Chapitre 2 : Participer

La Purge. Phénomène symbolique d’une Amérique ressuscitée, où tous les indicateurs économiques et sociaux sont au meilleur : taux de chômage au plus bas, ainsi que le taux de criminalité. Même les citoyens sont plus heureux. Il suffit d’une nuit, une nuit où tout crime est permis, pour permettre aux citoyens ( si possible les plus aisés ) d’assouvir leur besoin, leur droit, leur devoir de commettre ces crimes pour leur pays, si possible envers les personnes les plus démunies. C’est ainsi que l’on calme les esprits des citoyens pour les années à venir, et c’est également une manière de garantir un véritable équilibre économique. Le cadre n’a pas changé : bienvenue dans American Nightmare Anarchy.

On avait déjà raconté la première légende racontée sur fond de Purge, alors qu’une famille vivant des recettes de ventes de systèmes de sécurité inspirés rendus nécéssaires par celle-ci était prise en chasse par un gang d’assassins. Thriller sur fond politique, American Nightmare suivait la formule Blumhouse (peu de moyens et recettes satisfaisantes), et a si bien fonctionné qu’une suite en a été commandée, par les mêmes conteurs que le premier film (James deMonaco en tête, à la réalisation et au scénario). Il s’agit, cette fois, d’aller voir de l’autre côté du miroir : qui participe à la Purge ?

American Nightmare Anarchy
Premier type de participants : le Gouvernement.

On ne participe pas forcément de son plein gré à cet événement annuel. Participer à la Purge n’est pas la cautionner, il suffit pour cela d’être d’un des côtés du viseur la nuit où elle a lieu : victime, ou assassin. Il suffit d’un accident, parfois délibéré, d’un voisin sexuellement frustré ou d’un complot gouvernemental pour se retrouver la cible d’un système que l’on peut cautionner ou pas, quelle que soit la volonté de chacun, chacun est égal devant la Mort. Les pauvres, on l’a dit, sont les premières victimes de la Purge : le premier film, ainsi que certaines des scènes de celui-ci comme cette abominable vente aux enchères qui rappelle les meilleurs scènes d’Hostel 1 et 2 (une époque benie où Eli Roth avait encore des idées, excellentes), montrait les riches ciblant les pauvres, couplant leur droit de tuer à un devoir d’aider leur pays d’un point de vue économique.

Mais c’est la face pratique, préférable pour le Gouvernement qui nous était montrée, à nous comme aux citoyens américains pour beaucoup convaincus du bien fondé de la Purge. Il est des riches qui tuent, oui, mais pas assez, on apprend dans le film que le plus gros des chiffres de mortalité des pauvres n’est pas dueà ces meurtres-ci, finalement minoritaires et relevant même quasiment du cas par cas, mais à ds agents gouvernementaux chargés de donner un coup de pouce, un doigt en plus sur la mortelle gachette de la société, faire croire au peuple qu’il contrôle son pays alors que son gouvernement en est à la fois le juge et la partie. Sauver des personnes est ainsi tacitement interdit puisque cela revient à affronter le gouvernement lui-même, la volonté de certains de devenir de « meilleurs citoyens » (les mots sont carrément prononcés par les messages gouvernementaux officiels) ne doivent pas être gâchés par la volonté, égoiste, des autres de sauver leur vie et celle des autres.

American Nightmare Anarchy
Deuxième type de participants : les vengeurs.

Si les riches n’y participent pas tant que ça et que le Gouvernement fait une grosse part du travail qu’on croyait être la leur, que reste-il pour expliquer le taux de mortalité ? Les autres ! Il ne s’agit pas d’un affrontement de riches contre pauvres, l’aspect manichéen que l’on pouvait craindre après le survol du problème dans le premier volet (qui n’abordait en fait pas la question puisque, un personnage mis à part, seuls les hautes classes sociales y étaient incarnées), mais bien aussi de pauvre contre pauvres. On évoquait la frustration sexuelle d’un voisin, cela intervient très tôt dans le film pour montrer la facette moins calculée, plus instinctive d’une décision de participer à la Purge. Le Gouvernement donne le DROIT d’assumer ses fantasmes meurtriers, et celui-ci ne s’accompagne forcément d’un DEVOIR de maintenir l’équilibre économique, d’où la nécéssité d’ailleurs déjà évoquée pour le Gouvernement de rééquilibrer la balance.

Cela ne suffit pas encore, comme le montage du film le laisse entendre ce genre d’assassinat est encore minoritaire. Il reste la vengeance, qui intervient deux fois dans le film et était par ailleurs déjà présente dans le premier film, alors que les voisins des protagonistes souhaitaient en finir avec la famille ayant étalé leur richesse gagnée sur leur dos. Une fois furtivement, en raison d’une tromperie conjugale, mais la plus importante est la seconde, essentielle puisqu’elle concerne le personnage avec lequel on passe le plus de temps. Ultime bonne idée du film, le « héros » souhaite depuis le début profiter lui aussi de la Purge, et ce par pur vengeance. On participe donc immoralement pour se défaire d’un sentiment d’injustice, le personnage est un Punisher assez fidèle sans besoin d’adaptation, on se demande même si la version de Netflix du personnage n’a finalement pas été calquée, jusqu’à l’apparence physique, sur celui-ci. Participer à la Purge pour cette raison, c’est promouvoir un cycle de violence qu’avait évoqué par exemple l’excellent American History X. On a envie de renommer le film, l’Anarchy n’a rien à voir là dedans, tout serait plutôt une question de Salvation, revirement moral d’un homme qui part tuer et finit sauveur. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le second volet d’American Nightmare est optimiste.

Quelle bonne surprise, après un thriller qui somme toute survolait son excellente idée dystopique pour privilégie un, certes efficace, home invasion. Ce second volet est bien au dessus et montre les rouages de l’évènement, sa justification pratique et la mentalité de ces participants. L’action est privilégiée dans ce nouvel opus et reste bien cohérente avec l’idée de base, les personnages sont moins caricaturaux et on se retrouve rassuré, mais inquiet, de voir une humanité plus si noire, mais toujours aussi manipulée.

AMD

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