Requiem for a Dream

Regarder un film, ça demande une certaine préparation. Une ambiance dans laquelle se mettre. Une attention particulière. Une préparation morale, parfois. Physique même. Parce que des images fictives peuvent nous montrer des choses qu’on ne veut pas voir. Peuvent nous dire ce qu’on ne peut pas entendre. Elles nous mettent mal à l’aise face à une réalité qui dérange. Et puis, on ne regarde jamais un film de la même manière. On apprend des choses, on vit des choses qui rendent un film complètement différent. C’est le cas de Requiem for a Dream de Darren Aronofsky. J’avais 15 ans quand je l’ai vu pour la première fois. Et aussi inquiétant que ça puisse paraître, le film m’a à peine choqué. Peut-être parce qu’il faisait jour. Peut-être parce que j’avais du faire quelques pauses. Et je l’ai revu. Dans un tout autre contexte. La nuit. Ca a été une toute autre expérience. Terrifiante cette fois-ci.

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Harry, Marion, Tyrone. Trois jeunes qui rêvent d’une vie meilleure. Ouvrir un magasin de vêtements, pour que Marion puisse y exposer ses collections. La mère d’Harry, Sarah, rêve de passer à la télévision dans sa magnifique robe rouge. Des ambitions, des rêves que chacun veut réaliser. L’espoir de réussir sa vie. Elle passe dans des cachets. On se détend, on s’amuse, on fait un peu n’importe quoi. Mais on s’amuse, ce n’est qu’un jeu. Pour réaliser ses rêves, il faut de l’argent. Un petit deal, c’est pas grand chose. Ca rapporte. En plus, on peut en avoir de la bonne. La drogue, ça permet d’avoir une vie un peu meilleure. Alors on en achète on en vend on en consomme on achète on vend on consomme on achète on vend on consomme et il faut maigrir pour passer à la télé pour rentrer dans la robe rouge et un comprimé et deux comprimé et trois comprimés et l’argent a disparu mais j’en veux encore et on achète on vend on consomme on achète on consomme on a achète on consomme on ne peut plus acheter et un comprimé et deux comprimés et trois comprimés et le frigo et la télé et la folie et la mort et le frigo et la télé et la folie et la mort et le frigo et la télé et la folie et la mort et on s’enfonce on s’enfonce on s’enfonce avec un adieu à nos rêves car il en faut car j’en ai besoin car il en faut car j’en ai besoin sans argent on vend son coeur on vend son corps on vend sa vie on vend son coeur on vend son corps on vend sa vie et on achète et on se vend et on consomme et la réalité s’en va et la réalité s’en va comme une onde comme une onde comme une onde qui fracasse le cerveau comme un corps emprisonné entre des bareaux comme un corps emprisonné car mort comme un corps emprisonné car vide et on consomme et on se vend et.

C’est un film terrifiant. Par ce qu’il montre. Quatre vie qui périssent à cause d’une addiction. A la drogue, à la télévision, à la minceur, aux exigences de beauté. Et si la première est illégale, la deuxième semble tout à fait légale. Sarah est déjà une personne mentalement fragile. Seule, abandonnée, elle n’a plus qu’un univers fictif pour réaliser ses rêves. Chaque  personnage s’auto-détruit à cause de ses rêves. C’est finalement la tragédie même du film. L’espoir de réaliser des rêves et tomber en plein cauchemar. La naïveté et la presque inocence d’Harry, Marion et Tyrone est terrible, car ils sont inconscients. Inconscients de ce qu’ils font, vers quoi ils se précipitent. Vers les enfers. Vers un monde terne, verdâtre, glauque. L’image est sale. Ils voulaient rendre quelqu’un fier. Une mère, un fils, eux-mêmes. La quête d’un amour maternel. Retrouver le bonheur de l’enfance. Mais ils tombent, continuellement.

Aronofsky est un de ceux qui parviennent à nous plonger au coeur même de la folie. L’addiction n’est pas dénoncée. N’est pas désginée. Il nous plonge à l’intérieur. Dans sa souffrance, dans sa paranoïa, dans sa folie. Le film est éprouvant. La rythme s’accélère peu à peu. Le film donne le vertige, donne la nausée. L’image se découpe, se tord, vibre, la caméra se place à la première personne. On vit l’enfer, en même temps que tous ces personnages. On vit les délires de Sarah. La réalité et le délire s’emmêlent. Les nombreux gros plans montrent des visages tordus par la douleur. Les visages se transorment, ils sont difforment et deviennent effrayant. La réalité même est épouvantable.Le film est court mais trop intense. C’est une vraie expérience physique. On vit la folie, du point de vue des personnages. La répétition des actions accentue l’horeur de la situation, et nous entraîne dans un cercle infernal, dans une spirale mortelle.  La musique, le rythme de l’image, l’horreur de ce qui est montré, tout devient véritablement insoutenable jusqu’à cette fin. Cette fin qu’on ne peut pas dire tellement elle dérange. Aronfsky sait filmer le cauchemar, car on y prend part. Il nous le fait vivre. Il sait filmer la folie. Le film est insoutenable, de par ce qu’il montre, et de par la manière où il le montre. Le film en soi est intéressant parce qu’il parvient à faire vivre l’image, à couper la distance sensée exister en nous et elle afin de nous attirer dans sa spirale. La fiction et la réalité se confondent.

Requiem for a Dream est un film monstrueux. Monstrueux d’une part, parce qu’il est hors-norme dans le sens où il échappe à la vision traditionnelle du cinéma qu’on peut avoir. On ne suit pas simplement l’histoire de personnages, on la vit. Monstrueux aussi par ce qu’il montre. La destruction totale de quatre personnes, à travers différentes drogues. Difficile de savoir qui s’en sort le mieux, ou le moins pire tant la situation est effrayante. Le film est éprouvant, autant physiquement que mentalement. J’ai difficilement réussi à regarder la fin en face. Parce que c’est l’apothéose épouvantable de toute cette histoire. Le temps, les conditions n’étaient pas les mêmes que lorsque je l’ai vu la première fois. Et ça a tout changé. Je suis ressortie traumatisée. Pour de vrai. Ca m’a donné le vertige. Je ne pense pas vouloir le revoir une autre fois. Le sujet est pourtant d’une violence inouïe. Mais je l’ai revu, pour de vrai cette fois. Et chacun devrait le faire. Mais vous êtes prévenus. Ce film est traumatisant. C’est peut-être pour ça, qu’il doit être vu.

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