Daisy Unchained

J’ai toujours trouvé qu’il était difficile de parler d’un film de Tarantino. Parce que même s’ils sont différents, ils sont souvent très proches l’un de l’autre. On peut trouver que c’est un défaut, comme au contraire une qualité. Car forcer à ce point un univers, c’est en même temps montrer qu’on l’aime. Alors j’appréhendais un peu Les 8 Salopards. J’étais à la fois impatiente, avec pourtant la crainte de m’ennuyer ou d’être déçue. Car j’avais peur de revoir le même Django Unchained, sans son personnage charismatique.

 

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Un blizzard. Une auberge. Des fugitifs, des chasseurs de prime, des menteurs, un shérif. 8 personnages coincés entre 4 murs.

Alors que Django nous offrait de vastes paysages, Tarantino nous enferme ici entre quatre murs, au milieu d’une tempête mortelle. La comparaison est inévitable, car c’est la deuxième fois que le réalisateur revendique explicitement le genre western dans ses films. Ici, on entre dans un huis-clos. Des personnages, tous aussi barrés les uns que les autres doivent tenter de cohabiter. Il est sûrement assez inutile de parler de la forme en elle-même. On est dans un film de Tarantino, et ça se voit. La narration n’est pas linéaire, et il s’autorise quelques fantaisies avec l’image, sans parler du sang qui coule, comme toujours, de manière  grotesque et absurde. Et en même temps, il y’a tout de même quelque chose de particulier. Des morts qui surgissent sans prévenir. Une musique essentiellement composée par Ennio Morricone, et pour une fois, très peu d’excentricités. Et surtout cette narration prise au piège.

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Le film est long. Trop long, diront certains. Dont je ne fais pas partie. Il faut dire que l’ouverture ne m’a pas plus transcendée que cela. Elle m’a laissée sur ma faim. Comme la fin peut-être. Le film est divisé en plusieurs chapitres, mais semble être partagé en deux parties dans sa narration. L’une bavarde mais qui est à mon sens essentielle. Celle de la diligence, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler La Chevauchée Fantastique de John Ford, lui même plutôt bien inspiré par la nouvelle de Maupassant, Boule de Suif. Mais ce que je trouve particulièrement intéressant dans cette première partie, c’est le naturel même des dialogues. Ces regards gênés, qui voudraient bien essayer de meubler la conversation mais qui n’y parviennent pas. L’ennui qui se dégage de Domergue qui commence à trouver le temps un peu long, enchaînée à son bourreau. Ces longs dialogues du rien paraissent nécessaires car ils viennent brouiller des pistes. On ne sait jamais si on est en droit de les trouver sympathiques ou non.

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Il faudra attendre un moment afin d’entrer pleinement dans l’auberge et découvrir les autres personnages. Ce qui est véritablement intéressant, c’est la diversité des accents, qui ajoute quelque chose de plus authentique, ainsi que la diversité des personnages. Personne n’est jamais totalement bon ni totalement mauvais. Et tout le monde en prend pour son grade, sans aucun jugement. On se retrouve alors avec un Noir Américain, confronté à des Sudistes racistes, ou bien une femme coincée au milieu de sept hommes. Je ne parle jamais du jeu d’acteur, car je n’ai jamais rien à en dire. Mais le personnage de Daisy Domergue est assez fabuleux. Parce qu’elle est à la fois sympathique et diabolique. Parce qu’elle est aussi bien sale. C’est toute une galerie de personnages qui tentent ici de cohabiter pour le pire. Tout se passe dans le second plan. Le spectateur attentif cherche des indices en arrière plan, dans le flou de l’image. Car chaque personnage cache un secret. Chaque personnage ment. On est jamais très sûr de pouvoir déceler la vérité. Jusqu’à ce que tout explose. La question que je me suis posée tout le long du film était la suivante : comment Tarantino allait-il pouvoir faire couler du sang avec si peu de personnages ? J’ai rapidemment eu la réponse à ma question, et pour mon grand plaisir. Il faut attendre longtemps avant les premières balles. Mais c’est une patience vite récompensée.

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Finalement, Les 8 Salopards dépasse largement mes attentes. Car il a su réussir son pari. A savoir, capter l’attention sur presque 3 heures dans un même lieu. Ce n’est peut-être pas un de ses meilleurs films. Mais sincèrement, ça n’a pas d’importance. Car chaque film semble être fait avec toujours ce même plaisir. Et quand on aime ce qu’on fait, il y’a toujours plus de chance que les autres l’aiment à leur tour.

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