Empty Spaces

Une musique est un film mental. Elle nous plonge dans un processus de création, d’imagination. Elle nous pousse à voir les sons. On boit ses paroles. On est enveloppé par du sens. C’est un univers infini qui naît du néant. Des sons sortis d’une spirale sombre. On crée notre propre histoire. Associée à des images, elle prend un sens nouveau. Politique. Poétique. Lorsque Alan Parker adapte le mythique album des Pink Floyd avec The Wall, on se trouve face à une oeuvre géniale. Il parvient à montrer l’invisible. La musique prend une dimension nouvelle, l’image apporte une force monstrueuse. The Wall nous brûle de son fer, son souvenir reste impérissable des années plus tard, comme  l’événement qui a tout changé.

Après le décès de son père pendant la Seconde Guerre mondiale, Pink est élevé par une mère tyrannique. Devenu rock star, il mène une vie tourmentée et s’enferme sur lui-même dans sa chambre d’hôtel. Peu à peu, il sombre dans la drogue tandis que la folie commence à s’emparer de lui.

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Mélange d’animation, de prises de vue réelle, et de la musique psyché des Pink Floyd, The Wall est un monstre fascinant. Un monstre, puisqu’il déroute. Le récit n’est pas linéaire. Il suit la chute vertigineuse de Pink dans la folie. Le film se compose en sortes de tableaux qui s’assombrissent au fur et à mesure. Les dialogues du film sont quasi-inexistants, car les paroles et la musique se suffisent à eux-mêmes pour créer du sens. L’image est terne, et la lumière est absente. Le film nous entraîne avec lui dans un univers anxiogène et désespéré.  La frontière entre la réalité et la folie s’amincit jusqu’à disparaître totalement.

L’oeuvre parvient à sonder les tourments de l’âme humaine, dans toute sa noirceur. Pink glisse peu à peu vers la schizophrénie. Les yeux vides, comme zombifié. Il se remémore son passé, comme le chemin qui le mène à la folie. Son éducation, sa mère tyrannique, son père mort à la guerre. Sa femme est partie. L’amour est une créature répugnante, symbolisés par une mante-religieuse géante qui dévore son partenaire, sublimé par l’animation de Gerald Scarfe. Le sexe est un vice, un rapport constant de domination qui débouche sur la violence. Les femmes sont effrayantes. Le souvenir d’une mère castratrice, d’une femme partie avec son amant. L’espoir est inexistant. Les souvenirs d’une enfance détruite refont surface. Le rat tant aimé, comme seul ami, finit par mourir, comme toutes les choses de ce monde. Pink est encore un enfant, qui doit faire face à l’absurdité du monde des adultes. Construire un mur, pour se protéger. Chaque événement n’est qu’une brique dans un mur. La folie de Pink est semblable à une bombe à retardement. Elle est meurtrière. La drogue l’isole de ce monde qui le rejette.

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Alan Parker sait filmer la société malade et son rapport  étouffant avec l’individu, comme dans Birdy ou Midnight Express. The Wall dénonce une société démente qui fabrique des individus totalement aliénés. La guerre est un oiseau de proie qui plane dangereusement, avant de s’abattre sur ses victimes. Elle ne fait que couleur du sang, au nom d’un gouvernement fou. Peut-on le croire ? Il cherche à réprimer la liberté. Les forces de l’ordre ne servent qu’à engendrer la violence. L’éducation est une usine sinistre, qui produit de la viande à la chaîne. Les enfants font partis d’une masse informe. Ils portent les masques effrayants, derrière lesquels ils doivent se cacher. La création et l’imagination font peur, il faut les réprimer de manière sévère. La consommation et le sexe ne servent que d’appâts à des masses sans âmes. Le gouvernement ne cherche qu’à nous faire devenir une brique dans un mur. Il nous aliène et nous pousser à créer notre propre prison de laquelle il sera impossible de s’échapper. La violence engendre la violence. Cette société folle produit des êtres malades, sans repères. Elle est entièrement responsable de la folie de Pink. L’artiste ne peut vivre dans ce monde sans vie. Pink devient alors dictateur. Parce qu’il est artiste, il est adulé. La fascination de l’idole. La soumission à son pouvoir. Son art devient fasciste, ses fans sont aliénés, aveugles. Il propage la haine, héritage glorieux de son passé et de la société. C’est un produit répugnant, rongé par la violence, la mort et les vers. Briser le mur. Détruire la société. Retrouver la liberté, à travers une descendance nouvelle.

The Wall est une oeuvre folle. Une oeuvre démesurée, violente, paranoïaque. Une oeuvre fabuleuse, qui ne ressemble à rien de connu.

 

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. princecranoir dit :

    Très beau texte ! qui explore brique par brique les ondulations et métamorphoses cyclothymiques de cette œuvre profondément dépressive ! Plus qu’un film de Parker, c’est surtout la projection de l’ego surdimensionné de Roger Waters, le cri d’une star du rock qui tente encore de se faire entendre dans le vacarme du punk rock qui a pris le pouvoir en cette fin de décennie.

    Aimé par 1 personne

    1. Suzy Bishop dit :

      Merci beaucoup ! Je viens d’ailleurs de voir que tu avais écrit un article sur ce film, et à priori, tu n’as vraiment pas accroché ! Les années ont-elles changé ton avis ? 🙂

      J'aime

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