Wilderness

 

 

Aller au cinéma, c’est faire une expérience. Visuelle, émotionnelle, physique. Il y’a des films qui ne devraient jamais être vu en dehors d’une salle de cinéma. Simplement, parce qu’il sont fait pour être regardés avec des inconnus. Parce qu’ils exigent de nous un silence religieux. Ils nous font prisonnier de cette immense salle obscure. On reconnaît un bon film, lorsque les lumières se rallument, à la joie et aux paroles de ceux qui nous entourent. On reconnaît un film extraordinaire au silence qui l’entoure. A ce silence, cette atmosphère dont personne n’arrive à se défaire. Ce silence qui plane dans nos crânes pendant un temps infini, ces images qui reviennent nous hanter la nuit, cette urgence de dire mais de ne pas y arriver. Il y’a longtemps que je n’avais pas fait une telle expérience de cinéma. Celle-ci s’appelle The Revenant de Alejandro González Iñárritu. J’avais admiré la performance de  Birdman. Cette fois, le film force le respect. Croire qu’une statuette dorée change la donne, c’est se tromper. C’est se tromper cruellement.

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L’Ouest sauvage. Hugh Glass cherche à se venger. Parce qu’il ne faut rien savoir pour le vivre pleinement.

Birdman m’avait impressionnée par sa technique, par son artificialité qui faisait sens. The Revenant est d’une beauté éblouissante. Sa technique cherche le beau.  Ce qui est insensé, c’est la quête permanente d’une lumière naturelle. C’est chercher à capter la sauvagerie des paysages. Chaque plan se transforme un tableau sublime, immense et infini. Car tout tend vers l’immensité de cette nature, à la grandeur folle de l’Ouest. Ce qui est réellement fascinant, c’est que la caméra n’est plus seulement un outil de narration. Elle ne pose plus de distance. Elle nous fait basculer dans la fiction. Car la caméra n’est plus sacrée. Elle est embuée, pleine de sang et de poussière, submergée dans l’eau. La caméra prend une vie, et nous pousse violemment au milieu de ces personnages. Le spectateur n’est pas un simple témoin. Il devient acteur. Le film nous met en danger. Il nous fait entendre ce qu’on ne peut pas voir. Des crépitements, des coups de feu, des pas. Le hors-champs est plein de vie. On se retrouve comme les personnages, perdus dans une nature hostile, qui nous met sur nos garde au moindre bruit. Et le seul reproche que je peux lui faire, c’est la grossierté des animaux, qui contraste malheureusement avec le réalisme et la beauté sidérante que nous offre le film.

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Au-delà de nous raconter, le film nous fait vivre la fiction. Il nous projette au milieu de ses personnages. Il nous fait vivre la violence de manière authentique. Le spectateur n’est plus un voyeur, assis tranquillement dans son fauteuil confortable. Il se perd au milieu de champs de bataille. L’ouverture du film est probablement une des plus fascinantes que j’ai pu voir. Il est toujours un peu absurde d’accuser un réalisateur d’être prétentieux parce qu’il ose. Les scènes de combat sont magnifiquement tragiques. A l’inverse d’un found-footage, la caméra esthétise ce qu’elle voit. Ce qui est presque paradoxal. Car la violence semble être décuplée. En plus d’être une expérience visuelle extra-ordinaire, c’est une expérience purement physique. Le film fait mal. Il a quelque chose de cutané. On vit la douleur. C’est un film sensoriel. Un film où le silence est omniprésent, mais dans lequel le corps raconte des émotions. Tout passe par le regard. C’est presque un film de la contemplation. La contemplation funeste du corps qui se déchire et qui se tue.

C’est une quête de survie. Une quête impitoyable. Une quête de sang. La morale est corrompue. La civilisation s’effondre. L’homme retourne à cet état sauvage, où il boit et mange le sang dans des corps décharnés. Où le langage est absent, pour laisser place à des bruits inhumains. Car les hommes ne sont plus hommes. En ces milieux hostiles, ils ne sont que des bêtes cruelles. Des monstres immoraux et dégoûtants. DiCaprio et Tom Hardy sont fascinants. C’est une odyssée tragique, accompagnée par une musique brutale, primitive et belle. Hugh Glass est transcendé par des visions mystiques. Un mélange curieux de croyances amérindiennes et occidentales. Les signes sont partout. La spirale marque cette boucle infernale. Un retour vers un point de départ. Un cercle infernal de la violence dans lequel l’humanité est enfermé.

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La temporalité est neutre. Elle renvoie à l’époque des trappeurs. A une époque primitive dans une Amérique civilisée. Dans lequel le sang coule dans ses terres. Celle cruelle et reculée. Le film est un espèce d’hybride, à la fois survival et revenge movie. Mais ce qui est réellement fascinant, c’est qu’il emprunte au Western. Genre Américain par excellence, où la nature est maîtrisée par des hommes civilisées, et où les Indiens sont des monstres sauvages. The Revenant est l’antithèse du Western. On y retrouve des corps pendus, l’éternelle guerre des Indiens et des blancs, la nature vierge mais ordonnée et tranquille. Celle-ci est cruelle. Elle est sublime, d’une beauté renversante mais terriblement effrayante. Les terres américaines ne sont plus que des terres ensanglantées. Les Indiens ne sont plus les seuls monstres, ce sont les hommes de nulle part et partout à la fois.Ils sont corrompus, ils sont tous sauvages. La Nature est elle aussi cruelle. Mais à l’inverse de la bassesse humaine, elle est d’une beauté renversante.  Les États-Unis, pays multiculturel dans lequel cohabite des peuples de culture différente. Mais qui s’entretuent, encore aujourd’hui. Ici, les hommes sont condamnées à la violence, car ils ne se comprennent pas. Le western est  devenu sombre, sale et cruel. Il ne vante plus la vision mythique des États-Unis, de ces terres de liberté et plénitude. Les terres américaines sont souillées par le sang et les tripes.  Les enfants sont les seuls héritages de ces peuples, et ils sont les victimes de cette violence. Ils sont l’héritage tragique de États-Unis. D’une histoire obscure et violente.

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Le film est long. Les film est lent. Mais le film est d’une beauté fascinante. Le silence, la nature, la violence. C’est d’abord une expérience. Une expérience de ce qu’on appelle le vrai cinéma. Et c’est beaucoup trop rare et beaucoup trop beau pour passer à côté. Parce que le vrai cinéma c’est celui qui nous hante. Celui  dont la beauté est éternelle et universelle, et qui vient se graver quelque part dans notre crâne, comme une marque qui ne pourra jamais disparaître totalement.

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