre, exemple type du genre de procédés très malins et intelligents que propose le film), musique de l’original qui se stoppe au début du film dès l’apparition du premier personnage principal, mais aussi apparition très détournée des personnages originaux (Bill Murray devenu sceptique, Dan Akroyd devenu chauffeur de taxi sans aucune peur des fantômes, la secrétaire fidèle à elle meme en réceptionniste d’hôtel, Sigourney Weaver devenu experte en chasse de fantômes et bien sûr le buste du regretté Harold Ramis), on nage en plein méta assumé jusqu’à combattre du slime et plein de jolis fantômes fluo. Tout ça dans une atmosphère qui ne laisse absolument aucune place à la dramatisation ni au moindre enjeu en ce sens, le film est très souvent à la limite de la parodie dans ses punchlines et ses autres répliques au tac au tac. Le choix ne plaira sans doute pas mais Ghostbusters 2016 assume complètement la désuétude (quoi qu’on en dise) du film original, bien conscient qu’un film de ce genre serait conspué a l’ère du blockbuster cynique. Il trouve alors le juste équilibre entre hommage et amusement, sans jamais moquer son prédécesseur.

Ghostbusters
Assez symbolique.

Le manque d’enjeux dramatiques de Ghostbusters peut carrément déranger en 2016, ère où l’univers entier est carrément mis en péril par des gros Aliens bleus qui parlent (coucou Guardians of The Galaxy), ou alors « juste » le monde entier. On remarque que la plupart des tentatives de rétrécissement du spectre de danger ont été rejetées par le public (dès qu’on parle de Spider-Man qui sauve New York…), même si la raison n’en est pas clairement assumée ni même considéré. Pour se sentir concerné, le public a besoin d’un large spectre et le choix de Ghostbusters de revenir aux fondamentaux en menaçant une simple ville ne marchera pas sur le public d’aujourd’hui : dans un blockbuster, être cool ne suffit plus, il faut des enjeux de taille à chaque film et le gigantisme est partout. Je suis pour ma part rafraîchi par tant de simplicité, je n’estime pas avoir besoin dans une comédie (le film s’assume clairement comme telle) d’une gravité d’enjeux particulière, je n’ai entendu personne (avec raison) se plaindre du manque d’enjeux de 22 Jump Street, pourtant la finalité du film (si on excepte le féminisme du film de Paul Feig) et même le studio à son origine étaient les mêmes : seulement, le fait que Ghostbusters adapte déjà en lui même un film a teneur humoristique n’a peut être pas joué en sa faveur au moment de la reconnaissance du genre par le public. Toujours est il qu’une fois de plus, la ligne est bien tenue et somme toute assez osée aujourd’hui.

Qu’en est-il du féminisme, justement ? Pas grand chose, et pourtant énormément, le féminisme assumé du film est absolument paradoxal. D’abord, deux des héroïnes sont plutôt stupides malgré leur génie évident en sciences, ou au moins très ahuries… On ne nage pas en plein fantasme de féministe autoproclamée qui voudrait que tous les personnages féminins soient mythifiées, le film est féministe dans le sens où tout le monde y est égal devant la stupidité ou l’intelligence, rien qu’à voir la première scène on sent bien que le masculin n’est en aucun cas épargné. Tous les personnages, en revanche, sont formidablement campés et ne semblent pas jouir de manière trop lourde de leur statut de femme (on aurait pu craindre qu’elles le rappellent toutes les minutes en disant « un homme aurait pas pu le faire », « girl power »), le film a l’habilité de banaliser très vite ses personnages féminins, de ne pas insister sur leur genre et ainsi, en un sens, de passer outre une question qui n’a été que trop évoquée (de manière souvent malveillante) durant tout le processus de création du film. Les personnages sont délurées, mais elles sont fortes, complètement folles, badass (je les aime toutes mais Kate McKinnon est FORMIDABLE, laissez moi le répéter), et ce sont des femmes. C’est tout, le film n’insiste pas plus sur le sujet, tout juste moque-t-il gentiment la gente masculine dans le personnage absolument absurde et génial de Chris Hemsworth (qui devrait vraiment arrêter de mettre des capes rouges et des tenues en métal pour se mettre à la comédie où il est infiniment meilleur). Je n’en jugerai pas plus, forcément limité par mon genre d’homme, mais ma vision du féminisme est fortement satisfaite de par ce film, qui, je le pense, lui fait beaucoup de bien vu la sous-représentation de ces thématiques au cinéma.

Ghostbusters
Kate ❤

Ghostbusters ne plait pas à tout le monde : l’humour n’est pas une composante universelle, je suis le premier à m’étonner qu’Anne Roumanoff remplisse des stades tandis que les Inconnus floppent en 2016. Personne n’a le même humour et Ghosbusters a peut être le malheur de vouloir ratisser trop large. Certaines blagues scatologiques n’ont rien à faire dans le film et ne prennent pas en France, la part belle est faite tout de même au comique de situation très absurde et souvent bienvenu, et à quelques punchlines bien trouvées. Ma chère Kate (promis, je la laisse tranquille après) détient en elle même la sève de ce qui fait l’intérêt du film, une folie absolue et hilarante. Malheureusement, et il y a ici de quoi se fâcher très fort, la VF ne fait aucun cadeau au film, alourdissant considérablement les répliques les plus maladroites, se permettant des choix d’interprétation au moins douteux (« fantocruche »…) et prolongeant quasi systématiquement les vannes à peine évoquées dans le film. Le spectateur français est souvent pris pour un imbécile par le traducteur qui appuie en permanence et de manière caricaturale les répliques au départ souvent bien écrites du film. J’irai jusqu’à dire que qui a vu ce film en VF ne l’a pas vu, ou en a vu une version estropiée de son intérêt, une véritable cible pour les haters qui n’attendaient que ça.

Sony ne rappellera sans doute pas ses Ghostbusters. Le film a floppé comme on pouvait s’y attendre malgré des critiques pas si négatives au final et Sony est en ce moment un peu trop près de ses sous pour tenter une nouvelle aventure (d’où l’annulation du crossover Jump Street/MIB), le risque ne sera sans doute pas pris. Tant pis, l’aventure était vraiment réussie et très amusante et Paul Feig et ses actrices peuvent être fiers du travail accompli.

NN

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7 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Bravo pour ta franchise. J’aurais effectivement eu peur de voir ce film, tant il est critiqué… mais maintenant j’ai bien envie de lui laisser une chance.

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    1. Nemo Nobody dit :

      Parfois les gens s’attaquent à un film par pur plaisir, j’ai le souvenir de journalistes américains qui expliquaient que certains de leurs collègues mettaient ouvertement des notes tres basses aux gros films pour la simple et bonne raison qu’ils n’avait pas proposé de projection de presse. On peut ne pas aimer SOS Fantômes, Suzy a détesté (je crois quand même que la VF a beaucoup joué là dessus), mais on ne peut pas nier qu’il est très courageux.

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  2. tinalakiller dit :

    Je n’ai pas pu le voir car je suis partie et en revenant il n’y était déjà plus dans mon cinéma. Le film semble avoir plu d’après ce que j’ai lu malgré son flop au box office et toutes les polémiques autour. J’espère que ça me fera au moins rire et divertir surtout que j’aime bien cette équipe. 🙂

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    1. Nemo Nobody dit :

      J’espère que tu aimeras en tous cas !

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  3. Je suis un fan hardcore du premier Ghostbusters, j’appréhendais un peu ce remake et j’en attendais vraiment rien du tout et au final bah ça va mais pour moi c’est un peu comme avec chaque Paul Feig, je suis souvent très mitigé, j’adhère pas à son humour « pipi caca prout ». En tout cas, je confirme que la VF ne fais pas vraiment honneur au film. Quand Leslie Jones te sort un « Sapé comme jamais » c’est… Euh… Voilà quoi. Pour le reste, à part un ou deux passages qui m’ont fait rire (le passage où McCarthy teste le pack à protons 😀 ), j’ai pas détesté mais j’ai pas adoré non plus ^^

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    1. Suzy Bishop dit :

      Je suis tout à fait d’accord avec toi, même si j’irai plus loin en te disant que j’ai vraiment détesté ce film. La critique n’est pas de moi, car je l’ai vu en VF, et crois moi que je n’ai pas du tout été tendre avec ce film. La VF est d’une débilité folle, et je n’ai pas vraiment passé un bon moment devant ce film ! J’aime beaucoup le premier ( dans mes souvenirs lointains, je n’ai pas eu l’occasion de le revoir en entier depuis ! ) et j’ai eu l’impression qu’on se moquait de moi du début à la fin ! Heureusement du coup que tu n’as pas détesté, ça aurait été assez violent de voir son film préféré se faire détruire au cinéma des années plus tard ! 😦

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      1. Oui la VF est vraiment affreuse. Même si j’avais détesté, je ne m’attendais vraiment à rien alors au pire je ne pouvais qu’être agréablement surpris.

        Aimé par 1 personne

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