Love and Friendship

Tout cinéphile, à un point de sa vie, a vu sa passion, même si elle existait déjà auparavant, exacerbée par un chef d’oeuvre personnel. Quelque chose de simple qui l’a durablement marqué, un amour inconditionnel et puissant pour un film. Etrangement, ce sont souvent les films les plus légers, les plus fantastiques, qui marquent durablement le cinéphile de ma génération et de la précédente, à quelques exceptions près, d’où par exemple la renommée internationale d’un Spielberg, à l’origine de beaucoup de ces films (Jurassic Park, E.T, Indiana Jones…), certains réalisateurs à ce niveau tenant un peu plus du one-shot, on pourrait citer Back To The Future, dont aucun des autres films de Zemeckis n’a jamais atteint la même appréciation publique. Ce cinéma là, c’est celui qui fait rêver, et je me sens à la fois très jeune et déjà un peu vieux quand je vous dis que, pour moi, le tournant s’est fait grâce à Harry Potter.

Le lecteur que j’étais à l’époque du succès mondial des premiers livres n’a pas accroché immédiatement à l’oeuvre phare et merveilleuse de J.K Rowling. Sans doute le fait d’avoir commencé par le Prisonnier d’Askaban y était-il pour quelque chose, mais je n’ai en aucun cas dévoré les livres à l’époque comme je le ferai, et encore pas plus tard qu’hier, des années plus tard. Ma découverte de ce qui allait être une partie non négligeable de ma vie, de la raison pour laquelle j’aime tant écrire et filmer aujourd’hui, a été progressive et je suis incapable de vous expliquer comment cela s ‘est déroulé, la chose s’est étrangement enfouie dans ma mémoire, mais ce qui en ressort est le plus important : des années après, l’oeuvre de J.K Rowling reste encore et toujours ma Madeleine à moi, mon lieu de refuge quand je veux m’enfuir de ce monde, mon plaisir coupable assumé pour les avoir tous lus et vus des dizaines de fois. After all this time ? Always.

Harry Potter à L'École des Sorciers
Je veux y aller. Vraiment.

Tout commence à Little Whinging, une banlieue de Londres où le surnaturel se met en marche dès les premiers instants. La première scène d’Harry Potter montre, de part un geste de Déluminateur d’un Albus Dumbledore déjà vieillissant, et une métamorphose d’un chat en Minerva McGonaghall, que le fantastique peuvent se réveiller n’importe où, pourvu que des personnes qui le représentent soient ici pour le faire vivre. C’est ce qu’Harry apprend, aux dépends de sa famille d’adoption qui le déteste : pourvu que l’on ait le don magique nécessaire à cela, le pouvoir se révèlera peu importe les vains obstacles physiques et intellectuels que ceux qui ne croient pas laisseront sur sa route. Harry a 11 ans, il doit aller à Poudlard, même si pour cela le géant Hagrid doit venir le chercher dans la cachette la plus reculée où son oncle l’enfermera. Bien sûr, comme le lecteur, Harry a le choix possible de refuser de croire, de fuir par peur, et de rester où il est. Mais le regard équivoque du Garde des Lieux se trouve sans appel possible : qui ferait le choix de laisser ce monde de rêve devenu réalité derrière soi ? Alors qu’une chance de fuir la médiocrité de son cousin, de son oncle et de sa tente, une vie triste et morose, s’offre à lui, Harry a fait son choix, et ce avant même qu’il lui soit possible de le faire.

Fuir le réel ? Non, pas vraiment, plutôt se diriger vers une autre réalité, par pur choix du personnage. Loin de l’idée du film d’encourager ses spectateurs à fuir la réalité pour ce réfugier dans les rêves, le sage Dumbledore dira bien à Harry, au cours d’une discussion à propos d’un miroir capable de montrer les désir les plus fous de l’homme qui s’y reflète, que personne ne devrait se réfugier dans les rêves et cesser d’exister. Poudlard est tangible et Harry, comme nous, fait le choix de croire et d’accéder à ce monde merveilleux, mais pourtant épouvantablement dangereux, quel que soit le chemin qu’Harry choisisse de prendre, il devra affronter ses démons, combattre les aléas de la réalité dans un environnement qui ne lui veut pas que du bien. Passée la merveilleuse découverte du Chemin de Traverse, Hagrid susurrera a Harry qu’il y a, dans ce monde à premier abord féérique pour Harry, de mauvais sorciers. L’origine de la vie d’Harry chez sa famille non croyante et non magique plutôt que dans son propre monde ne vient pas seulement du choix de Dumbledore d’en faire ainsi : la première partie de la vie du jeune sorcier lui a été volée par Celui-Dont-On ne doit pas prononcer le nom, surnom de Lord Voldemort mythologique s’il en est, le personnage en reste pour la plupart de ce film, si on excepte le grand final, à l’évocation, comme le Shere Khan du Livre de la Jungle l’odieux personnage reste tapi dans l’ombre, et la crainte du personnage par le spectateur s’en retrouve d’autant plus décuplée qu’il n’est pas tangible, relève du fantasme de ce spectateur.

Harry Potter à l'École des Sorciers
Les trois compères.

Après une parenthèse longue de 11 ans due, donc, à ce sorcier ivre de pouvoir, Harry découvre enfin ce qu’est la vie, ce qui lui appartient vraiment. Très vite, la vraie valeur du personnage est reconnue aux yeux de ceux qui seront ces amis de toujours, Ron viendra directement à lui avant même qu’Harry ne lui dévoile qui il est. C’est l’attrait de la personne et non du mythe qui pousse le jeune Weasley à venir vers Harry, alors que Drago Malefoy, lui, ne se présentera qu’après la révélation de l’identité de Harry. Quand à Hermione, l’amitié avec elle n’est pas franchement évidente dès les premiers instants et il faudra attendre, comme souvent, que les deux garçons parviennent à la sauver d’un Troll pour que les trois enfants deviennent inséparables. Ici, c’est une leçon à prendre pour l’enfant ou l’adulte qui plonge dans le monde : ce sont nos actes qui nous définissent et qui font se construire nos plus belles relations.

Manichéen, Harry Potter ? Oui, très probablement, le film distingue bien les gentils et les méchants malgré une tromperie, déjà, concernant le personnage ici encore à peine ébauché de Severus Rogue. Il y a Harry, et il y a Voldemort, les personnages du film semblent prêter allégeance au premier (souvent) ou au second et une ligne est clairement marquée entre les deux. A l’heure des balbutiements encore enfantins des personnages ce n’est tout simplement pas encore le temps des trahisons et des révélations, l’intrigue est simple et linéaire et cela sied à une illustration parfaite de ce qu’est l’insouciance. Les passages les plus sombres du film, comme l’attaque de la licorne par le fantôme, ou presque, de Voldemort, ainsi que les épreuves finales pour empêcher le retour du grand méchant grâce à la Pierre Philosophale (emprunt à une mythologie bien réelle plutôt que simple invention pour l’univers, lui même bien ancré dans le réel, simple vie alternative), sont traitées avec un aspect qui n’est pas encore épique ou effrayant, l’heure est encore à la découverte et la musique tonitruante montre bien que ceci est encore une grande épopée, bien loin de la mise en scène quasi épurée par exemple des cinquièmes et sixièmes volets. L’heure est encore à la magie.

Harry Potter à l'École des Sorciers
Une des nombreuses créatures mythologiques de la saga : le Cerbère.

Un tel traitement ne signifie pas pour autant un éventuel désintéressement des spectateurs pour ce qui est montré. Contrairement à ce que Chris Colombus a bien malheureusement tenté de reproduire avec son autre commande Percy Jackson, l’univers cinématographique d’Harry Potter est si soigné qu’il en devient presque tangible, tout est peaufiné jusque dans les moindres détails pour rendre l’expérience et la découverte des lieux la plus magique possible sans pour autant tomber dans la démesure, beaucoup des éléments surnaturels du films sont en fait de l’ordre de l’anecdotique et permettent une immersion complète : c’est l’exemple des tableaux qui bougent ou des bougies qui flottent. La raison pour laquelle Harry Potter a fonctionné là où bien d’autres échouent aujourd’hui à reproduire ce schéma commercial idéal, c’est justement parce que, dès le premier film, le spectateur n’a pas affaire qu’à un simple produit mais à un film de réalisateur, une épopée soignée pour qui le spectateur n’est pas que le consommateur, mais aussi l’artisan. Sans son imagination, rien n’existerait.

Harry Potter à l’Ecole des Sorciers n’est pas qu’une introduction à un univers qui s’étendra sur 8 films, et plus encore dans quelques mois. Il est un film à part entière, l’intrigue et claire et a un début et une fin, il faudra attendre la Coupe de Feu pour qu’un vrai cliffanger (justifié) apparaisse dans la saga. Pour l’heure, Harry est parvenu de par son courage et celui de ses amis à vaincre une seconde fois Voldemort, et l’heure est aux au revoir encore insouciants à l’école malgré la certitude de Dumbledore que le Seigneur des Ténèbres reviendra. Un signe de la main d’Harry à Hagrid, et le premier monte dans le train, il reviendra l’an prochain pour sa nouvelle année. Pour nous comme pour lui, une grande aventure commence…

NN

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Punaise… tu m’a donné envie de revoir les films et de lire (enfin) les livres !

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    1. Nemo Nobody dit :

      Merci, vraiment, beaucoup ! L’article sur le second film arrive très bientôt !

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  2. MarionRusty dit :

    Très bel article, pure nostalgie. Il y a dans ton texte quelques moments de grâce, des phrases que l’on a envie de retenir tellement elle sonne juste  » le fantastique peuvent se réveiller n’importe où, pourvu que des personnes qui le représentent soient ici pour le faire vivre. ». Au début j’ai cliqué sur l’article pensant que c’était une critique du film Love & Friendship mais c’est vrai que pour le coup ça colle bien à cette déclaration d’amour ». En attendant j’ai hâte de lire la suite des aventures…

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    1. Nemo Nobody dit :

      Merci vraiment ! Un article par semaine et par film, c’est l’idée !

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