Half-Twisted Minda

ATTENTION, DES SPOILERS SONT PRÉSENTS DE PART ET D’AUTRE EN CETTE REVIEW.

Faire un film dérangé, c’est difficile. Subversif, c’est pire encore. On ne fait pas de la subversion pour le plaisir d’en faire, autrement le résultat à tout d’un Deadpool, hyper artificiel et bancal. Les grands auteurs, par exemple, ne s’imaginent pas déstructurer le langage ou le vider de son sens : comme Beckett, ils le font, c’est tout. La promotion anxiogène de Suicide Squad promettait un film dérangé, ouvertement subversif, à l’esthétique hyper colorée et surtout relevant du délire complet. Mais on ne fait pas une œuvre en ayant une intention de base de renverser son contenu : bizarrement, David Ayer semble l’avoir bien compris, et la promotion quasi-mensongère du film aura sans doute raison de celui-ci dans les sphères de la critique qui n’attendent que ce qu’on leur promet, et juge le film mauvais alors que la promotion n’a souvent rien à voir avec le concepteur du produit.

Non, Suicide Squad n’est pas dérangeant, jamais. Il n’a pas vocation à l’être, le film de David Ayer est hyper épique et iconique et a une volonté beaucoup plus punk que ce que les affiches colorées à outrance ne le laissent percevoir. Anarchiques, les personnages qui composent l’escouade sont incontrôlables et c’est ce qui fait leur force, ils semblent pour certains conscients de leur fictionnalisation, de leur folie. Ils sont des bad guys, leurs actions sont brutales mais cohérentes et le film sait ce qu’est un méchant classique de comics : outrancier, diabolique mais aussi attachant. Si Harley Quinn, et on parle ici de ce film là, s’était mise à tabasser un bébé comme elle aurait pu le faire dans certaines versions hardcore du comics (on imagine bien Frank Miller s’éclater), cela n’aurait ici pas eu de sens puisque les personnages ont ici une vraie force d’écriture, et c’est celle de les rendre attachant alors qu’on ne les connaît pas et qu’ils sont des méchants.

Suicide Squad
La Squad au complet : tous sont bien campés.

Mais cela ne veut pas dire que le film n’est pas démesuré. Il l’est souvent, juste que dans la bande son hyper réussie, pas question de nostalgie putassière à la X-Men Apocalypse pour attirer les plus de 14 ans dans les salles, ici le film est bourré de tubes des années passées mais la plupart sont là pour apporter non pas de la coolitude au film mais plutôt de la folie. Le regard du Joker dans la dernière scène n’aurait pas le même sens si ce n’était pour Bohemian Rapsody, par exemple, le trip devient hallucinatoire aussi grâce au son et la perfection auditive n’est pas loin. La mise en scène ne suit étonnamment pas, on regrette l’esthétique vidéo ludique des films de Zack Snyder alors que la 3D empêche toute visibilité dans des scènes de combats embrumées et rarement bien filmées. La maîtrise artistique n’est pas vraiment là, on soupçonne une iconisation des personnages un peu trop favorisée par rapport à sa forme : souvent, et c’est une exception qui fera date, le fond est plus soigné que la forme dans Suicide Squad.

L’intrigue du film n’est pourtant pas vraiment anarchique. Elle est un peu banale, réunir une équipe de personnes aux dons exceptionnels pour combattre une menace venue d’ailleurs est un peu le principe des Avengers à la base. Toutefois, on parle ici de criminels endurcis recrutés presque par force, interdits de quitter leur mission sous peine d’explosion de tête (menace que Flag n’hésitera pas à mettre en pratique sur ce pauvre Slipknot), et la menace qu’ils ont à affronter n’est d’autre que l’un des membres de l’équipe, ancien esprit surpuissant autrefois divinisé, qui avec son frère est bien décidé à purger ce monde des vilains impies. Le film n’échappe pas à un happy end attendu et un peu boursouflé quand même (le réveil de l’humaine derrière l’enchenteresse, c’est embarrassant de mièvrerie), sauvé in extremis par la libération d’Harley par le Joker avec Bohemian Rapsody en fond. Mais tout l’intérêt de ce film somme toute assez bancal dans sa folie et sa qualité, presque incohérent dans son propos (on ne sait pas si le film veut en faire trop en brassant toutes les émotions ou si il a peur d’en faire trop dans la violence et donc ajouté du consensuel), réside moins dans son intrigue que dans ses personnages.

Suicide Squad
Margot Robbie est PARFAITE.

Ce sont eux qui portent le film. Ce n’est d’ailleurs pas lui qui est fou en soi mais les personnages qui le composent, qui comme Harley Quinn aiment à clamer cette folie. C’est elle qui porte le film, aidée par un Will Smith en bien meilleure forme que toutes ces dernières années. Margot Robbie est incroyable. Le personnage n’est pas si sexualisée que cela et sa semi-innocence et naïveté enfantine ravagée par une tendance effroyable au meutre violent font d’elle un superbe objet d’analyse. Les autres ne sont pas en reste, tous sont développés avec une grande ambition : Deadshot est hyper imprévisible au vu de sa dualité elle aussi fascinante (le père de famille aimant capable du pire, redoutable tireur d’élite), on aime beaucoup El Diablo qui est un être foncièrement bon capable de perdre le contrôle et de briser tout ce qu’il aime en un quart de secondes … Killer Croc lui incarne cet être dangereux, drôle et badass à qui on ne la fait pas, Boomerang est lâche et Katana, enfermée derrière masque et sabre, est traumatisée… Le Joker quand à lui n’est qu’une ébauche dans un film où il n’a toutefois pas de nécessité, est lui même une simple icône dans certaines scènes splendides comme celles montrant la séduction d’Harley. La palette de personnages que le film parvient a proposer en si peu de temps et sans aucune introduction est fascinante.

Suicide Squad n’est pas une totale réussite. Ses défauts sont presque évidents et objectifs et on comprendrait mieux les critiques si elles n’étaient pas aussi virulentes. Il est de bon ton de rejeter les propositions nouvelles quand les super-héros sont à l’honneur et il n’est sans doute pas bon de s’accrocher à ce que l’on aime en niant le reste. Difficile de professer cela alors que la plupart des critiques américaines, déjà, s’en donnent à cœur joie … pour juger l’aspect consensuel du film dont elles sont un peu responsables pour avoir rejeté les propositions audacieuses de Batman V Superman.

NN

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. 2flicsamiami dit :

    Je ne partage absolument pas ton avis sur ce film que j’ai trouvé ennuyeux et très loin de faire preuve de cette folie que tu sembles pourtant avoir détecté.

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    1. Nemo Nobody dit :

      Rassure toi, tu n’es pas le seul ! Mais je serais ravi d’en discuter !

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