Chapitre 1 : Cautionner

Qu’il est violent, ce monde. La réalité contemporaine (et encore) est souvent bien plus violente et insoutenable que n’importe quel film d’horreur, un genre qui parfois n’a finalement même plus besoin d’inventer des mondes éloignés du notre pour exister. La dystopie, même au delà de ce genre horrifique, prend finalement tout son sens dans le cinéma que l’on connaît pour la simple et bonne raison que la réalité, parfois, est bien plus fictionnalisante que la fiction elle-même, tant elle nous paraît improbable. American Nightmare, par James de Monaco, est sans aucun soute un exemple poignant de cette tendance qu’a le cinéma de nos jours à se baser sur des problèmes mondiaux réels pour raconter de nouvelles histoires.

L’Amérique. Sans doute le pays à la dimension mythologique la plus forte qu’il soit, le pays aux icônes les plus intouchables, aux droits les plus sacrés. L’Amérique n’a pas peur, sur certains points d’être arriérée, désuète, hors du temps : l’important est qu’elle reste meilleure à elle-même. Pour le meilleur et pour le pire. Le pire, ou en tous cas d’un point de vue du ressortissant français que je suis, au delà de cette mondialisation de masse menant à une uniformisation effrayante des cultures pour le futur (je trouverai bien un film prétexte pour vous en parler un jour), c’est cet amendement constitutionnel qui justifie le recours à la force et aux armes à feu pour se défendre de toute intrusion, si bénigne soit-elle, dans sa propre vie privée. Une mouvance qui, finalement, parvient tant que faire se peut à se fabriquer une légitimité, une justification pour exister encore dans ce monde contemporain qui se voudrait progressiste (on évoque ici évidemment toute la génération, en particulier, d’artistes qui on vu leur essor dans un monde post 9/11, citons ici Frank Miller).

American Nightmare, en un sens, est représentatrice de la capacité fondamentale de l’Amérique à se rendre compte de ses propres problèmes sans avoir toutefois l’air de faire quoi que ce soit pour les régler. Le film nous parle d’un futur très proche (2022) où l’Amérique serait parvenue à échapper à une récession financière et à s’extrirper d’une importante vase de criminalité exacerbée par l’autorisation, chaque année, aux bons citoyens du pays de l’oncle Sam de s’adonner à une purge, permis pour une nuit seulement de commettre tous les crimes qui leur semblent nécessaires (un « besoin » est cité par l’un des tueurs du films), et ainsi d’éviter à avoir à le faire contre la loi les 364 autres jours de l’année. Et, le pire, c’est que cela fonctionne très bien. Le cauchemar est vraiseblable, réel, et il ne peut qu’être américain, culturellement parlant une telle idée serait inimaginable partout ailleurs.

Le film de James de Monaco a cela d’insupportable que, à la manière d’un épisode de Nip/Tuck ou d’un sketch de Caméra Café, il nous montre pour l’ensemble le tableau d’une humanité ravagée, où presque tout le monde est pourri, dérangé mentalement, ou les deux. Quand aux personnes à constitution, dirons nous, normale aux yeux du specatateur, elles sont en position de faiblesse ( le sans-abri est finalement le sauveur, pirouette finale scénaristique qui n’est pas sans apporter une touche, bienvenue moralement mais absurde quand à la cohérence du film, et la jeune fille se fait abuser de manière totale par son amoureux). Le monde présenté par le premier film d’une trilogie efficace commercialement et peut-être, on le verra dans les deux prochains chapitres, efficace intellectuellement, est bien une dystopie, mais celle ci parvient, d’un côté, à être sociétale, et de l’autre, à être présente dans l’ADN de personnages dont le trait n’est pourtant, exception faite du cas cité précédemment, jamais forci dans une éventuelle, et si banale, caricature.

 

Nous avons un Ethan Hawke, toujours formidable, ici à contre-emploi total, en homme riche de ses ventes de systèmes de sécurité en prévision de la Purge évoquée (soit dit en passant, le titre français est bien plus intéressant que le simple The Purge proposé dans la VO, car plus à même de définir l’intérêt d’un film où cette fameuse purge est finalement secondaire face aux développements des personnages, le film cessant d’ailleurs d’être intéressant quand il décide d’y accorder de l’importance lors d’un banal home invasion), soutenant publiquement la Purge mais préférant la regarder à la télévision au moment venu, entre voyeurisme et devoir de citoyen, disant avec sa femme ne pas avoir « besoin » de la pratiquer, ce qui ne l’empêchera pas au passage de pratiquer l’ultra violence face à la menace, there you go with your amendment. Le personnage est finalement bien représentatif du propos du film en lui-même, la plupart des autres ne servant que de triggers à l’intrigue (le jeune garçon qui ouvre le système de sécurité, et donc la boite de Pandore), de ressorts dramatiques (les, pour le coup, si décevants psychopathes qui sonnent à la porte… Le monde d’American Nightmare est fait, ou peu s’en faut, d’hommes-fonctions, dont l’action est justifiée par un texte écrit par de « Nouveaux Pères Fondateurs ».

Etrange pour un tel film de se complaire autant dans la violence qu’il dénonce. Au fur et à mesure de ce qui est proposé, l’intérêt politique, et donc franchement dystopique, du film disparaît pour laisser place à de l’horreur, mon genre de prédilection personnel mais auquel je ne reconnais finalement aucune forme de justification réelle dans le film. Ainsi ce dernier dérange-t-il par son propos, réussit donc sa mission, mais dégoûte-il, en pensant déranger (ces réalisateurs qui montrent des mutilations en gros plans ne peuvent avoir regardé Haneke), imperfection problématique puisqu’elle dessert finalement le propos d’un film auquel une certaine subtilité aurait fait énormément de bien. Le film de James de Monaco ne saurait passer pour du grand cinéma, mais a le mérite de poser les bonnes questions à un spectateur qui, visiblement au vu des chiffres, est intéressé.

 

NN

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. J’avais été déçue. Le propos était formidable, et pouvait provoquer une réflexion intense sur notre société. Mais la réalisation n’est pas du tout à la hauteur ; on tombe dans l’horreur banalisée, et répétitive.

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    1. Suzy Bishop dit :

      Moi je suis tout à fair d’accord avec toi, j’aime énormément l’idée, mais le traitement est vraiment ennuyeux, penible et très peu original. Le troisieme qui s’appelle Elections et qui sort la.même année que les elections, ça m’emballe beaucoup, mais je m’ennuie déjà à devoir sursauter devant des jumpscares débiles et sans.intérêt. Je trouve que cette saga est.du.gâchis !

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  2. MarionRusty dit :

    Il y a peu de films réellement implantés dans l’actualité et qui traitent de notre futur proche. J’ai vu Nerve hier, et même si ce n’etait pas un grand film il a le mérite de se poser des questions sur les dérives des réseaux sociaux.

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    1. Nemo Nobody dit :

      J’ai vu Nerve aussi et j’ai été très déçu, je trouve qu’il prétend beaucoup et donne des réponses insatisfaisantes alors qu’effectivement ce n’est pas un grand film.

      Aimé par 1 personne

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