I spent the night with Ghostface

C’était la nuit de samedi à dimanche. Il y a des jours meilleurs que d’autres, et des nuits pires que d’autres. Cette nuit là, je le crois bien, était la meilleure nuit culturelle que j’ai jamais vécu. Oui, j’ai fait la nuit Alien au Champo l’an dernier (on nous passait Alien, Aliens et Prometheus avec petit déjeuner offert par la maison), et je ne peux pas vous citer toutes les nuits blanches chez moi, seul ou accompagné : Harry Potter, American Pie, le Hobbit, le Seigneur des Anneaux, Spider-Man… J’aime passer mes nuits à regarder des films et, quand j’ai appris que la Cinémathèque Française s’autorisait, en hommage à Wes Craven qui nous a quitté cette année, une rétrospective de la bien fournie carrière du monsieur (Scream, Freddy, La Colline a des Yeux, on ne peut pas dire que l’horreur contemporaine eut eu le même visage sans lui), mais surtout une nuit entière consacrée à sa plus grande œuvre, à savoir la série des Scream, mon cœur de fanboy a fait un bond et j’ai pris quasi immédiatement ma place, le temps de persuader tant mal que… mal les troupes de m’y accompagner ! Et puis la nuit de samedi est arrivée, tout le monde, pour la totalité amené par d’autres que moi (!) était adorable, souriant et motivé, rien ne pouvait aller mal.

Quel mauvais teasing de fin de paragraphe je viens de vous proposer … Rien ne pouvait aller mal et pour cause, rien n’est allé mal ! On pouvait craindre, face à cette série populaire de films d’horreur, une reproduction des comportements néfastes du public face au genre comme on a pu y assister aux séances de The Conjuring 2 (édifiant de voir comment une génération, bien malheureusment toujours la même, qui de par le comportement de beaucoup est entièrement instiutionnalisée et stigmatisée, parvient à tuer le cinéma de genre en salles à grand renforts de coups sur les sièges, de beuglements incongrus, de portables allumés et bien d’autres réjouisssances), mais la séance a été toute autre. Sans doute cela est il du à l’aura de cette saga aujourd’hui e passe d’être oubliée, la moyenne d’âge n’étant pas vraiment basse dans cette salle qui, les différents quizz séparants les films en ont témoigné, était pour beaucoup constituée de fans ayant vu les Scream au cinéma à leur sortie. Sans doute cela est-il aussi du au lieu en lui-même, la Cinémathèque Française, pour laquelle servir du pop-corn durant le visionnage des films était déjà une exception, une prouesse en soi. Toujours est-il que, si l’enthousiame était bien présent (des spectateurs déguisés en Ghostface se permettaient un amusement bon enfant entre les films, et des acclamations se lançaient à chaque scène d’ouverture), il n’empiétait pas sur le plaisir du visionnage, le décuplait même plutôt, et permettait de ne pas s’effondrer de fatigue durant ces (tout de même !) 11h de divertissement !

Scream
C’est un passage de Scream 2 mais c’est tout à faire le genre de personnage rencontré dans les toilettes de notre cinéma. Génial.

Quelques mots, d’abord, de la soirée en elle-même. De toutes les nuits blanches auxquelles j’ai assisté, celle-ci était sans doute la mieux organisée. Un retard inexistant, des horaires de projection respectées à la lettre malgré de longues pauses et digressions du formidable présentateur de la soirée, un approvisionnement en pop-corn et boissons et une qualité parfaite de projection des films (parfaite non pas en raison de la perfection de l’image mais justement en raison de son imperfection, les conditions de visionnages d’époque des films étant reproduites à l’écran, résultant en des sautes occasionnelles d’image qui ne gâchaient pourtant jamais le plaisir de projection), cette institution controversée qu’est la Cinemathèque Française connaît décidément bien son travail, le prix de la soirée étant absolument abordable (à un prix de 18 euros pour le public, le cinéma se permettait même un tarif unitaire de 15 euros pour les moins de 26 ans, bien plus qu’amorti à raison de 4 films diffusés, un jeu concours et du popcorn et boissons à volonté). L’expérience n’était pas fréquente à la Cinémathèque, on espère qu’il s’agit ici bien du symbole d’une nouvelle direction pour l’institution et non d’un simple appât. Voyons pour cela ce qui suivra l’événement, mais, en ajoutant entre les films la diffusion de bande annonces de film de genre (avec, entre deux passages d’horreur kitchissimes, un porno qui s’était glissé, vanne osée et réussie de l’organisateur de la soirée qui s’est pris avec enthousiasme au jeu de la Midnight Session), c’est un essai réussi et très louable pour la Cinémathèque, qui nous a ainsi permis de passer une nuit fantastique avec Ghostface.

Je vois des non-initiés, là bas, qui se demandent qui est Ghostface. Pardon de vous dire que cet article, les amis, ne vous est pas dédié, je vous conseille même de fuir à toutes jambes (il vous suffira en fait un clic) cet article qui va méchamment vous dévoiler l’identité du tueur au masque blanc dans chacun des films de la série. Foncez donc voir cette fantastique aventure qu’est Scream et revenez donc me lire quand ce sera fait, si le coeur vous en dit. A partir de cet instant, le risque est partout. Pour ceux qui sont restés, vous savez déjà qui est Ghostface, heureusement que le but de cet article n’est pas de simplement résumer l’histoire du film, mais plutôt de brosser un portrait global et (un peu) analytique de ce qu’est Scream. Vous ne devriez donc pas trop vous ennuyer, mais n’hésitez pas à le dire si c’est le cas ! Je m’enlise. Qui est Ghostface, dont le nom de tueur n’est d’ailleurs prononcé qu’une seule fois dans le premier film, sous forme de vanne, et 5 fois dans le dernier, de sorte qu’on peut avancer que la reconnaissance dans la sagadu nom du tueur, comme beaucoup de l’appréciation de la saga en général, vient du dernier film, qui pour moi reste l’apothéose, le meilleur de la série car le plus représentatif de ce qui fait sa qualité : la conscience de soi et du genre dans lequel le film évolue, mais une intrigue en whodunit pourtant très soignée et prise presque au premier degré. C’est assez rare dans un film de genre, dont les suites sont souvent le signe de l’enlisement d’un excellent film de base dans la mouise du nanar (coucou Halloween, Vendredi 13, Saw à peine sauvé par son dernier volet), et les remakes parfois le signe d’une renaissance (coucou Halloween, Vendredi 13, pas coucou Chucky dont les dernières suites le sauvaient et que l’espèce de remake a enterré). Scream 4 est d’autant plus un film réussi qu’il est à la fois une suite et un remake. Toujours que, notre expert sur place nous l’ayant confirmé, si le nom du tueur était largement popularisé aux yeux du public dès la sortie de Scream 1, c’est le dernier de la série qui, officiellement, valide le nom de scène du tueur au masque blanc.

Scream
Sidney, au téléphone, est l’héroïne de toute la saga. Autant dire qu’elle souffre pas mal.

On ne peut pas être Ghostface et être n’importe qui. Il faut exister dans l’univers de Sidney Prescott, héroine malgré elle de la saga, pour se voir affubler le masque fabtômatique. Pas question de tricher dans Scream, la première saison de la série en étant d’ailleurs très proche (la journaliste, sérieux, on la voit deux minutes …), Ghostface existe dans l’intrigue depuis le début du film et c’est au spectateur de trouver dans les films les indices (que l’on trouve vraiment nombeux au second visionnage) de la résolution. Intéressant de voir que les personnages, dans le premier Scream, passent pour beaucoup leur temps à expliquer que le motif du meutre n’est pas important alors que celui-ci est quasi-prédominant dans les trois films qui suivent. Un des deux tueurs, dans la série, a toujours une raison de commettre les meurtres. Dans le second, la mère vengeresse de Billy Loomis (dig cette référence à Halloween, qui lui même par ce nom faisait référence à Psychose, quelle classe monstrueuse dans cette grande famille) se venge du sort qu’ont subi son mari et son fils à cause de la mère de Sid et de Sid elle même, le troisième film montre un Roman Bridger seul, pour la première fois, sous le masque, obsédé qu’il a subi par sa mère, qui n’est d’autre que la mère de Sid, Maureen. Enfin, le quatrième film montre un des deux tueurs persuadé que les meurtres qu’elle commet feront d’elle une star au même titre que Sid, voulant passer pour la nouvelle victime. Peut-on parler d’incohérence du propos dans la série des Scream ? Oui et non.

Oui, car les personnages sont pour beaucoup convaincus qu’il suffit d’un rien pour être fou et que le motif n’est finalement qu’une raison comme une autre de passer à l’acte. Ainsi le motif n’est il pas prédominant pour les personnages, il l’est pour les spectateurs, c’est finalement pour leur finalement de s’accrocher à une parcelle de réalité que Kevin Williamson, scénariste de toute la saga si on excepte le troisième film, apporte une prédominance du motif pour au moins un des deux tueurs. On ne s’étonnera donc pas que le troisième volet soit le seul à ne contenir qu’un tueur, écrit par un autre, ni que ce film là soit finalement le plus premier degré de tous, de par un développement dramatique significatif du personnage de Sid de par les visions qu’elle a de sa mère morte, Maureen. Mais, si on enlève donc cette exception, le tueur motivé de Scream est toujours contrebalancé par la présence de son acolyte, pour qui tuer n’est qu’un moyen d’extérioriser sa folie et ses fantasmes. Scream 1 a Stu, personnage hyperactif donnant comme raison l’adrénaline quand Sid lui demande une justification de ses actes, Scream 2 a Mickey, sorte de nouveau Stu, le film semble vouloir lui apporter un semblant de justification de par la recherche de la gloire mais la chose n’est qu’évoquée et le comportement de Mickey, dès le départ, est si troublant qu’on devine en fait bien vite qu’il est complice, et enfin Scream 4, qui montre en Charlie Walker une sorte de geek asocial qui ne semble pas avoir de vraie raison de tuer au départ, suivant Jill dans sa volonté de devenir célèbre, mais on comprend surtout cela comme l’embrigadement d’une personne faible psychlogiquement et assez rejeté. Et parler de cela est finalement un moyen de se rendre compte que la saga Scream entière tend vers l’ambiguité du propos, entre un second degré évident et une intensité dramatique qui fait de la série autre chose qu’une pure parodie.

Scream
Un seul tueur : Scream 3 est l’exception qui confirme la règle.

Le second degré de Scream est la chose que l’on retient le plus facilement de la série : les films sont bourrés de référence aux classiques du genre, parfois, mais pas toujours réalisés par Wes Craven lui-même (le pull de Freddy est présent dans chaque film, des films comme Halloween, Vendredi 13 sont regardés par les personnages et parfois utilisés comme ambiance propre du film lui-même, mais la référence la plus formidable reste une réplique de Scream 1 ou l’on parle d’un réalisateur nommé Wes Carpenter, ultime mélange entre le maître de l’horreur contemporaine et celui sans qui elle ne serait rien), mais les personnages commentent surtout les drames auxquels ils assistent en absolus connaisseurs. C’est le personnage formidable de Randy qui symbolise le mieux cela dans les premiers films, il édicte à chacun d’entre eux les règles à suivre pour survivre au tueur selon qu’il s’agisse du premier film (les vierges ne meurent pas, et aucune débauche n’est permise, certaines punchlines sont à proscrire), d’un second (le tueur sera plus violent, et ses meurtres seront plus complexes, spectaculaires et élaborés) ou d’un troisième film (tué lors du second volet de la série, Randy explique en vidéo que le tueur ne pourrra être assassiné que de manière spectaculaire, que tout ce que l’on sait depuis le premier film est à revoir et que l’héroine peut y rester). Enfin, quelques règles sont bien présentes dans le dernier film (le renouveau du tueur, et le fait que le simple moyen d’y échapper est d’être gay) mais elles tiennent de l’anecdotique et du gag dans celui-ci, les nombreux messages et passages humoristiques du film suffisant cette fois à caractériser le premier degré. Ces personages à même de prévoir ce qu’il peut leur arriver font le côté parodique, ou plutôt conscient de soi, de Scream, qui de par cette conscience est parvenu à apporter un nouveau souffle à un genre cinématographique qui s’enlisait.

Cette conscience de soi pousse en un sens le vice jusqu’à en devenir assez maladroite, on pense à une bande son omniprésente qui semble être là pour nous rappeller qu’il ne s’agit que d’un film. Du premier au quatrième film, le défaut est bien présent et mamheureuement renforcé quand on visionne le film dans les meilleures conditions. Etrangement, c’est dans le meilleur film (à mon goût) de la saga, le dernier donc, que la chose est poussée encore plus loin, de par une surexposition évidente de l’image, étrange dans les scènes de nuit et obsédante dans les scènes de jour. On ne peut pas croire à un accident, Wes Craven n’est pas novice en cinéma ni en traitement de l’image (on parle du réalisateur des Griffes de la Nuit !) et au pire est entouré d’une équipe technique et de producteurs qui l’auraient rappellé à l’ordre. On pense alors plutôt à un excusable excès de zèle, une volonté trop importante de renforcer jusqu’au malaise la sensisation d’irréalité. C’est tout à fait possible.

Scream
Emma Roberts est toujours brillante et je l’aime toujours autant. Épouse moi Emma. <3.

Mais Scream est bien plus qu’une parodie à la Scary Movie, faite de gags, de moqueries souvent réussies. La saga initiée et close (pour l’instant) de Wes Craven a également une tendance au sérieux et au premier degré, qui fait peser la balance et apporte ainsi son sel si particulier, exclusif à Scream. Ce premier degré est d’autant plus intéresant à analyser qu’il est à la fois à l’origine du meilleur de la série (les scènes de révélations couplées aux derniers meurtres, ultraviolents, surtout dans le premier et le dernier film, n’auraient pas la même puissance si on leur retirait leur aspect dramatique) et du pire (les scènes qui, souvent, suivent ces fameux meurtres finaux, et qui montrent une ville sauvée des crimes par Sid, scènes handicapantes et d’ailleurs habilement contrebalancées par Scream 4 qui dénonce ainsi la désinformation, les journalistes habituelles désignant Jill, auteur des crimes, comme l’héroine). C’est toute la différence entre le cynisme et la consience de soi : Wes Craven ne se moque jamais des films qu’il invoque ni n’encourage ses spectateurs à le faire, il engage de part un côté méta à l’époque précurseur une réfléxion ludique et très enthousiasmante sur les codes de ce cinéma, et ainsi sur la notion d’héritage de l’image.

Les Scream sont à voir, tous autant qu’ils sont. La saga a bien sûr ses défauts mais elle a le mérite de poser les bonnes questions à son public en ne laissant jamais à la porte le divertissement, elle est toujours aussi cohérente des années après. On attend pour l’instant la fin de la série sympathique mais assez faible en ce sens de la réfléxion qu’a tiré MTV de l’œuvre pour savoir si un Scream 5 est toujours dans les plans, mais on peut se poser la question de la pertinence du projet maintenant que Wes Craven a rejoint, pour jouer avec eux, les mêmes démons qu’il a créé. Qu’il se rassure : quoi qu’il arrive, son œuvre essentielle vivra toujours.

NN

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. MarionRusty dit :

    Chouette article et je regrette de ne pas avoir eu connaissance de cette nuit à la Cinématheque. Je vais chaque année à celles du Champo qui sont à toujours marquantes. Par contre, je suis curieuse : « cette institution controversée qu’est la Cinemathèque Française » ?

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    1. Nemo Nobody dit :

      Promis, j’essaierai de vous (quand je dis vous je parle aussi des autres lecteurs) tenir au courant de ces événements à partir de maintenant !

      Merci pour ce retour ! Je suis aussi souvent au champo. Récemment la CF a connu des problèmes dans la manière dont elle traitait ses employés, d’où « controversée » !

      Aimé par 1 personne

      1. MarionRusty dit :

        Je ne savais pas du tout pour la Cinémathèque Française, merci pour l’info!

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