Anomalie

La fiction dépasse la réalité. Comme si l’imaginaire est plus vrai et plus sincère que la réalité elle-même. Parce qu’elle est plus authentique que le monde qui nous entoure, et qu’elle dit ce qu’on ne peut pas dire à voix haute. Elle dit, elle parle, elle réfléchit. Elle est le miroir même de ce que nous sommes. Mais c’est un miroir à la fois lumineux et sombre, qui peut nous exposer brutalement à qui nous sommes. Au cinéma, on a tendance à croire que seuls des êtres de chairs peuvent nous parler ou nous émouvoir. Que penser alors d’un film comme Anomalisa   de Charlie Kaufman, où les êtres sont fabriqués, des êtres qu’on manipule, des êtres sans vie. Comment un film d’animation peut-il être aussi vrai ?

Michael Stone, mari, père et auteur respecté d’un livre intitulé ‘ Comme puis-je vous aider à les aider ? », passe une journée dans un hôtel à Cincinnati. Sa vie est mortellement ennuyeuse. Jusqu’à ce qu’il rencontre Lisa, une représentante de pâtisseries.

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Anomalisa fait partit de ces films dont personne n’entend parler. Ces films écrasés et oubliés. Où moins d’une dizaine de personnes se réunissent dans une salle immense. Et c’est parfaitement injuste. Car l’animation n’a rien d’enfantin. Au contraire, amener des enfants ici serait une très mauvaise idée. L’animation est ici incroyablement aboutie. Des marionnettes dont le visage est presque identique à celui de vrais êtres humains. Dans lesquels on voit pourtant l’articialité, comme un masque d’émotion qu’on pourrait arracher ou qui pourrait tomber à tout moment. Une animation hyper-réaliste, tant dans les mouvements, dans les décors que dans les corps. Faire du vrai avec des êtres fabriqués.

Mais le film ne se contente pas de mimer. Ses personnages deviennent véritablement humains. Et c’est peut-être la première fois qu’un film est aussi humain. Chaque geste, chaque parole suggère quelque chose de beaucoup plus profond. Ces longs silences gênants dans un ascenceur. Ces discussions vides de sens qu’on fait par convention. Ces paroles qu’on dit et qui sont mal intérprétées. Ce problème immense de communication entre les gens. En ce sens, la vie de Michael Stone fait penser à celle de Bill Muray dans Lost in Translation. C’est l’ennui du monde. Celle où chaque personne n’est qu’une entité vide de sens. Stone comme de la pierre n’est qu’un être glacé, sans émotion, sans vie.

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Pourtant, ces personnes deviennent un individu si on s’y intéresse. Lisa est vivante. Elle parle, elle chante. Parce qu’elle est différente. Parce qu’elle a des blessures, des défauts. Qui disparaissent lorsqu’on en fait abstraction. Elle est extraordinaire car elle est d’une simplicité désarmante. L’amour devient alors quelque chose d’imparfait. Et c’est pourtant cette lueur qui brille dans les yeux des personnages. Les yeux comme miroir de l’âme. L’amour devient pour la première fois quelque chose de maladroit, de naturel. Aimer quelqu’un ne relève plus de la parole, mais d’un geste sincère. C’est quelque chose qu’il faut protéger des autres, Et de soi même. Et pour cela, le film a quelque chose bouleversant. Parce qu’il nous met face à notre réalité. C’est une anomalie dans ce monde, quelque chose qui ne devrait pas être.

Car le propos du film est à la fois paradoxal. A la fois pessimiste. Car toutes les relations humaines n’aboutissent à rien. Les êtres humains sont condamnés à ne pas savoir communiquer. A ne pas se comprendre. A ne pas écouter, ni voir. Et surtout, à ne pas faire attention. Car l’attention semble être la clé même de toutes relations. Le film a pourtant quelque chose de véritablement beau. Chaque personne est d’abord un individu, un être unique. S’intéresser à l’autre ne doit pas être fait dans un but purement commercial, dans lequel il joue un rôle important. Ce chauffeur de taxi ou cet employé d’hôtel qui cherchent à meubler une conversation, dans lesquels on peut imaginer les non-dits. Ce zoo qui semble avoir autant d’importance pour ce chauffeur de taxi. Cet employé qui essaye de rester le plus longtemps possible avec Stone. Cet homme qui lui prend la main parce qu’il a peur dans l’avion. Chaque geste, chaque parole qui importune révèle pourtant quelque chose d’invisible. Quelque chose sur la singularité de chacun. Lisa est particulière, car Stone lui prête attention. Parce qu’elle parle sans filtre. Parce qu’elle est authentique.

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Je dois avouer être restée un peu perplexe, car j’y avais projeté une image déjà toute faite, à cause notamment d’une bande-annonce qui annonce quelque chose que le film n’est pas. Pourtant le film est une vraie merveille. Tout le monde le dit déjà, mais c’est pourtant si vrai. Le film est incroyablement humain, sur sa forme, comme pour ce qu’il a à dire.  Alors vraiment, ne passez pas à côté.

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