A Big Shot

Vous savez quoi ? Avant le début de la séance, j’avais envie de voir The big short pour deux raisons : 1) parce qu’il y a Ryan Gosling dedans et que ce type est tellement drôle et atypique et 2), parce que ça parlait de finance, un monde que je ne connais pas et ne connaîtrai jamais. Plein de fantasmes en tous genre quoi ! Du coup j’étais curieux. Ensuite j’ai réalisé coup sur coup que Brad Pitt était de la partie, et que c’était Adam McKay, réalisateur de Ant-Man (dont j’ai entendu que du bien mais que je n’ai pas vu) qui s’occupait de la réa du film. Et enfin, le scénario général était tiré soit-disant d’une histoire vraie et en tous cas d’un bouquin écrit par un certain Michael Lewis.

Grosse ellipse dans ma critique : je l’aime. Je l’aime parce qu’il dit des choses intéressantes et parce qu’il suggère des choses énormes et plus qu’importantes. En fait ma vision de ce film est sûrement subjective, dans le sens où il met des mots et des images sur des choses que je me demande et auxquelles je pense parfois. Ce n’est pas la première fois que je ressens un film comme ça, je vous parlerai de Fight Club, de Her ou de Only lovers left alive qui, dans le genre, lui sont similaire. Autant vous prévenir tout de suite, je serai long et n’en voudrai à personne de retourner à ses occupations plutôt que de lire mes déblatérations. Si vous n’avez pas vu le film, je vais rapidement vous résumer son pitch. C’est l’histoire de plusieurs groupes d’individus qui, suite à l’intuition d’un homme, vont spéculer sur l’avenir de l’économie de leur pays. En gros c’est tout, et le film en lui-même, sans trop chercher à aller plus loin (et à se prendre la tête sûrement inutilement comme j’adore le faire sur des films comme celui-ci) fonctionne très bien. Les personnages sont charismatiques, drôles et intrigants à la fois. Le montage est varié, et impose des rythmes très différents selon les scènes et les évènements relatés. Il y a des sous, des femmes et des gros poissons véreux à faire tomber ; tout pour plaire donc !

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Michael Burry est à l’origine de l’histoire relatée

Ensuite on peut essayer de s’attarder sur le message que fait explicitement passer le film : il y a de la fraude partout, ce n’est pas juste mais tout le monde s’en fout dans le sens où personne n’y peut rien. Même à la fin de l’histoire, tout ne va pas mieux. Tout le monde s’est fait peur, mais les gens puissants (dans le sens riche et socialement influents) s’en sont sortis. Avant la crise, après la crise, même rengaine. Et pourtant pendant tout le film, des gens se sont battus pour découvrir les rouages et les vices du système et ont fini par le dénoncer alors qu’il s’effondrait, et pourtant tout est redevenu comme avant. Moralité de la chose ; on a beau dire et dénoncer, la magouille triomphe toujours, les banquiers sont des enfoirés etc, etc… Mais il y a une paire de trucs qui font que tout ça cache des choses. Enfin il ne le cache pas, mais il ne l’explicite pas autant. Déjà, le 4ème mur est souvent brisé. A plusieurs reprises, un personnage s’adresse directement aux spectateurs pour lui dire, basiquement, que c’est plus compliqué que ce qui est montré à l’écran. Du coup j’ai lu des critiques qui disait de ce film qu’il était condescendant, et qu’il prenait le spectateur pour un con. Et c’est vrai ! Mais dans un sens seulement. Il prétend nous présenter des ressorts de la finance et même nous l’expliquer via des cameos qui sortent de nulle part. Mais le fait est que tout ce jargon et vocabulaire ultra-spécifique est vraiment perché. On comprend en gros que certaines abréviations c’est le mal, et que d’autres c’est bien. Que certains trucs sont frauduleux et qu’il faut parier contre eux. Mais j’imagine qu’en vrai tout ça, c’est bien plus compliqué.

Alors pourquoi est-ce que les personnages tentent de nous l’expliquer ? Pour nous endormir. Pas dans le sens où c’est ennuyeux, mais dans celui où on a l’impression de pouvoir suivre ce qu’il se passe. Je ne dis pas que c’est facilement compréhensible, et pour comprendre tout ce qu’il se passe il faut être vachement attentif à toutes ces séances de blabla entre les personnages. Mais c’est possible de suivre dans les grandes lignes ce qu’il se passe grâce à ces explications qui nous sont adressé tout particulièrement. Je ne pense pas que ce soit un hasard si ces choses compliquées nous sont expliquées par des personnalités bien réelles de nos sociétés. En tous cas, c’est une deuxième chose qui découle naturellement du film : on nous fait croire qu’on comprend ce qu’il se passe, alors qu’il n’en est rien. On vous fait croire que ce que font les principaux protagonistes est bien, alors qu’en fait c’est bien plus compliqué que ça. Rien que pour tout ça, ce film vaut le coup.

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De haut en bas et de gauche à droite : Michael Burry (Christian Bale), Jared Vennett (Ryan Gosling), Mark Baum (Steve Carell) et Ben Rickert (Brad Pitt)

Voilà, je pourrais arrêter ma critique ici, mais j’ai envie de vous parler de ce que j’ai mentionné en introduction. Encore une fois, ce film je l’ai beaucoup aimé. Sur sa réalisation bien-sûr (qui mériterait d’être décortiquée comme il se doit d’ailleurs, tellement elle est riche et intéressante), mais surtout sur son fond. Les personnages principaux sont des marginaux. Mark Baum voudrait passer sa vie à dénoncer les horreurs du système dans lequel il travaille, allant ainsi à l’encontre de tout Wall Street. Jared Vennett cherche les gros coups et est constamment en quête de frisson (avec une pensée toute particulière à la scène parfaite des toilettes un peu avant la fin du film), comme si la vie normale des gens avec qui il bosse l’ennuyait. Michael Burry est… un visionnaire un peu dérangé, acharné et bien souvent seul contre tous. C’est ce dernier personnage qui représente à mon sens le mieux l’idée du film. Burry à l’air malade. Allez savoir s’il l’est réellement ou si c’est simplement le résultat d’une jeunesse difficile. Il a un œil de verre, joue de la batterie et écoute du métal en permanence pour stimuler sa réfléxion ainsi que pour se calmer. Il est bizarre. Marginal. Il est un peu en dehors de la société dans laquelle il vit pourtant. Lui parce qu’il est étrangement brillant, et d’autres, comme Charlie Geller et Jamie Shipley, parce qu’ils n’y sont pas acceptés. Et ce sont ces marginaux qui changent les choses. Ou du moins qui essaient ! Le fait qu’ils soient marginaux est essentiel : ils ont du recul et une volonté de changement qui n’est pas présente chez les gens mieux intégrés socialement. C’est une idée qui m’est chère parce qu’elle est importante et sous-estimée. Les gens intégrés sont satisfaits de leur situation et ne veulent pas qu’elle change ; elle leur convient puisqu’ils en font partie. Le journaliste du Wall Street Journal qui apparait dans le film les représente : il ne veut pas faire bouger les choses car il y est confortablement installé. Il y a aussi ceux qui n’ont plus espoir : la femme de Mark Baum typiquement. Elle demande juste une vie tranquille, un mari tranquille et que tout le monde autour d’elle soit heureux. Elle somme son mari d’arrêter de vouloir changer le monde car cela le rend malheureux, et du coup elle l’est aussi. Elle s’estime sûrement heureuse de ce qu’elle est et a, mais elle n’envisage pas de chambouler les choses qui ne tournent pas rond si cela ne la concerne pas. Il est dit à un moment du film que tout ce système est si familier à tout le monde que tout le monde s’en accommode. C’est normal de refiler des prêts en sachant pertinemment qu’il ne sera pas remboursé puisque de toute façon il y aura toujours une banque pour en tirer profit. Les gens qui s’en sortent font avec. Les autres regardent et voient. Après tout il est facile d’oublier une vérité qui ne nous arrange pas. Comme dit dans le film, elle est la poésie. Et pourtant la plupart des gens n’y font pas attention. En fait la citation qui ouvre le film le résume entièrement ; ce n’est pas ce qu’on ne sait pas qui nous pose problème. C’est de réaliser que ce qu’on estimait acquis est faux. Du coup, les gens pour lesquels rien n’est acquis vont chercher ce que personne ne sait. Quitte à chambouler les choses.

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Ben Rickert est … compliqué (mais passionnant)

Tout ce que j’ai dit jusqu’à maintenant est bien sûr simpliste, et mériterait des pages et des pages de développement. Encore une fois, c’est plus compliqué. Je n’ai pas parlé du tout du personnage que joue Brad Pitt, qui se trouve être plus une allégorie de je ne sais quoi plutôt qu’un vrai personnage, et qui est juste fascinant : il mériterait lui aussi plus d’attention. Mais j’aime beaucoup cette idée que des personnes marginales peuvent avoir une vision différente des choses ou de la société. J’aime l’idée qu’on est endormis dans un confort qu’on nous fournit. Il est plus facile de voir les vrais enjeux et mécanismes si le gros de la troupe ne veut pas de nous. Si on est différents, un peu incorrects. Je vais finir par mentionner la critique que j’avais écrite de Fight Club parce qu’elle rejoint et complète la vision de la vie qu’apporte The big short. Si je voulais expliciter, je dirais que ce que veut dire Fight Club est un préquelle à ce qu’insinue The big short. Pour ce qui est de Her, de Spike Jonze, il véhicule une autre idée que j’aime beaucoup aussi et qui complète celle des deux précédents. Only lovers left alive, de Jim Jarmusch, est le boss final de toute ma vie. Si jamais de valeureux et curieux lecteurs sont arrivés jusqu’ici, laissez-moi savoir si vous aimeriez que je développe ces deux derniers chef d’œuvres ! En tous cas j’espère avoir été un peu clair et pas trop long. Je sais que c’est un échec et je m’en excuse ; mais ce que je pense que signifie The big short est juste trop important pour ne pas être partagé.

Yours, Tophore

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