Off with his head !

Et voilà que je reviens avec Sleepy Hollow, de Tim Burton. Probablement le film de plus gothique de tous ses films. C’est une adaptation de la nouvelle ( gothique, forcément ) de Washington Irving, The Legend Of Sleepy Hollow.  Disponible seulement en anglais, mais c’est toujours plus beau, alors vous me pardonnerez.

 

Bon ça parle de quoi ? On est en 1799, et plusieurs personnes ont été retrouvées décapitées dans la ville de Sleepy Hollow. Les habitants font donc appel à Ichabod Crane, scientifique avant l’heure qui va voir se raison être largement remise en cause.

J’ai déjà parlé du Southern Gothic. Mais en soit, c’est quoi ce qu’on appelle gothique ? C’est en France, ce que l’on qualifierait de  » nouvelles fantastiques « . Né en Angleterre avec Walpole et The Castle of Otranto  au milieu du 18ème siècle, c’est un genre qui va se développer, se renouveler et qui est particulièrement ancré dans une époque de révolution industrielle où la population va devoir faire face à la montée en puissance de la science, du capitalisme et des immenses cheminées. Si au début, le genre gothique avait plus un but éducatif et cherchait à remettre ses lecteurs dans le chemin de la vertu, au 18ème siècle, il deviendra ( pour résumer ) l’incarnation même des peurs de la société. Il va parallèlement migrer vers les Etats-Unis où il rencontrera le chemin d’Edgar Allan Poe, ou ici, de Washington Irving. C’est presque illégal de résumer le gothique comme ça, mais je prendrais bien le temps un jour d’y dédier un article entier. Tout ça pour dire que le gothique va de pair avec son contexte.

Alors oui, aujourd’hui dans notre futur, on ne parvient pas forcément à être angoissé par toutes ces histoires de sorcellerie et de morts-vivants. Mais on retrouve pourtant dans le Sleepy Hollow de Burton les interrogations qu’on peut trouver dans les nouvelles gothiques.

Concernant le film, il reprend parfaitement tous les ingrédients du genre gothique. Et tout ça passe d’abord par son atmosphère. La musique est sinistre, les violons crissent et les voix sont envoûtantes. Danny Elfman fait décidément un travail génial. L’image est tellement sombre, qu’on pourrait croire qu’elle est en noir et blanc. La musique parvient à installer une étrange tension. Une calèche s’enfonce péniblement dans la nuit et la brume, au milieu se tient un épouvantail peu accueillant. C’est exactement l’ambiance qu’on attend du gothique. Même le nom de Sleepy Hollow a quelque chose de mystérieux, par sa sonorité. La ville semble être reculée de tout. Elle est entourée par une sombre forêt, domaine de chasse des créatures et monstres en tous genres. Les arbres sont tous morts et tordus. La ville et son cimetière sont constamment remplis de brume. Un vieux manoir surplombe la ville depuis une colline. Un vieux moulin semble être le lieu des morts. Sleepy Hollow a tout d’une ville gothique : sombre, inquiétante, mystérieuse. Le soleil ne brille jamais, les éclairs et l’orage envahissent le ciel. L’atmosphère du film est parfaitement réussi. Les personnages se confondent avec les lieux. La pâleur d’Ichabod Crane, la beauté naïve de Katrina Van Tassel, des costumes d’époques élégants. Jamais autant un univers n’avait si bien collé à l’imaginaire sinistre de Burton.

Le gothique, ça doit faire peur. Il doit toujours y avoir une ambiguïté entre l’imagination et la raison. Un conflit permanent entre un monde rationnel et le fantastique. Ici, ce conflit s’incarne par Ichabod Crane. L’histoire se passe en 1799, à une époque où la science commence à étendre son pouvoir, et devient l’objet de fascination. Elle fascine, car elle terrorise. Les scientifiques jouent avec les éléments, exercent leur pouvoir sur le monde, sur les créatures vivantes. Je ne résiste pas à vous montrer ce tableau de Joseph Wright of Derby, Experiment on a bird in the air pump, qui illustre exactement ce que je suis en train de dire. Ici, Ichabod Crane, c’est l’ancêtre des Experts d’aujourd’hui. Car oui, en 1799, un cadavre, c’est un cadavre. Jamais personne n’aurait l’idée d’aller le disséquer, pour faire une autopsie, et surtout utiliser tout un tas de gadgets qui servent à révéler les preuves. Ichabod Crane est un peu la caricature du scientifique fou qu’on se fait aujourd’hui. Ses techniques ne sont pas convaincantes pour tous ses contemporains, et son matériel inquiète. Véritable enquêteur, il cherche à utiliser sa raison pour retrouver le coupables. Sauf que sa raison va rapidement être confrontée au surnaturel. Sa raison est mise à l’épreuve car il va devoir affronter des situations presque invraisemblables ( à son goût ) . Le gothique, c’est la création de mythes et de légendes, à travers des créatures fantastiques qui ont longtemps terrifiés les populations. Ici, il est question de sorcellerie et de morts-vivants. Il y’a toujours cette tension entre raison et surnaturel, et la frontière entre les deux semblent être suffisamment minces pour être franchies. C’est ça le gothique, c’est ce qu’on appelle nous le fantastique. Une situation qui a tout du réel dans laquelle apparaît des évènements terrifiants venus de l’imaginaire. Et pour le coup, c’est réussi.

Et surtout, le film se veut être un film d’horreur. Mais pas n’importe lequel. Burton, lorsqu’il était jeune, traînait dans les salles de cinéma, tard le soir. Ce qu’il aimait, c’était les vieux films d’horreurs. Les films d’horreur de la Hammer par exemple, dont on pouvait retrouver un exemple assez intéressant dans La Dame en Noir, avec la même ambiance gothique. La présence assez courte de Christopher Lee, qui a incarné Dracula  est un hommage supplémentaire aux films de la Hammer. Des films d’horreurs souvent gothiques, un peu kitsch aussi. Car il faut le reconnaître, Sleepy Hollow joue avec son potentiel comique. Quand on voit le cinéma d’horreur d’aujourd’hui, il est assez difficile de dire que  les quelques têtes coupées sont réellement effrayantes. Même les mouvements du cavalier m’ont parfois fait sourire. Mais c’est voulu. Néanmoins, le film conserve une ambiance pesante et donc crée une certaine tension. Le film ne cherche pas à nous traumatiser pendant des nuits, mais plutôt à recréer une ambiance, un charme et une authenticité des films d’horreurs des années 80. Authenticité et charme qui, pour ma part, semblent avoir quelque peu disparu dans les productions actuelles.

Sleepy Hollow   est probablement ce que j’aime le plus chez Tim Burton : son imaginaire colle parfaitement au genre gothique. Il y’a quelque chose d’authentique, qui donne un vrai charme au film.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s