Ofelia in Wonderland

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Il est tard. J’ai peur des monstres sous mon lit. J’ai peur des monstres hurlant dans la nuit. Raconte moi une histoire. Ta lumière me berce. J’aime voir tes couleurs vaciller dans l’obscurité. Laisse moi redevenir un temps l’enfant qui s’endormait dans ses rêves. Grandir, c’est être un enfant qui oublie de s’émerveiller. Le cinéma est peut-être son dernier espoir. Celui devant lequel on s’assoit, ébahi, prêt à croire les choses les plus folles. Des combats dans des contrées inconnues de l’espace, des voyages dans le temps, des hommes aux pouvoirs sur-humains. On se remet à rêver devant ce spectacle de l’impossible, fasciné par cette prouesse incroyable de projeter notre imaginaire. Guillermo Del Toro nous plonge dans son univers étrange et sombre à travers Le Labyrinthe de Pan.

Espagne, 1944. Fin de la guerre. Ofelia, petite fille rêveuse, va s’installer chez le capitaine franquiste, Vidal, nouvel époux de sa mère. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu’elle n’est autre que la princesse disparue d’un royaume enchanté.Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves.

labyrinthe-de-pan-2006-10-g-1.jpgLe film s’ouvre comme un conte. Les contes, c’est pour les enfants. Sinistre, sombre, sordide. La lumière peine à trouver son chemin, comme si l’espoir n’avait pas sa place. L’atmosphère est onirique, sa teinte bleutée donne au film une dimension étrange, froide et mélancolique. Sa musique nous berce, mais nous laisse indécis entre une tristesse infinie et une douceur apaisante. Tout ressemble à un cauchemar désespéré, des méandres d’un labyrinthe oublié à la vieille bâtisse angoissante qui se réveille la nuit, des créatures décharnés à la monstruosité de la guerre.

Les monstres sont partout. Vieux faune tapi dans les ténèbres d’un labyrinthe. Vieux fou ensorcelé par la violence et la haine. Le film embrasse le point de vue d’Ofelia, confrontée à la violence et la cruauté d’un monde inconnu. Les monstres sortis de la tête d’une petite fille sont moins effrayants que les démons qui peuplent la réalité. La violence est parfois insoutenable, les corps souffrent, se blessent et la douleur semble même se propager jusqu’à nous. Le monde des adultes est un monde terrifiant, cruel et violent. Le sang coule. La pitié est inconnue des hommes et de la nature. L’horreur de la guerre est réaliste, et devient d’autant plus dérangeante. Del Toro emprunte aux codes du fantastique pour exulter les ténèbres du fascisme et de l’âme humaine. Cette guerre, c’est aussi celle mythique du bien contre le mal, de l’innocence et de la haine, d’une enfant et des adultes.

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Ofelia est une princesse qui doit affronter trois épreuves insurmontables . Trois épreuves de la vie adulte. C’est avant tout une enfant qui comprend et voit le monde à travers son innocence. Celle qui se blottit contre sa mère le soir, car la maison résonne de bruits inconnus. Celle qui demande une berceuse pour se calmer. Celle qui voit sa mère souffrir de porter une vie nouvelle et pure. Une enfant confrontée à un monde terrifiant, qui n’épargne personne. Pas même les gentils. L’imaginaire devient un refuge contre le monde des adultes, un monde où la violence devient soudainement plus logique et plus rationnelle. L’imaginaire apporte des réponses à un monde insensé. Elle s’égare dans ce labyrinthe mental, si complexe, si effrayant. Les fées, les faunes, les monstres deviennent des figures rassurantes, des amis imaginaires pour s’enfuir. Les adultes ne peuvent pas comprendre. Ce sont des aveugles. La frontière entre le monde imaginaire d’Ofelia et la cruauté de la réalité est mince, et parfois les deux se mélangent. Parfois la magie fait des miracles, ne serait-ce qu’un court instant. La pureté de l’enfance vient se heurter à la cruauté, et en ressort une tristesse immense, mais elle finit toujours symboliquement par triompher.

Le Labyrinthe de Pan nous met brutalement face à ce que nous sommes devenus. Des enfants perdus dans un monde incompréhensible, irrationnel, insensé. C’est un refuge étrange, qui nous fait mal et qui nous apaise. Blessé profondément d’une blessure qu’on niait. On ne veut pas avoir grandit. Alors on se cache une dernière fois dans le noir. Une dernière histoire avant de retourner dans les ténèbres de la réalité.

 

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