In-betweeness

 

Je n’en doutais déjà plus, mais je crois que je suis en train de tomber amoureuse de Scarlett Johansson. La faute à Her , où elle n’était qu’une voix envoûtante. A Under The Skin, où sa découverte progressive du corps humain m’a fascinée. Et la faute à Sofia Coppola aussi, avec Lost In Translation. Ce film vient de probablement confirmer mon amour pour Scarlett à tout jamais.

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Donc ça parle de quoi ? Bob Harris est un acteur sur le déclin qui part tourner un spot publicitaire à Tokyo. Conscient que sa place est ailleurs, il ne parvient pas à s’intégrer à la réalité. Dans le même hôtel, se trouve Charlotte. Elle s’ennuie, et regrette que son mari photographe consacre tout son temps à son travail. Elle va chercher de l’attention, ce qui va l’amener à rencontrer Bob.

Je ne sais pas pourquoi, j’ai longtemps cru que le titre du film voulait dire autre chose que ce qu’il veut vraiment dire. J’ai un peu honte de l’avouer, mais jusqu’à hier soir, le mot  translation voulait dire tout autre chose pour moi.  La sonorité, la longueur du mot. Inconsciemment, je l’associais à l’attente, à l’errance. Ce qui est étrange, c’est que je ne m’étais pas trompée.

In-betweenness. J’aime beaucoup ce mot, intraduisible lui aussi. Sofia Coppola cherche à capter un moment d’attente, un moment d’errrance. Un moment de creux dans une vie. Où la vie est remise en question. C’est quelque chose d’une suspension. Une suspension de l’agitation nerveuse de la vie, un temps hors du temps. Bob et Charlotte se rencontrent à ce moment de leur vie, où tout n’est qu’attente. Ils ne dorment plus, et préfèrent errer dans la nuit. Cette attente, elle se traduit par une mise en scène habile, subtile. L’image est aérienne, elle est lente. Tout est question d’observation. Observer le dehors à travers une vitre. Observer un inconnu assis à une table de bar. Observer l’insomnie. Le film nous projette hors du temps réel, dans cette lenteur délicieuse de l’attente. Il a quelque chose d’apaisant. Ses images, ses couleurs délicates, sa lumière permanente. La moue enfantine de Charlotte. L’absence de Bob. Tous deux se cherchent, se lancent dans une quête inconnue. Et finissent par se trouver. Ils errent, ensemble dans la foule immense de Tokyo, ville qui ne dort jamais.

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C’est à Tokyo que Charlotte et Bob se rencontrent. Ville gigantesque, lumineuse. Ville excentrique aussi. C’est le choc des civilisations occidentales et orientales. Le film s’amuse gentiment des clichés. De l’incompréhension permanente entre les Japonais, qui confondent les r et les l et des Américains. La barrière de la langue, qui laisse place à des scènes absurdes, et souvent drôles. Le film parvient à nous faire rire avec de vieux clichés. La taille immense de Bob dans l’ascenceur. Des scènes d’incompréhensions totales lors du tournage de publicité. Il y’a un décalage permanent, entre les personnages et la civilisation orientale. Pourtant, c’est dans cette ville qui leur est si étrange, qu’ils vont se trouver. Tokyo est un personnage. Vivant, par sa lumière, son agitation, sa foule. C’est une sorte d’entremetteur entre Bob et Charlotte. Les clichés sont alors renversés, et l’excentricité japonaise devient véritablement attachante. Elle empêche Bob et Charlotte de se faire aspirer dans un trou noir, elle les ramène à la réalité. Tokyo, ville partagée entre tradition et modernité, qui parvient à trouver un équilibre parfait entre les deux. C’est peut-être ça au fond, Bob et Charlotte sont en quête de cet équilibre dans leur vie.

L’impossibilité de traduire, non pas le langage, mais aussi le sentiment. Le film ne parle que très peu. Il montre d’abord, à travers de longs silences, calmes, paisibles, enivrants. Il est dans une retenue permanente. La musique devient elle aussi un personnage. Elle traduit, les émotions et la solitude de chacun. Tout se passe dans les non-dits, dans l’interprétation. Rien ne nous est donné. Il faut tenter de traduire les visages souvent impassibles de Bob et Charlotte. La traduction est un exercice délicat, car elle cherche à trouver l’essence même d’un mot, d’une émotion et de la retranscrire le plus justement possible. Parfois, la traduction s’éloigne du sens premier, sur lequel elle ne peut pas mettre de mot. C’est pour cela que le film se tait. Qu’il ne dit rien par lui-même. Cette relation étrange est intraduisible, car unique. Une relation où tout se passe dans le regard, dans le silence. Deux êtres perdus soudainement liés par une chimie étrange, imperceptible, délicate. Et une séquence finale magnifique et émouvante, d’une rare délicatesse où les mots sont inaudibles, mais où le sens rayonne.

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Lost In Translation, c’est ce plaisir délicieux de l’errance. Filmer l’attente, c’est quelque chose de risqué, dans un monde d’images qui tournent à pleine vitesse sur lui-même. Mais Sofia Coppola prend le temps, elle nous emmène hors du temps, dans un récit poétique, d’une douceur sans nom et d’une beauté subtile qui nous emporte dans l’ailleurs.

 

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