The Revenant

Un film, c’est d’abord une idée. D’abord une pensée. Un rêve auquel on voudrait donner vie. Quelque chose d’informe, qui n’existe pas ailleurs que dans le crâne d’un illuminé. De l’autre côté de l’image, il y’a des faiseurs de rêves. Ceux qui cherchent à rendre possible l’invraisemblabe. A créer des mondes invisibles. C’est rendre immortel le souvenir d’une pensée. Le souvenir d’un être suffisamment fou qui résiste à travers le temps, l’image, et le son. Et puis il y’a ces films revenants. Ces films qu’on a fini par tuer, mais qui reviennent plus vrais, plus forts, plus vivants. S’il y’a un paradoxe réellement fascinant, c’est probablement celui de Dune et de Jodorowsky. Un film monstrueux, par sa démesure et son ambition. C’est l’histoire de ce film qui n’a jamais existé qui est racontée dans le documentaire passionnant, Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich.

Personnellement, Jodorowsky n’était qu’un nom. Un nom qui avait pourtant une résonnance étrange, presque mystique. Des ses films, je n’en ai vu que de brèves images, mais la folie qui s’en dégage me fait déjà les aimer. Dans le documentaire de Pavich, Jodorowsky devient le conteur de son ambition folle .Alejandro Jodorowky est un personnage. Un personnage tellement invraisemblable que personne n’y croirait dans un film. Réaliser Dune  serait pour lui l’aboutissement d’une mission purement divine. Le cinéma et l’art ne sont plus uniquement des divertissements passagers. Dune devait être un  » prophète « , un film qui devait révolutionner à la fois le monde de l’art, mais l’humanité toute entière. Une expérience visuelle, mystique, métaphysique. Amener l’art au rang de religion.

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Le documentaire retrace alors le parcours de ce non-film, à travers tous ceux qui l’ont fait vivre. L’histoire de Jodorowsky est passionnante, et tient presque à une invention purement fictive, à un destin déjà tracé depuis des millénaires. En effet, chaque rencontre est liée au hasard, à la chance. Comme si chacun était là, parce qu’il devait se trouvait là, à ce moment précis, pour rencontrer Jodorowsky. La rencontre des techniciens, de Dali, de Mick Jagger. Ils semblaient  destinés à être là. Chaque personnalité était forte, et chacun est présenté comme des personnages venus d’ailleurs. Chacun réunis autour de ce projet gigantesque, qui devait durer presque 20 heures, avec un univers minutieux. Le documentaire est en cela très vivant, très drôle, et apporte une certaine nostalgie à un projet qui n’aboutira jamais. Au-delà de filmer ce non-film, le documentaire dresse un portrait fascinant de réels personnages. Jodorowsky ressemble alors au nom d’un chaman, de ceux qui ont des visions qui transcendent la réalité. Car Alejandro fait l’ombre à son fils Brontis, qui n’avait que 12 ans. Pour le père, Dune devait ouvrir de nouvelles perspectives à son fils. J’ai eu la chance de pouvoir le rencontrer. Il n’y a pas de doute, cette tradition de conteur fou est familiale.

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Le documentaire regorge de story-boards, de croquis en tous genres. Pavich leur donne vie. Il fait vivre un fantasme collectif, celui de voir ce film qui n’existe pas. Les témoignages et les paroles de chacun transforment le documentaire en un film de fiction. C’est l’épopée d’un film qui meurt avant de vivre. C’est une histoire épique. Celle d’un artiste qui veut révolutionner le monde, mais qui pour cela, doit affronter les monstres gigantesques d’Hollywood. Croire que ce combat est un échec, car Hollywood ne voudra jamais financer ce film, c’est faire une erreur. Car le film devient alors immortel. Il est devenu légendaire. Mais surtout, un film, ce n’est pas forcément une projection sur grand écran. C’est un livre, ce sont des images. Et le documentaire nous pousse à imaginer les non-dits, à réaliser nos propres fantasmes. Le film n’existe pas dans sa forme traditionnelle, mais il est. Il existe dans cet immense livre, dans les story-boards, dans chaque artiste et technicien qui a participé à ce projet. Mais aussi, il a eu une influence indirecte sur toute l’histoire de la science-fiction. Et mieux encore, il existe dans la tête de chacun. Chacun est libre de réaliser le Dune de Jodorowsky. Le film sera éternel. Pour Jodorowsky, cet échec n’en est pas un. Pour lui, son oeuvre est libre.

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Alors il faut voir Jodorowsky’s Dune. Par curiosité. Pour assouvir le fantasme le plus fou du cinéma. Pour rencontrer des personnages réellement passionnants et fascinants, qui ne semblent même pas appartenir à notre monde. Mais surtout, parce que ce documentaire parvient à faire vivre ce qu’on croyait mort. Parce qu’il est la version la plus authentique du projet de ce génie fou. Et parce que le cinéma a le pouvoir monstrueux d’être ce qu’il n’est pas. Parce qu’à travers les images, les dessins, les mots, et notre imaginaire, le film existe, et existera éternellement.

 

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