La Vie est belle

La vie est belle. On se lève chaque matin, avec le plaisir de quitter ce matelas dur. On prie, on aime. On se baisse, on se lève. On travaille aux champs, car c’est notre punition divine, celle d’avoir désobéit à notre Seigneur. C’est une dure labeur, mais on obéit. On chante les louanges de notre seigneurs. Le claquement du fouet nous effraie. Notre Père nous frappe. Nos frères nous humilient. On est roué de coups. On prend cette pilule.  Et on retourne se coucher. C’est la volonté du Seigneur. C’est parce qu’ils nous aiment.

Chili, 1973. Le Général Pinochet s’empare du pouvoir par la force. Les opposants au coup d’Etat descendent dans la rue. Parmi les manifestants, un jeune couple, Daniel photographe et son ami Lena. Daniel est arrêté par la nouvelle police politique. Il est conduit dans un camp secret, caché dans un lieu reculé au sein d’une secte dirigée par un ancien nazi. Une prison dont personne n’est jamais sorti. Pour retrouver son amant, Lena va pourtant rentrer dans la Colonia Dignidad.

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Colonia de Florian Gallenberger   est un film qui doit exister. Inspiré de faits réels. Parce qu’il est fiction, un film peut nous faire croire à l’impossible. Ici, l’impossible est vérité. Il nous brusque. Nous éduque. Nous plonge dans une horreur indéfinissable. Il nous laisse avec cette question à laquelle on ose apporter une réponse. Et si c’était vrai ? Et si, au delà de la romance, c’était possible ? Le film apporte une réponse. Oui. Tout était vrai. Les images d’archives défilent. Dans notre monde, quelque part, c’était vrai. C’est le coup de grâce. La parole ne revient pas. Un silence de mort plane dans cette salle sinistre. Cette prison mentale de laquelle on cherche à s’évader. La salle de cinéma devient un lieu étrange, qu’on veut fuir. Pour retrouver la lumière, la vie, l’air.

Colonia Dignida. La Colonie de la dignité.  Là où règne la torture, les électrochocs et la mort. Paul Schäffer. Ce nom monstrueux. Ancien nazi reconvertit en homme de foi. Pédophile, torture morale, physique. Esclavage. Au nom de Dieu, tout est permis. Ce Paradis sur Terre est une secte religieuse, qui sépare les hommes et les femmes. Schäffer règne en maître absolu. La Colonie est isolée du reste du monde. Les autorités et le consulat allemand le laissent en paix.  Au sous-sol se trouve un immense réseau souterrain, où l’armée torture les opposants au régime, principalement des socialistes. La Colonie fournit des armes. La Colonie est l’enfer sur Terre, et rien ne peut l’arrêter.

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La prise de pouvoir de Pinochet n’est pas au centre même du récit. C’est l’horreur de cette colonie. L’ambiance est anxiogène. Le film prend les traits du thriller pour nous plonger au cœur même de cette ambiance sordide. Il ne nous épargne pas la torture physique. Il sait ne pas montrer la pédophilie. Mais l’horreur est grandissante, et on est seuls avec notre imagination. La musique est angoissante et parvient à créer une vraie tension.Le film est parfois à la limite du soutenable. Les images d’archives. Cette phrase qui nous fait rire dans un film d’horreur, et qui résonne dans notre tête. Inspiré de faits réels. La dégoût ne nous lâche pas. Il s’engouffre en nous jusqu’à la fin. Il nous fait mal. On voudrait ne pas y croire. On se demande quand tout cela s’arrêtera. Puis survient les dernières images de fiction, qui laissent place à l’archive. C’est un scandale mondial. Mais la situation au Chili reste la même. Alors on s’en va, avec un goût amer, une boule au ventre.

Colonia existe. Il dérange. Pourtant, rares sont ceux qui le voient. Une photo dans le film  est est une preuve pour le monde. Une vérité qu’on ne peut nier. Une confrontation directe à la réalité sinistre. Ce film fonctionne comme ces photographies. Ce sont des images, fictives cette fois, qui nous apprend ce qu’on ne connaissait pas, qui nous rappelle de ne pas oublier. Il faut le voir pour le croire.

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