O Captain, my Captain

Un film, ça se vit. On le regarde, on l’observe, on le sent, on l’entend, on le voit. Mais il vit, au-delà de cet écran, de ces images inatteignables. Il vit à l’intérieur de nous, et nous apprend. Mieux encore, un film n’est pas une oeuvre égoïste, il se partage. Nous partage, car nous divise, mais nous rassemble. Nous rassemble, car il nous réunit autour de mêmes images, de mêmes mots, de mêmes sons, de mêmes émotions. Il y’a des films auxquels on accorde une certaine valeur. Ce n’est pas n’importe quel film. Pour moi, c’est Le Cercle des Poètes Disparus de Peter Weir. C’est un héritage. Je l’ai trouvé un jour, au fond d’un tiroir chez ma mamie, il y’a longtemps maintenant. Jamais il ne m’a quitté. Ce film a une vraie valeur, parce qu’il nous inscrit dans une sorte de cercle mental, qui exclut, mais qui rapproche. Et c’est ce film qui a crée ce lien bizarre mais incassable entre les membres d’une sorte de secte littéraire, où il y’a maintenant deux ans, on entrait, peureux et craintifs de commencer une nouvelle vie. Ce film, c’est un lieu dans lequel chacun se retrouve et où chacun raconte ses propres émotions, le pourquoi de cet amour immense envers la littérature. Ce film, c’est un poème dans lequel chacun répète les mêmes mots, inlassablement. Et puis pour moi, il y’a aussi dans ce film ce que j’aime autant que le cinéma, la littérature, et la poésie, surtout anglaise.

De quoi ça parle ? Todd Anderson, un garçon plutôt timide, est envoyé dans la prestigieuse académie de Welton, réputée pour être l’une des plus fermées et austères des États-Unis, là où son frère avait connu de brillantes études.C’est dans cette université qu’il va faire la rencontre d’un professeur de lettres anglaises plutôt étrange, Mr Keating, qui les encourage à toujours refuser l’ordre établi. Les cours de Mr Keating vont bouleverser la vie de l’étudiant réservé et de ses amis…

Tradition. Honor. Discipline. Excellence

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Obéissance. Tradition. Conformisme. Welton, sorte de microcosme de l’Amérique des années 50, dominée par un modèle patriarcal fort. Ordre. Règle. Discipline. Aucun écart n’est accepté. L’école est faite par des vieux professeurs, qui cherche à inculquer leurs valeurs. Des valeurs, qui bride la pensée, qui encadre les étudiants, qui les pousse à apprendre la vie dans des essais poussiéreux. Car ce qui compte, c’est l’excellence. Le travail avant toute chose. Des professeurs qui prennent le rôle d’un père, qui domine, qui trace l’avenir de son fils. Car cette tradition exige que tout soit tracé, écrit, que l’avenir devienne une fatalité auquel ces étudiants ne peuvent échapper. Des parents, comme des professeurs qui se fichent des volontés, des passions de leurs enfants. Ils ne sont pas maître d’eux-même.

Carpe Diem 

Seize the day Jusqu’à ce qu’arrive Mr Keating. John Keating. John Keats. Résonance lointaine au poète romantique anglais. Professeur de littérature anglais, il ne va pas simplement leur enseigner la poésie, c’est avant tout l’enseignement de la vie. Montrer à ces étudiants opprimés qu’ils existent, qu’ils sont, qu’ils peuvent oser, dire, se lever. Seize the day Il est le seul à percevoir la puissance de la poésie, des mots qui résonnent, de l’imagination, du monde qui en résulte, et surtout de sa beauté. La poésie, c’est le monde. La poésie, c’est la vie. Donc la poésie, ne s’enseigne pas dans des livres, elle se vit. C’est à travers ces mots que tous ces étudiants vont devenir libres, devenir des free-thinkers et adopter un nouveau point de vue. Briser les chaînes de l’oppression pour attraper l’instant présent, le saisir, le vivre. Vivre à travers les mots de Whitman, de Thoreau, de Shakespeare. C’est sur scène que Neil devient libre, devient lui-même, à travers l’imaginaire et les mots de Shakespeare, dans Le Songe d’Une Nuit d’Eté.  L’imaginaire de cette littérature, c’est ce qui va faire d’eux des humains, ce qui va les rendre à eux-même. Seize the day 

« I went to the woods because I wanted to live deliberately. I wanted to live deep and suck out all the marrow of life. To put to rout all that was not life; and not, when I had come to die, discover that I had not lived. »

C’est avec ces mots que s’ouvrent chacun des séances du Cercle des Poètes Disparus. Thoreau, philosophe trascendantaliste. La vérité ne vient pas de Dieu, mais se trouve au fond de chacun. Le refus d’une instance supérieure. Mais aussi la volonté de retourner à une vie authentique, proche de la nature, dans les bois. C’est dans cette grotte que vont résonner les poèmes de tous ces étudiants. Dans ce lieu qu’ils vont vivre, vont être libres, vont s’amuser. On y joue du saxophone, musique libre, on y invite des filles, on prend le nom de guerrier indien, parce qu’on se sent fort, puissant, libre. On saisit la vie, le kaïros, l’instant présent. Parce que Keating leur rappelle une chose essentielle : ils vont mourir. Cette chose essentielle, personne ne leur avait enseigné auparavant. Dans cette vie, ils vont apprendre à vivre, à oser. Oser séduire une fille. Oser défier l’autorité. Se lever même face à elle.  Parce qu’ils sont jeunes. Parce qu’eux aussi sont des poètes. Ils vont apprendre à faire ressortir le poète tapit quelque part en eux. Parce qu’ils ont une vérité enfouie quelque part en eux, et que tout le monde a toujours ignoré. Ils vont apprendre à voir, à fermer les yeux, entendre, toucher, dire, sentir. Se laisser entraîner par la vague rock’n’roll, qui respire la vie.

C’est d’une simplicité déconcertante. Et d’une bouleversante simplicité. Un film qui met en avant des valeurs simples, avec des personnages simples qui veulent juste se battre pour vivre, pour s’amuser un peu, pour être ensemble. Une guerre contre une tradition oppressante et une tradition nouvelle. Car la poésie est une forme de tradition, mais une tradition plus libre, plus humaine. Parce qu’il est bon de voir que la littérature, ça n’a absolument rien d’ennuyeux, et qu’au contraire ça vit. C’est l’incarnation même de la beauté, de la vie, de l’humanité. Parce qu’il y’a une forme d’amour dans l’enseignement de cette littérature. Et ce dernier plan reste lui gravé quelque part en nous à tout jamais.

O Capitaine, mon capitaine. L’ocassion de te dire un dernier adieu. Parce que tu es un poète et qu’à travers tes mots, tu es immortel.

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