L’école des sorciers

Le cinéma, c’est un truc magique. Il fut un temps lointain maintenant, où lorsque on voyait arriver un train en gare sur grand écran, on paniquait comme si c’était la fin, la vraie. Et au fur et à mesure, on s’y est habitué, à la magie. C’est devenu quelque chose de normal, d’avoir un cube magique chez soi, dans lequel on voit vivre et mourir des inconnus, qui deviennent des amis et qui soudain disparaissent. Mettre un DVD dans son lecteur, c’est un geste banal. Pourtant c’est comme regarder des vieux souvenirs, des photos, une histoire d’inconnus. C’est une vie qu’on a un jour tenté de créer. Mais ça reste de la sorcellerie tout ça. On ne s’en rend tout simplement plus compte, à quel point c’est extraordinaire de pouvoir allumer sa petite télé, d’aller se terrer dans un cinéma.

J’ai plusieurs amours dans la vie. Dont j’ai déjà parlé sûrement des millions de fois déjà. Mais je me suis rendue compte qu’il y’en avait qui était presque resté secret, ce qui est quand même assez étonnant. Harry Potter bien sûr. Oui, j’ai eu, j’ai, et j’aurais toujours une histoire passionnée et passionnante avec les sorciers à lunettes rondes. C’est, et ça n’engage que moi, moi et moi encore, une des sagas les plus magiques de l’histoire du cinéma.

Magique de par son thème. Pourtant, les sorciers au cinéma, ce n’était pas si nouveau. Mais chaque film, à travers son ouverture nous plonger dans son univers si particulier. La musique, c’était elle qui nous ouvrait la porte vers Poudlard. Une musique qui nous faisait tous frémir, à chaque fois que les lumières s’éteignaient dans la salle. Que tout le monde se taisait pour de bon, et qu’on partait tous ensemble ailleurs. Ces quelques notes nous emmenaient ailleurs, hors de ce monde. C’était un aller-simple vers un univers parallèle, où tout est possible, et où on pouvait se prendre à rêver du plus fou. Ce qui est magique, c’est que cette magie continue encore, des années après. Même quand on nous dit que c’est plus de notre âge et qu’on devient trop vieux pour attendre désespérément sa lettre d’admission pour Poudlard. Je crois que si j’ai autant aimé l’exposition Harry Potter, c’est peut-être bêtement parce qu’on nous enferme dans une pièce noire, avec différentes scènes des films et cette musique. C’était rentrer pour de vrai dans le monde de mon enfance. J’avais de nouveau 8 ans. On ne peut pas faire plus magique.

Une fois passé le mur solide de la réalité, on se retrouve propulsé dans un univers bien particulier. Un univers que l’image cherche à nous rendre réel. Où on veut nous faire croire à l’existence d’une forêt interdite. Aux dragons. Aux balais qui volent. C’est monde tellement travaillé, qu’on veut y croire pour de bon. Dès les premières images, on se retrouve apprend la métamorphose. On découvre des objets insolites, capables de capturer la lumière. Mais on ne le découvre pas seul. On est comme Harry. On ne comprend rien, et tout le monde cherche à nous expliquer le fonctionnement de ce monde un peu fou. On se perd, on se retrouve dans des lieux connus. On apprend au fur et à mesure les règles de ce monde. Toute la magie de cette histoire, c’est qu’elle semble bien réelle. Des objets, un langage, des coutumes. Des créatures bien curieuses qu’on apprend à connaître, de l’elfe de maison au phoenix. Car finalement, toute l’histoire pourrait se résumer à quelques lignes. Pourtant cette histoire dure. Car elle veut nous faire rêver et nous faire croire à tout cela. Et ça fonctionne à merveille, quand on voit le nombre de personnes qui attendent comme moi qu’on vienne défoncer sa porte pour lui souhaiter un joyeux anniversaire.

Je fais partie de cette génération qui a vécu avec Harry Potter. J’aurais pu dire  » qui a vu « , mais c’est un mot tellement faible. C’était quelque chose de vivant. Ca dépassait le simple fait de voir un film, une adaptation. C’était quelque chose de complètement dingue. C’était, car je n’ai jamais revu quelque chose de tel aujourd’hui. C’est aussi quelque chose que les générations d’aujourd’hui et futures ne connaîtront jamais. L’excitation de voir un nouveau livre publié. De les lire tard la nuit, alors qu’on a école demain. Mais une page encore, et puis au lit. Et sans s’en rendre compte, on venait de lire le dernier mot. Moi j’y croyais pour de vrai à cet univers. J’écrivais des lettres à Harry pour lui dire de faire attention. Ca pouvait être dangereux quand même, le monde des sorciers. J’aurais peut-être jamais fait d’études littéraires si je ne les avais pas lu. Je ne me serais peut-être pas autant intéressée au cinéma, si je n’avais pu vu les films. Car ce que j’aimais vraiment, c’était l’excitation entre la fin du roman et le début de son adaptation. Je n’ai jamais pu reprocher quoique ce soit aux films. Oui, je parle en tant que fan absolue, mais qu’importe. J’adorais faire la comparaison entre le roman et le film. En ayant lu les livres, j’avais l’impression d’avoir accès à quelque chose que moi seule pouvait connaître. Voir le film, c’était une manière de concrétiser ce que j’avais lu. J’avais mes propres images. Mais on m’en offrait d’autres, encore plus crédible, qui me semblait réel. Entre moi et ce monde, il n’y avait qu’une barrière lumineuse, infranchissable. Cette hystérie, je la regrette. Car tous les enfants d’aujourd’hui ne la connaîtront plus. Cette hystérie surréaliste d’attendre le prochain film, pour repartir pour de nouvelles aventures. Il n’y a plus le plaisir invraisemblable de l’attente.

Une attente pourtant si nécessaire. Chaque film, c’était des retrouvailles. On retrouvait des vieux amis. Pour de vrai. On partageait avec Harry, Ron et Hermione des aventures si fortes, qu’on avait l’impression d’être là, nous aussi. Quelque part avec eux, sans y être pourtant. On a eu peur pour eux. Ce qu’il y’a de véritablement magique, c’est lorsque le cinéma franchit la barrière de la réalité. Que le temps fictif devient réel. Harry et moi, on a grandit ensemble. Pour de vrai. Dire que c’est une partie de ma vie, ce n’est même pas l’éxagérer, c’est une réalité. J’ai vu les acteurs vieillir devant moi, en même temps que moi. Chaque année, on devenait plus vieux ensemble. Et ça se ressent aussi, dans l’atmosphère des films. Plus je grandissais, plus j’entrais dans une période un peu plus sombre. Les films aussi, devenaient plus sombres, plus noirs, plus tourmentés. Ce n’était plus juste un film, c’était le miroir de ma vie. C’est presque absurde, mais c’est pourtant vrai. On a grandit ensemble. Regarder n’importe quel film Harry Potter, c’est ouvrir un album photo dans lequel les photos sont animées. C’est replonger dans de vieux souvenirs, dans des phrases et des images qu’on connaît au-delà du par coeur. C’est cette distorsion du temps. Grandir avec des personnages fictifs, c’est peut-être un des plus beaux tours de magie du cinéma. Chaque film me ramène dans le passé. L’exposition n’a toujours pas réussi à me faire revenir dans la réalité. C’est quelque chose d’étrange, de voir des costumes grandir. De voir les choses pour de vrai.

J’ai toujours aimé chaque film de la même manière. Les ai toujours attendu avec la même excitation. Comme beaucoup de monde, finalement. Je me souviens des gens qui applaudissaient lorsque les lumières s’éteignaient. Je n’ai jamais pu avoir l’occasion de revoir ça un jour, dans un cinéma. Tout le monde semblait sur la même longueur d’onde. C’est quelque chose qui est parvenu à nous réunir. Comme chaque saga, c’est vrai. Un monde dont on s’est finalement accommode, au fur et à mesure du temps. Tous ensemble, on était comme Harry. On découvrait avec des yeux grands ouverts un monde plein de surprises, qui cherchait à nous étonner, même avec d’infimes détails, invisibles à nos yeux, mais qui pourtant son bien là quelque part. On voulait aussi prendre part à des cours de Défense contre les forces du mal. On aimait bien détester certains professeurs, on les soupçonnait du pire. On cherchait qui était du côté de l’ombre. On se perdait aussi beaucoup dans nos théories. On se surprenait de découvrir un réalité tout autre. On avait peur que le mal l’emporte, même s’il faut avouer qu’on s’y attache, à ce côté maléfique. Aux délires de certaines. Au mépris de certains. A la cruauté des autres. Chaque personnage était quelqu’un qu’on mourrait d’envie de connaître. On aura pleurer, on aura souris  aussi, et surtout, on se sera émerveillés d’être un jour entré dans ce monde, duquel on n’aurait jamais voulu sortir.

Ce qu’il y’a de profondément magique avec Harry Potter, c’est que chaque livre, comme chaque film, a réussi à nous plonger dans son univers. Un univers qui paraît bien plus réel que ce qu’on pourrait croire. C’est magique, car cela dépasse le simple fait de regarder un film. C’est une partie d’une vie, contenue dans un petit objet. Chaque DVD est pour moi un espèce d’horcruxe, dans lequel une partie de moi se trouve. Je n’ai jamais pu voir Harry Potter autrement qu’un rêve. Je n’ai jamais pu imaginer une seule seconde que ce que je voyais à l’écran était impossible. Pour la simple et bonne raison , que j’y étais moi aussi. Que j’étais dans cet endroit lointain et pourtant si proche, si familier, dont je connais les moindres recoins. Je n’ai jamais eu l’impression, comme pour d’autres, de voir un film. De voir un objet fabriqué de toute pièce. Un univers impossible qu’un fou a réussi à rendre réel. Harry Potter, c’est quelque chose de fou, au sens pathologique du terme. C’est réussir à nous faire rêver d’un monde imaginaire. C’est réussir à nous réunir tous ensemble, autour de mêmes valeurs, de mêmes objets, d’un même combat. Ce qu’il y’a de magique, ce n’est pas Poudlard, c’est ce qui est au-delà.

 

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