Mourir on va y passer

A force de vous parler de Tim Burton et de gothique, je suis revenue aux fondamentaux. Parce que oui, je vous ai dit et redit, et reredit que Tim Burton est le cinéaste gothique par excellence. Mais ce que je ne vous ai pas dit, c’est qu’il y’a avant tout 3 films qui le sont du début à la fin. Le reste l’est évidemment, mais est plus agrémenté de touches gothiques un peu partout, et sont plus burlesques. C’est flou ce que je raconte, mais j’aurais l’occasion un jour de tout développer en bien mieux. C’est donc avec un plaisir certain, que je n’arrive pas à cacher, que j’ai revu les Noces Funèbres. Et je suis toute excitée de pouvoir en parler ici.

L’histoire tient sur une ligne : Au XIXe siècle, dans un petit village d’Europe de l’est, Victor, un jeune homme, découvre le monde de l’au-delà après avoir épousé, sans le vouloir, le cadavre d’une mystérieuse mariée. Pendant son voyage, sa promise, Victoria l’attend désespérément dans le monde des vivants. Bien que la vie au Royaume des Morts s’avère beaucoup plus colorée et joyeuse que sa véritable existence, Victor apprend que rien au monde, pas même la mort, ne pourra briser son amour pour sa femme.

Le film est court, l’histoire l’est tout autant. C’est avant tout un conte, d’ailleurs inspiré de nombreuses légendes, donc la trame narrative est forcément simpliste. On suit toujours le schéma traditionnel de : situation initiale/ élément perturbateur / péripéties / élément de résolution. C’est pénible la théorie, mais c’est utile. Simplement pour dire, qu’on ne cherche pas en regardant ce film une histoire complexe.

Je l’ai peut-être déjà dit quelque part, mais j’adore le stop-motion. L’animation image par image avec des marionnettes, que j’entends souvent traduit par  » ah les films en pâte à modeler « . C’est presque ça en fait. Ce type d’animation a un charme fou, et renforce ici le côté fantastique du film. Il y’a quelque chose de vraiment authentique, c’est toujours très beau. Ca a toujours plus de charme de voir que tous ces décors, ces personnages, ces émotions ont été crées pour de vrai, au lieu d’avoir été modélisé par écran.  Pour beaucoup, animation rime avec enfant. Preuve ici qu’en fait, ça ne rime absolument pas. C’est peut-être pas l’idée du siècle d’aller montrer ça à des petits enfants, même si les cadavres sont bien gentils. Imaginez un monde parallèle dans lequel les enfants oublient d’être  » Libérée délivrée  » et se chantent à tous les coins de rues que  » mourir on va y passer « . C’est un peu glauque quand même, et de toutes façons, ça ne serait pas possible dans n’importe quelle dimension.

Ce qu’il y’a de très étrange dans les films de Burton, c’est qu’il y’a toujours un rapport inversé par rapport à la mort. En effet, le monde des vivants est ici froid, noir, sombre. Les vivants ressemblent en fait plus à des morts, tellement ils sont pâles. C’est toujours un monde plat, pénible et particulièrement ennuyeux dans lequel on ne vit en fait que pour l’argent. Les couleurs sont ternes. C’est surtout le monde des vivants qui semblent complètement mort. Et le monde des morts est lui coloré, joyeux. On y fait la fête avec le squelette de Ray Charles dans des couleurs vertes et violettes. On s’ennuie moins quand on est mort, parce que de toutes façons, toutes les conventions qui rendaient la vie pénible ont disparues. Rendre la mort plus joyeuse, c’est quand même un objectif assez rigolo.

Car comme toujours, les monstres ne sont pas forcément ceux qu’on croit. Les morts sont bien plus vivants : les vivants sont aussi pâles que des morts. C’est vraiment quelque chose d’essentiel chez Tim Burton. C’est presque une défense des opprimés, de ceux qu’on fuit parce qu’ils ont une apparence par franchement facile. Le stop-motion permet ce créer de drôles de personnages, difformes avec des yeux toujours plus immenses. C’est parvenir à donner vie à l’inanimé, au sens propre comme au sens figuré. D’ailleurs, on retrouve toujours le même type de personnage dans ses films d’animation. Parce que oui, les Noces Funèbres annonce un film qui sortira 10 ans plus tard. Ça n’est sûrement pas une coïncidence d’avoir un chien nommé Scraps duquel on peut faire un anagramme, avec un personnage qui s’appelle Victor. Oui, je suis obsédée.

Et ce film, il est purement gothique. Ca se traduit déjà par une ambiance. Un cimetière, une forêt sombre, des teintes noires et bleutées, la pleine lune, des corbeaux. C’est typiquement le genre d’endroit propice à des histoires gothiques. C’est surtout une ambiance sinistre, dans lequel se promène déjà la mort. Et ce décor est parsemé de boucles, de courbes, d’éléments qu’on retrouve à coup sûr dans chacun des films de Burton. C’est un décor très stylisé, très personnel. C’est aussi la présence du surnaturel, du fantastique. Se marier avec un cadavre, ça n’arrive tout de même pas tous les jours. Bien avant d’être à la mode, les zombies, c’était d’abord gothique. Donc ça remonte à il y’a 3 siècles. Ici, ça prend une tournure assez inattendue, une romance un peu étrange entre une créature trop maladroite et un cadavre un peu naïve, mais adorable.

Il y’a une scène qui me fait regarder le film à elle seule. Celle de la course poursuite. C’est l’exemple même de ce qui est absolument gothique dans ce film. Le vent qui se lève, la nuit, le froid et soudain la mort qui se réveille de la terre. C’est une sorte de cauchemar réel dont Victor ne peut échapper. C’est vraiment une de mes scènes préférées. Parce que je la trouve déjà esthétiquement sublime. Et parce qu’elle en donne des frissons. Elle a un charme fou cette scène. Elle prouve à elle seule la nécessité de voir le film.

C’est d’un humour noir particulièrement prononcé. C’est souvent très drôle de voir ce retournement de situation assez impressionnant, que la mort devient quelque chose de génial et de festif.  Un vrai conte gothique, poétique à ne franchement pas louper, au moins pour son esthétique et pour son ambiance à la fois sinistre et romantique.

 

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