Laissez moi respirer

Cannes cette année, je n’ai pas aimé. J’aime pas le cinéma social, réaliste, naturaliste. Alors les films en compétition cette année, c’était pas franchement mon truc. Et puis j’ai vaguement entendu parlé de Mustang de Deniz Gamze Ergüven. Le titre me parlait à lui seul. C’est l’un des rares films présenté à Cannes qui m’a donné envie. J’ai bien fait de m’écouter.

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De quoi ça parle ? Cinq soeurs rentrent de l’école, et s’amusent à la plage avec des garçons. Ce qui semblait n’être qu’un jeu innocent se transforme brutalement en scandale, dans un village conservateur de Turquie. Elles ne vont plus à l’école, et restent cloîtrées dans la maison de leur grand-mère, qui devient une véritable prison. Cinq soeurs, avec la même envie de fuir, d’être libre.

 Mustang. Un film qui porte bien son nom. Cinq soeurs indomptables, insoumises, libres. Toutes les cinq ne sont pas des professionnelles, mais pourtant nous touche par leur fraîcheur. Elles sont belles et sincères. Le film rayonne par leur beauté. La lumière se faufile partout, dans chaque coin de l’image. Elle envahit le cadre. Elle est présente constamment, peut-être pour nous rappeler l’énergie qui habite ces cinq filles, peut-être simplement pour nous dire qu’il y’a de l’espoir aussi. Le film s’ouvre de manière lumineuse. Ces cinq filles qui hurlent, crient, ris, trempées et les cheveux dans le vent, en train de jouer avec des garçons. Scandale, dans une société où la femme se soumet à des exigences strictes. Mais cette ouverture a quelque chose de symbolique. La joie de vivre domine. Elle dépasse les valeurs morales d’une société conservatrice. Elle rayonne. Pourtant, l’innocence, les gestes si anodins deviennent quelque chose de terrible.

La maison se transforme alors en véritable prison. Des barreaux aux fenêtres, des grillages, une grille immense surmontée de piques. La violence physique prend le pas sur la joie du début. Commence alors une véritable évasion, digne des plus grandes. Car les cinq filles, deviennent prisonnière des murs. De leur corps aussi, avec une obsession terrifiante sur la virginité. Leur corps ne leur appartient pas, il appartient au mari. Elles ne sont pas libres de leur choix. Elles ne peuvent être libres. Alors elles sont rabaissées au traditionnel usage de la femme. Cuisiner, faire le ménage, s’occuper de son mari. Obligées à porter des robes sans formes, à occuper le rôle de servante. Mais dans cette prison, elles tentent de se libérer. De se mettre nue, en petite tenue, une façon de se rapproprier leur propre corps. D’hurler, de courir, De sortir en cachette la nuit. D’embrasser et de coucher avec quelqu’un qui n’est pas destiné à être leur mari. Une révolte, qui commence d’abord par soi. Et puis qui s’élargit. C’est se révolter contre des valeurs conservatrices désuettes. Allez à un match de foot devient alors une quête de liberté, une façon de défier le monde entier, en criant leur joie.

Le film pourtant n’accuse personne. Pas les hommes, qui pour la plupart ne font qu’accepter une tradition morale instaurée depuis longtemps. Même si certains usent de leur statut d’homme pour dominer et violenter. Pas les femmes non plus, qui pourtant se transmettent ces valeurs de générations en générations. La grand-mère semble partagée entre l’amour de ses cinq petites-filles, et le rôle qu’elles doivent avoir. La pression de la société est telle qu’elle prend le dessus. Cette pression est terrible. Mais plus on emprisonne le sauvage, plus il se déchaîne. Tour à tour, la narratrice et cadette Lale voit ses soeurs mariées contre leur gré à des hommes qu’elles n’aiment pas. S’installe alors une répétition permanente, lourde et opressante des situations, symbole même d’un futur bridé.  Le départ de chacune vient briser l’équilibre de la bande. Car elle formait une force indivisible et puissante. Une lumière, qui venait éclairer les murs sombres de leur prison. Qui déchirait ses vêtements, développer des stratégies pour échapper à leurs bourreaux. Au fur et à mesure, fuir va s’imposer comme une solution de survie. Et le dernier cri de révolte de ces filles sauvages.

On pourrait parfois reprocher au film certains non-dits, qui amènent parfois un peu de confusion. Peut-être aussi le fait de ne plus revoir certains personnages, même si c’est un parti pris finalement compréhensible.

Mustang est un cri de révolte d’une société qui semble aller mal, partagée entre une modernité et une tradition conservatrice. Un portrait de filles sauvages, une ode à la liberté. C’est cette fraîcheur et cette liberté qui rendent le film plus touchant. De vraies héroïnes qui osent trouver le courage de défier une société toute entière. Une sorte de hurlement de femmes indomptables, lumineuses et les cheveux au vent. Un film terrible, et pourtant drôle, lumineux et remplis d’une rage de vivre, à travers la beauté rayonnante des ces cinq soeurs, cinq créatures plus libres que jamais.

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