Dawn of the night

Il y’a deux ans, j’avais l’idée insensée de commencer à écrire ce que je voyais. Déjà deux ans. Je pourrais encore une fois faire un discours digne des Oscars. Mais non. Non seulement parce que ça ne serait pas suffisant, et surtout pas intéressant. Même si vraiment sincère. J’aimerais vous partager un projet qui semble démesuré, mais qui je l’espère verra le jour. C’est peut-être une manière un peu égoïste de vous remercier, mais sans ce blog et la petite communauté qui l’entoure, j’aurais probablement gardé tout cela caché quelque part à tout jamais. Parce qu’après tout, c’est une idée bien naïve de vouloir faire du cinéma. C’est une idée bien naïve de croire qu’on sera capable de créer un monde parallèle. Parler de ce projet, c’est une manière de le faire vivre à travers les mots. Le cinéma a participé à créer ce que je suis. Ce projet, c’est qui je suis.

 

C’est un projet démesuré. Un projet insensé. Je n’y connais rien en cinéma. Je ne sais pas tenir une caméra. Je ne sais pas diriger des acteurs. Je ne sais pas juger d’une performance d’acteur. Je ne sais pas faire du montage. Je n’ai pas les moyens, ni le matériel, ni l’équipe technique. Je ne sais rien. Faire un court-métrage, ça n’a jamais été un rêve. Je me contentais d’être spectateur. J’ai toujours aimé voir et comprendre. Pourquoi faire du cinéma quand on a rien à raconter. Je me complaisais dans le regard des autres.  Il y’a deux ans, j’ai voulu faire ce court-métrage. Pas par envie. Par besoin. Ce film est pour moi une nécessité. C’est quelque chose d’essentiel. C’est quelque chose de thérapeutique. C’était un soir, tard. Il faisait nuit, tout était trop noir. Ce film est une vision. Peu importe que l’on me croit ou non. Je l’ai vu. C’était un cauchemar éveillé. Quelque chose que j’ai vu dans l’obscurité. Dans ma tête. Je crois au cinéma comme vision. L’image est le miroir de l’inconscient, le miroir de nous même, et permet de montrer ce qu’on ne voit pas. Je ne sais pas raconter d’histoire. Je n’ai jamais su, et je ne saurai jamais. Ca ne m’intéresse pas. J’ai toujours été attirée par l’image, l’ambiance, l’atmosphère. J’aime l’expérience du cinéma. Je sais seulement raconter des rêves. C’est un rêve. Ce rêve étrange qu’on ne comprend pas qui inquiète qui apaise jusqu’à en perdre le sens de la réalité car un rêve n’est pas un rêve mais est un monde autre un monde nouveau un monde impénétrable et terrifiant et dans lequel on s’accroche désespérément aux choses pour essayer d’en créer un sens car le non-sens signifie.

Ce film est égoïste.Un film que je fais pour moi avant même de penser à un autre. Comme Nerval, je dois dire ce qui n’a pas de mots. Parler de soi, ce n’est pas forcément dire une réalité. C’est exprimer une partie de soi. C’est se dire, non pas à travers des évènements. C’est creuser ce qui est au plus profond de soi. Nerval écrivait pour lui-même avant de vouloir être lu. Seul lui pouvait comprendre ce qu’il disait. C’était une thérapie. Une nécessité. Des visions retranscrites dans des mots pour se reconstruire. Mais Nerval était interné dans un hôpital psychiatrique.

 » To see a world in a grain of sand, 
And a heaven in a wild flower, 
Hold infinity in the palm of your hand, 
And Eternity in an hour « 

William Blake – Auguries of Inocence

J’ai toujours cru que l’on était deux. Un individu ne peut être unique. Il se divise. Quelqu’un, c’est une entité double. Une personnalité fondée sur des paradoxes. Des entités contradictoires. Je sais que je suis contradictoire. Une obsession de la mort, des monstres et de la folie. L’angoisse permanente d’avoir franchit la limite et d’avoir perdu le contrôle. La fascination de la nuit et le besoin de lumière. Ce film, c’est une projection de moi-même, purement, simplement. C’est exprimer ce qui n’a pas de sens. Ce film n’est pas réel. Il ne le sera jamais. Le temps et l’espace sont un ailleurs qui n’existe pas. Mais qui prennent vie sur un écran. Comme un rêve, chacun y projette sa propre interprétation. Elle n’est pas définie, elle est libre et réside dans chacun.

Le cinéma est pour moi un passage vers un autre monde. Un monde irréel qui existe soudainement. L’écran est une toile géante sur lequel on projette des émotions. Des émotions qui viennent de l’intérieur. Qui viennent d’ailleurs. Des mythes, des références, des genres qui viennent de partout. Je fais le film que j’aurais voulu voir. Je veux expérimenter. Je veux que ça soit une expérience, une expérience qui tourne mal.  Celui qui fait prendre conscience de notre rôle. Celui qui nous fait prendre conscience du statut même de cinéma, comme véritable musée. Une salle obscure, dans lequel des gens venus de partout et de nulle part se réunissent pour regarder dans la même direction,avec une culture si variée qu’elle donne des sens nouveaux. Des inconnus venus ici pour vivre quelque chose. Qu’ils fassent l’expérience de quelque chose. Du non-sens, du bizarre, du sens, de l’universel.  Je veux  qu’on me parle à travers l’image. Je crois avant tout au pouvoir de l’image, non pas à celle de l’histoire. Ce film se construit comme du théâtre. L’enjeu même du film réside dans son prologue. Deux actes. Un cercle. Deux actes qui se ressemblent dans leur différence.

Ophelia – Cabanel

Ainsi, je veux jouer avec le spectateur. Un film, c’est du son, des images, une musique. Je veux le déconstruire. Je veux annoncer mon film avant même que celui-ci ne commence. Cette musique, c’est une musique paradoxale pour moi. Une musique que je trouve terrifiante et qui réveille des monstres sans visages. Des monstres qui dorment dans l’ombre des corps. Une musique de l’inocence et de la pureté. Celle sournoise,qui nous berce, à qui l’on fait confiance juqu’à ce qu’elle se transforme en une créature informe et abjecte. Je veux que ce film soit un film de cinéma. Un film qui nous plonge dans des conditions particulières. Ce n’est pas un film qu’on peut regarder à la lumière du jour sur un écran microscopique. Même si ce film doit aussi être libre. Mais l’obscurité d’une salle. Ce regard qui ne peut échapper à l’écran. Cette prison immense, qui nous engloutit dans sa toile géante. Ces visions qui reviennent nous hanter tard dans la nuit. Ce terrier géant qui nous fait glisser vers un monde silencieux de beautés infinies.

Her – Spike Jonze

Ce film est anglais.Cette langue permet de dire des choses impossibles, de dire ce qui nous échappe. Son intonation, sa musicalité, ses sons le rendent plus étrange. Des mots qui signifient. C’est une histoire d’amour. Celle qui me semble être la plus authentique qui soit. C’est un paradoxe. Une contradiction. Un non-sens total qui fait sens. Il n’y aura que deux personnages. Sans nom. Car peu importe qui ils sont. Je sais qui ils sont. Et tout le monde peut imaginer qui ils sont. Ils sont libres d’être ce que chacun veut. Ils s’opposent. Ils apprennent. Ils sont. Un troisième personnage les observe. Il n’a aucune forme définie car il est tout à la fois. Il est chaos et paix. Lumière et obscurité. Noir, blanc, couleur. La nature, c’est cette force qui est un tout.

 » DURING the whole of a dull, dark, and soundless day in the autumn of the year, when the clouds hung oppressively low in the heavens, I had been passing alone, on horseback, through a singularly dreary tract of country; and at length found myself, as the shades of the evening drew on, within view of the melancholy House of Usher. I know not how it was — but, with the first glimpse of the building, a sense of insufferable gloom pervaded my spirit. I say insufferable; for the feeling was unrelieved by any of that half-pleasurable, because poetic, sentiment, with which the mind usually receives even the sternest natural images of the desolate or terrible. I looked upon the scene before me — upon the mere house, and the simple landscape features of the domain — upon the bleak walls — upon the vacant eye-like windows — upon a few rank sedges — and upon a few white trunks of decayed trees — with an utter depression of soul which I can compare to no earthly sensation more properly than to the after-dream of the reveller upon opium — the bitter lapse into everyday life — the hideous dropping off of the veil. There was an iciness, a sinking, a sickening of the heart — an unredeemed dreariness of thought which no goading of the imagination could torture into aught of the sublime. What was it — I paused to think — what was it that so unnerved me in the contemplation of the House of Usher? It was a mystery all insoluble; nor could I grapple with the shadowy fancies that crowded upon me as I pondered. I was forced to fall back upon the unsatisfactory conclusion, that while, beyond doubt, there are combinations of very simple natural objects which have the power of thus affecting us, still the analysis of this power lies among considerations beyond our depth. It was possible, I reflected, that a mere different arrangement of the particulars of the scene, of the details of the picture, would be sufficient to modify, or perhaps to annihilate its capacity for sorrowful impression; and, acting upon this idea, I reined my horse to the precipitous brink of a black and lurid tarn that lay in unruffled lustre by the dwelling, and gazed down — but with a shudder even more thrilling than before — upon the remodelled and inverted images of the gray sedge, and the ghastly tree-stems, and the vacant and eye-like windows.  » The Fall of the House of Usher – E.A. Poe 

Je ne sais pas ce qu’il adviendra de tout cela. Je veux qu’il existe. L’écrire, c’est le faire vivre dans les mots. Le réaliser, c’est l’inscrire dans l’infini, c’est le faire exister pour toujours, ce toujours que seule la fiction parvient à éveillé. Quand j’aime quelque chose, je l’aime juqu’à l’obsession, jusqu’à la fascination. J’aime ce projet, parce qu’il est miens. J’aime ce projet, parce qu’il est moi. C’est un mélange bizarre de réalité, d’inconcient, de mythe, de références. De l’autre côté de l’image, se trouve des mondes parallèles. Ceux que j’ai envie d’explorer. Ceux des rêves et des cauchemars. Ceux de l’inconscient et du conscient. Celui des créatures étrange, où le monde tourne à l’envers. Le pays des merveilles n’est finalement qu’un endroit paradoxal, apaisant et effrayant, curieux et terrifiant. C’est voir un au-delà des choses. Merci infiniment de me pousser inconsciemment vers ce délire fou, qui finira par prendre forme. Jamais je n’aurais osé dire de telles choses avant, et je les aurais enfouies à tout jamais dans le néant.

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