Hippogriffs and Time-Turners

Chaque saga a son chef d’oeuvre, sa meilleure partie, son plus beau joyau, celui que l’on ne cesse d’invoquer quand on est fan pour justifier notre amour pour cette saga. Star Wars a L’Empire contre attaque, Terminator a Le Jugement Dernier, Le Seigneur des Anneaux a Le Retour du Roi… Et Harry Potter a Le Prisonnier d’Askaban. Après avoir subi la rançon du sacrifice de ses parents en ayant a combattre les versions faibles, vulnérables mais retorses de Voldemort lors de ses deux premières années a Poudlard, le jeune sorcier entame sa troisième année dans la crainte d’un autre homme, Sirius Black, criminel évadé d’Askaban, sorte de Guantanamo pour les sorciers, ancien partisan de Voldemort que l’on croit bien déterminé à se venger de celui qui a mis son maître en échec il y a douze ans… Mais si la vérité était plus complexe ? 

Voldemort ne laissera jamais Harry tranquille. C’est un fait indéniable, la mise en échec du Seigneur des Ténèbres a permis à Harry de survivre mais est aussi sa malédiction, a jamais. Le Prisonnier d’Askaban a cela de particulier dans son intrigue que Voldemort n’y apparaît pas physiquement, on ne sait rien de l’avancée de sa possible résurrection ni de ce que le personnage prépare, et pourtant c’est sans doute, si on excepte le Prince de Sang-Mêlé, dans cette histoire là qu’il est le plus présent, comme un spectre qui torture Harry dans toutes ses convictions les plus profondes. Dans cet opus résolument sombre, le héros se rend compte qu’il ne sait finalement pas grand chose de lui-même, ni d’où il vient. Il apprend à ses dépends que la réalité des adultes est souvent faussée, il passe de surprise en surprise car on lui ment sans le savoir. Sirius Black a été accusé innocemment et l’homme qu’il est supposé avoir tué est non seulement vivant, mais en plus a trahi les parents de Harry et est responsable de leur mort. Dur contrecoup pour le personnage qui a passé son année scolaire, d’abord dans la peur de Black, puis dans sa haine : c’est le début d’une longue période ou Harry, Albus Dumbledore étant sans doute l’exception, commencera lui-même à chercher les réponses. A 13 ans, le personnage comprend déjà ce qu’est d’être un adulte et embrasse ce rôle. 

 

87153746_o.jpgLa dissimulation est une particularité importante de la relation des adultes avec Harry mais aussi, pour beaucoup, avec d’autres enfants du même monde. On a déjà évoqué le cas Sirius Black, beaucoup de fausses informations qu’Harry a reçu à son sujets étaient erronées mais la dissimulation tait ici involontaire : en revanche, l’attitude de Cornelius Fudge, symbolique parfaite, on le verra pour l’Ordre du Phénix, des pires travers des hommes politiques contemporains, est clairement mensongère quand il lance à Harry d’un ton paternel que, non bien sûr, Black n’a rien à voir avec lui, mais attention à ne pas se balader quand même, pas la peine d’aller au Chemin de Traverse j’ai tout commandé pour toi. Brave garçon. Harry est infantilisé, il a commis un sérieux dommage à sa tante en la gonflant comme un ballon et le Ministre lui fait grâce, tant qu’Harry n’est pas gênant alors son rôle d’enfant doit être préservé, et Fudge magnifie cela pour l’instant. C’est seul qu’Harry, très légèrement informé, ou plutôt mis en garde par Arthur Weasley, ira chercher les réponses à ses questions, s’infiltrant par exemple chez Madame Rosmerta alors que les adultes sont en pleine discussion. Et c’est lorsqu’il se rend compte de l’étendue de ce qu’il ne savait pas qu’il souffre le plus  la préservation est néfaste quand elle n’est pas désirée par l’enfant. 

Harry doit donc se débrouiller seul, ou presque, pour combattre ses démons. Cette fois, ils sont personnifés par les Détraqueurs, grandes silhouettes noires et fantomatiques qui se nourrissent des bons souvenirs pour ne laisser à leurs victimes que les pires expériences de vie. L’apothéose de leur pouvoir, c’est de prendre l’âme de leurs victimes de par un Baiser. On sait que J.K Rowling voulait symboliser dans ces créatures la dépression qu’elle a subi des années auparavant et le résultat est très réussi à l’écran, ceux qui ont le plus souffert dans leur vie sont les plus affectés puisque les Détraqueurs leur font revivre encore et encore les plus grands traumatismes, Harry revit bien sûr la mort de ses parents. Mais ceux qui ont le plus souffert, paradoxalement, sont aussi ceux qui sont le plus à même de les combattre : les bons souvenirs à se remémorer pour lancer le sort du Patronus sont d’autant plus forts chez eux que, dans l’esprit torturé, les belles mémoires sont rares mais elles sont les plus puissantes. Un moment de bonheur est d’autant plus intense qu’il est entouré de souffrances, grâce aux souvenirs, même reconstruits, de ses parents Harry sait jeter un Patronus surpuissant. 

 pauvre-professeur-lupin.jpg

Aussi étrange que cela puisse paraître, on peut être persuadé qu’Harry, de par la vie qu’il a depuis trois ans, est à même de construire d’autres heureux souvenirs. Le personnage est bien entouré, soutenu, une superbe scène sous la neige où le personnage est très fragilisé le montre bien et c’est d’ailleurs sa dernière aventure avant longtemps où l’aide de ses amis sera si précieuse. Ron est très effacé dans cet opus là mais Hermione est absolument essentielle à la résolution de l’intrigue et est un très précieux soutien moral. C’est d’elle que provient le Retourneur de Temps, facteur formidable et original de résolution de l’intrigue. Le retour dans le temps est très malheureusement souvent un prétexte scénaristique a régler les problèmes des protagonistes (Days of Future Past, si tu m’entends), mais en l’occurrence l’idée est très vraisemblable et surtout se construit durant tout le film, beaucoup d’évènements inexplicables sont compréhensibles de par ce retour dans le temps est, surtout, le final où Harry se rend compte qu’il est parvenu à se sauver lui-même conforme ce que l’on disait précédemment : ce n’est pas sur son père qu’il faut compter, mais sur lui même, et ses deux amis. 

 Quel beau film, quel film complexe. Il est plus libéré que les opus précédents et n’est pas enfermé dans la même structure que ceux-ci, tout simplement parce que la simplicité de l’intrigue n’aurait plus été justifiable. Alfonso Cuaron propose une adaptation audacieuse du roman assez court de J.K Rowling, apporte de par une caméra fiévreuse et de beaux plans rapprochés sa patte à l’univers et propose, à mon sens, le meilleur opus de la saga. La noirceur sera définitivement adoptée à partir de la Coupe de Feu, restons pour l’instant sur le plan final du film où Harry prend son envol sur l’éclair de feu, dernier moment d’insouciance complète du personnage qui prend son envol, trop tôt, vers le monde des adultes. 

NN

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. tinalakiller dit :

    Evidemment, mon opus préféré de la saga, fort, intense, avec des métaphores qui fonctionnent et qui révèlent surtout la profondeur de cette oeuvre.

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    1. Nemo Nobody dit :

      Je n’aurais pas dit mieux !

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  2. Pour le meilleur tome de la saga !

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