Holy Mountain

Le cinéma est une secte. Une secte à laquelle on prend part inconsciemment. Il donne accès à un au-delà. A quelque chose que la simple réalité ne peut nous montrer. C’est une religion sans dieu. Une messe sombre et silencieuse, qui nous  promet un monde singulier, un monde des possibles. On boit sa lumière, ses paroles, sa mélodie. Des millions de convertis se rendent chaque jour dans ses temples obscurs, pour s’assoir et se taire dans un silence solennel. Il nous berce par des histoires héroïques, cruelles et merveilleuses. C’est un langage qui fait sens.

Je crois au cinéma comme création du possible. Croire que le cinéma doit narrer des aventures extraordinairement complexes, c’est peut-être gravement se tromper. C’est avant tout la puissance de l’image, comme l’entrée souterraine vers un monde nouveau et impossible. Les images existent pour elles-mêmes, pour leur beauté, pour leur laideur, mais elles ont une existence propre. Elles racontent et font sens. Je crois au cinéma comme une expérience. C’est celui que je défend, même s’il est imparfait. Ce cinéma qui ose, qui essaye, qui offre. J’ai envie de prêcher cette parole, celle du cinéma comme un monde symbolique, impossible et absurde. Celui d’un Jodorowsky et de sa Montagne Sacrée.

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Ce cinéma là n’est pas pour tout le monde. Et lorsque je dis ça, ce n’est pas par un élitisme débile et insensé. C’est un cinéma qui demande une certaine posture mentale face à ce qui suit. Tout ce qui fait qu’un film existe disparaît. La narration n’existe plus. Coleridge parle de  » the willing suspension of disbelief « . Le spectateur consent à entrer dans un monde qui possède ses propres codes, qu’il ne peut pas remettre en question. Regarder un film de Jodorowsky pour son histoire, c’est se tromper gravement.

La Montagne sacrée est expérimental. Il transcende l’essence même d’un film. Le temps et l’espace n’ont pas leur place, ils n’existent pas. Le montage nous offre une succession de fantasmes étranges et bizarres. Il y’a une oscillation permanente entre le grotesque et le sublime, la bassesse et le sacré, le dégoût et la fascination. Le film dérange, car il ne respecte en rien les conventions d’un film. Jodorowsky vient détruire l’essence même du cinéma, celui de l’illusion. Le film nous soumet. Il devient hypnotique. C’est une expérience du bizarre. Une expérience inquiétante, dérangeante, et en même temps drôle. Le film dépasse nos émotions. Il nous met mal à l’aise. Mais c’est un film. Une fiction. Un monde qui meurt lorsque la lumière se rallume. Le réel revient massacrer l’imaginaire. Un film, c’est un monde qui court perpetuellement vers sa fin, alors même qu’il cherche à se défaire du temps.

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L’expérience du sacré, du mystique, d’une religion qui n’existe pas. Celle des prophètes déchus dont on vénère les idoles, les religions s’endorment et les hommes explorent leurs vices. La nudité, la luxure, l’argent sale. La morale dégénère. Jésus ressuscite. Il tue, pille, séduit et est en quête d’immortalité. Le corps est paradoxal, il amène au sacré tout en étant l’expression d’une bestialité terrible. Le spectateur est un voyeur, de toute cette déchéance et cette étrangeté. Mais il doit faire sens. Il doit comprendre les symboles qui lui sont offerts. Il doit connaître pour voir. Car il m’est impossible de trouver un véritable sens à travers cette multitude de symboles ésotériques. Mais l’on peut peut-être croire, que cette nouvelle religion, c’est aussi celle de l’image. Croire en l’illusion. Jodorowsky vient la détruire. Le début et la fin semblent se répondre. La tonte de l’idole Marylin Monroe, symbole même du glamour et du cinéma hollywoodien. C’est la destruction de nos croyances en un cinéma qui raconte plutôt que ne montre. L’oeil est omniprésent, la vue est essentielle à la connaissance.

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Regarder un film, c’est transcender la réalité. Un film est une vérité cachée. Un monde étrange où l’invraisemblable est possible. C’est une religion. Quelque chose dans lequel on croit. Quelque chose qu’on aimerait partager. C’est la volonté bizarre de vouloir convertir ses semblables. Leur montrer une vérité. J’ai envie de vous convertir à ce cinéma là. Ce cinéma de l’expérience. Faire l’expérience de l’étrange, du déstabilisant. L’expérience du sacré.

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