Mon cinéma

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Un an. Il s’en passe des choses en un an. Je pourrai faire un article où je passerai mon temps à vous remercier, vous derrière votre écran, de nulle part et de partout à la fois. Mais je n’y manquerai pas, c’est certain. J’avais une autre idée en tête. Celle de répondre à une question presque existentielle. Pourquoi le cinéma ? Et pourquoi pas la littérature, pas la musique, pas la peinture, pas la physique quantique ? Ça ne va pas dire que je ne m’intéresse à rien de tout ça, au contraire. Mais le cinéma, c’est encore autre chose. Ca me parle, ça me dit des choses. C’est très curieux de voir, et de dire, que c’est en fait une partie de ma vie. C’est cliché comme pas permis, mais c’est pourtant vrai. Je vais me lancer dans l’écriture de quelque chose de très personnel ( égocentrique ? ), d’abord parce que j’en ai envie. Comme tout ce que vous pouvez lire ici, c’est parce que j’en ai envie, et rien d’autre.  » Dis moi ce que tu regardes et tu sauras qui tu es « . C’est rigolo, mais c’est vrai. En tous cas, pour moi.  » Se rassembler pour se ressembler  » dira Gusdorf. Si j’avais su que j’écrirais ça ici après une année à souffrir dessus, je l’aurais pas cru. Qui sait ?

Partie 1 : Ton Meilleur Ami

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Comme la plupart des gosses, j’ai grandit avec des Disney. Oui, c’est pas un bouleversement, ni une révélation capitale que je vous fais là. Je n’ai que de très vagues souvenirs de ce que je regardais. Mais il y’avait trois films que je connaissais ( et je connais ) par coeur. Il ne me semble pas que j’ai un jour aimé une princesse. En tous cas, je n’ai absolument aucun souvenir. Je préférais les guerrières chinoises. Il y’avait d’abord Mulan. C’est mieux les dragons et les filles qui vont se battre contre les Huns. C’est moins pénible que d’attendre le prince charmant et d’être dans le coma. J’avais même une boîte à musique que j’aimais plus que tout, mais dont je trouve plus la musique. Ah, et j’avais harcelé ma mère pour qu’elle me déguise en Mulan. Autant faire le truc jusqu’au bout. Vous l’aurez peut-être compris, j’aimais pas trop, ou alors je ne m’en souviens pas, les Disney avec des femelles qui attendent qu’on vienne les délivrer de la plus haute tour du plus haut donjon. Ce qui m’amène à mon autre film que j’ai du user tellement je l’ai vu : Le Roi Lion C’est mieux les lions qui se battent pour sauver le royaume. Inutile de vous dire que je le connais absolument par cœur. Mais ces deux films, c’était rien face au boss final : Toy Story. Déjà, on est né en même temps, la même année. Et naître l’année de la révolution de l’animation, c’est pas rien quand même. Bon d’accord, j’étais obsédée par ce film, au point de faire croire à ma mère que mes jouets bougeaient quand j’étais pas là. C’est flippant, je le reconnais. Mais ce film, j’ai vécu avec lui. D’abord il y’avait le premier, ensuite plus tard le deuxième. Avec les mêmes personnages, évidemment. Et ce qui était particulier, c’est qu’on a grandit ensemble. Littéralement. J’avais un petit Buzz l’éclair qu’on m’a volé à l’école. Le drame de ma vie. Je sais pas pourquoi je m’en souviens autant. Tout ce que je sais, c’est qu’il a fallu que je raconte ça à l’individu bizarre (que j’annonce mais qui n’était pas là ) pour que je me retrouve avec un gros Buzz l’éclair qui trône quelque part dans ma chambre. Le meilleur cadeau de ma vie de l’univers de la galaxie toute entière réunis ensemble. Mais revenons à l’époque passée. J’ai grandit avec tous ces jouets fictifs. Quand Toy Story 3 est sortit, j’avais 15 ans. Pas vraiment l’âge d’aller à l’université, mais j’entrais quand même dans quelque chose de nouveau. Et j’avais grandit comme Andy, je jouais plus avec tous mes jouets, c’était la fin de quelque chose. Je pense que c’est peut-être la tragédie de ma vie que ça se soit fini. Parce que c’était comme quitter des vieux amis, imaginaires d’accord, mais qu’on connaissait presque pour de vrai. Et le plus curieux, c’est que la plupart des gens de ma génération se reconnaîtront là-dedans. 

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Tout ça pour vous dire quoi ? Tout ça pour vous dire que ma première expérience de cinéma, c’était l’animation. Et que tout ce que j’ai pu voir, je ne l’ai jamais oublié. C’est ce qui me raccroche à avant. A chaque fois que je revois un de ces films, ça me ramène à ces vieux souvenirs. Que ma première expérience de cinéma, elle ne m’a jamais quitté. Et elle ne me quittera sûrement jamais.

Partie 2 : Mon entrée à Poudlard

Les premiers vrais films que j’ai vu, je les ai vu avec ma mère. Je vais me trouver face à un gros problème chronologie, mais en fait on s’en fiche pas mal. Je me souviens très vaguement être allée voir E.T au cinéma. Mais ce que je ne comprends pas, ce que je ne me souviens que de la salle et non pas du film. Ou trop vaguement du film. C’est peut-être le vrai premier film que j’ai vu. J’en ai absolument aucune idée, mais dans ma tête, c’est celui-ci. Par contre, je me souviens d’être allée voir un petit film un jour, à sa sortie. Un petit film, que personne ne connaissait. Harry Potter, je crois que ça devait s’appeler. Pas très connu, c’est sûr. J’étais traumatisée par la fin. A partir de là, je suis entrée dans un cercle obsessionnel. J’ai commencé à tous les lire. Il y’a un truc qui me rend presque triste quand je pense aux nouvelles générations, c’est qu’elles ne connaîtront jamais l’excitation d’un nouveau livre ou film. Parce que je ne vais pas vous le cacher, Harry Potter, ça me rendait ( me rend ) hystérique. Au point de me déguiser encore en Harry Potter. C’est une tradition chez moi, quand j’aime quelque chose, je me déguise en cette chose. J’aimais tellement lire le livre et attendre sa sortie sur l’écran. Parce que le film, c’était autre chose. Ça rendait Poudlard réel. Tout semblait beaucoup plus vrai, encore plus vrai que ce que j’imaginais. J’aimais tellement voir ce qui allait être dans le film ou non. Parce que le fait d’avoir lu les livres, ça me donnait l’impression d’avoir un secret que personne ne connaissait, sur des choses que seuls ceux qui avaient lu les livres pouvaient partagés. Je les ai lu, et relus, autant de fois que j’ai vu et revu les films. C’est vraiment quelque chose qui ne m’a pas quitté. J’avais exactement le même âge qu’Harry quand je les ai commencé : 11 ans. Et si je me trompe pas, le même âge quand tout était terminé. C’est le même schéma qui se répète. Ca a été une période de ma vie. Alors c’était difficile de tout arrêter. Et encore une fois, ça a été une affaire de génération. C’est bizarre ce que je vais dire, mais personne ne pourra aimer Harry Potter comme nous l’avons fait. Il n’y a plus cette excitation. C’est fini tout ça. Je suis contente de l’avoir vécu.

C’était l’époque où je me suis plongée dans tous les romans fantasy, qui étaient inévitablement adaptés au cinéma. Ça a été le Monde de Narnia et un autre film, dont le nom m’échappe complètement au moment où j’écris, avec un ours blanc, une boussole et  des daemons. J’attendais le film, je ne me posais pas la question de savoir si j’étais déçue ou non. C’était la transposition d’un univers que j’avais imaginé sur un écran. Je crois que c’est à partir de là aussi que j’ai commencé à regarder pleins de films d’aventure, comme Jurassik Park. Parce que j’adorais les dinosaures et que je connaissais tout sur eux. Et un autre, que je n’avais pas vraiment aimé. Peut-être parce que je n’avais rien compris : Retour vers le futur. J’étais bien bête. J’ai du attendre quelques années pour le revoir. Tout ce que je sais, c’est que je suis née pour avoir un hoverboard. Je suis juste archi-fan de ce film, à la limite de l’hystérie. C’est à ce moment là que j’ai découvert que le cinéma, c’était des autres univers magiques. Ca m’a suffit pour l’aimer.

Partie 3 : Monstres et cadavres en tous genres

Le collège. Drôle de période dans laquelle on est coincé entre être un enfant et vouloir devenir grand comme tous les autres. J’ai commencé à vouloir faire ma grande et sortir avec des copines. La sortie de prédilection, c’était d’aller au cinéma. C’est un peu bizarre comme concept, d’aller s’enfermer dans une salle noire avec des gens sans pouvoir vraiment leur parler. C’est un peu paradoxal. Mais pourquoi est-ce qu’on aime tant aller au cinéma avec des amis ? Parce que c’était l’occasion d’aller rire un bon coup devant des films un peu bêtes. Et d’en parler après. Et d’aller manger un gros macdo, c’est aussi une tradition. J’en ai vu un paquet des comédies un peu niaise que j’ai vu avec des amis parce que c’était drôle. Du coup, je ne m’en souvenais plus tellement des films que j’allais voir. Ils étaient un peu sans grand intérêt en fait. Mais c’était toujours marrant d’aller au cinéma, c’était un moyen de se retrouver et de manger des tas de trucs pas très diététique. Mais le collège, c’était aussi une autre période où je savais pas trop ce que j’étais. L’époque où j’étais une espèce de gothique, pas extrême, mais j’aimais bien m’habiller en noir avec des vêtements un peu louche. Et puis j’ai entendu parler d’un film un peu étrange, qui me traumatisait quand j’étais petite mais qui a commencé à m’obséder. L’un des premiers DVD qui a commencé ma nouvelle collection, c’était l’Etrange Noël de Monsieur Jack,  inspiré d’un poème de Burton mais qui est de Henry Sellick. Tout de même. C’était le début de quelque chose de nouveau. Un univers un peu noir et bizarre, peuplé de monstres et de morts divers et variés. J’ai découvert un nom que je ne connaissais pas : Tim Burton. C’était le début de mon histoire d’amour avec lui. Une vraie de vrai. Il a fallu que j’emprunte complètement au hasard Edward aux Mains d’Argent. Ce fut la révélation. J’ai jamais quitté ce film.  J’ai pris conscience qu’un film pouvait me ressembler. Les films de Burton, c’est devenu un vrai refuge. Un endroit où j’avais l’impression qu’on me comprenait. Où je retrouvais tout ce que j’aimais, des cadavres de mariées et des morts qui dansent et font la fête. Un cinéma dans lequel on célèbre les monstres bizarres, mal-aimés, qu’on finit par aimer. C’était une période assez étrange de ma vie et ces films sont devenus une sorte d’endroit secret, que personne ne devait connaître. C’était un autre monde dans lequel je venais me perdre. J’avais l’impression d’avoir trouvé une sorte d’alter-égo, d’un condensé de tout ce que je cherchais et que je ne pouvais trouver dans la vie réelle. C’est le turning point de ma vie. C’est là que j’ai découvert quelque chose qui m’obsède plus que tout aujourd’hui : le gothique. J’aime pas le réalisme et le naturalisme, que ça soit sur écran ou en littérature. Ça m’ennuie profondément. J’ai besoin de découvrir des territoires inexplorés. Je sais en tous cas que c’est grâce à Burton que je meurs d’envie de faire une thèse sur le gothique. C’est quand même lui qui m’a fait découvrir Poe. Ca m’a donné confiance en moi. J’avais trouvé des gens avec qui parler cinéma. C’était comme partager des secrets, j’avais l’impression de savoir quelque chose. Du coup, ça m’a donné envie d’en voir plus, de m’intéresser à ce que je ne connaissais pas. Je passais des heures et des heures à chercher des films à la média-thèque, au hasard. C’était le début de quelque chose de tout nouveau, et de meilleur.

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Partie 4 : The Wall 

Arrivée en seconde, c’était la fin de ma période pseudo-gothique. Je passais mon temps à fouiller les bacs de la média-thèque dans l’espoir de trouver des films inconnus. C’est l’année où je suis entrée dans un espèce de cercle infernal, où j’ai regardé plus de films en une année que pendant toute ma vie. Je traînais des heures et des heures dans les bas-fonds d’Allociné, à la quête de l’inconnu. J’ai découvert le found-footage. Le dogma 95. Je savais sans même avoir vu encore. Je suis tombée sur Tarantino, dans un détour. J’ai adoré, tout de suite, sans même comprendre pourquoi. Quand j’étais petite, je m’étais dit que jamais je ne regarderais Kill Bill, c’était trop violent. Du coup, je les ai tous enchaînés. Je trouvais ça bizarre comme cinéma, un film où le nom du personnage est bipé, où un film inspiré du kung-fu était transformé en une sorte de western sous acide. Ça me fascinait qu’on puisse toucher aux codes comme ça, qu’on puisse faire ce qu’on voulait. Qu’un film, c’était pas juste une histoire formatée, avec toujours la même chose, les mêmes méchants, les mêmes gentils. C’est en regardant des Tarantino que j’ai été surprise qu’on puisse faire ça dans un film. Qu’on puisse sans prévenir découper des gens au katana. Jussqu’à maintenant, ça me paraissait impossible ce grand n’importe quoi. Parce que je me disais  » mais comment ont réagis les gens ?  »  » c’est normal qu’on puisse regarder ce genre de choses ?  » C’est ultra naïf, mais ultra vrai. Je passe sur tous les autres films que j’ai vu, car j’en ai vu tellement. Mais je me souviens vraiment de m’être posée ce genre de question un peu stupide.

La seconde, c’était aussi ma période de rebelle contre la société de consommation. Parce que c’est le mal. J’ai commencé à regarder beaucoup de films, qui dénonçaient. J’ai pas le souvenir d’avoir été traumatisée par Requiem for a Dream d’Aronofsky. Mais aujourd’hui, c’est fort probable que je le sois. C’était l’époque où je pouvais regarder des films, en étant moralement indignée, certes, mais sans jamais baisser les yeux. J’ai pris au hasard un film qui m’avait attirée. The Wall de Alan Parker. Impossible de l’oublier ce film. Mélange d’animation et de séquences filmées sur fond de la musique envoûtante des Pink Floyds. J’ai harcelé tout le monde avec ce film. Je sais pas si j’ai vraiment tout compris. Mais il y’a des images que je n’oublierais jamais. Ça envoyait sur tout, l’éducation autoritaire des années 50, l’éducation familiale, l’amour, la guerre, la société, l’individu, l’État. Ça a changé beaucoup de choses dans ma manière de voir. Surtout par rapport à cette idée de mur, de l’individu coincé parmi tous les autres au milieu d’un mur. J’aimerais énormément le revoir, je suis très curieuse de voir comment je le recevrais aujourd’hui. Je sais pas pourquoi je me suis mise à voir des films aussi forts. Midnight Express, American History X, American Beauty. Tous ces films semblaient montrer les travers de la société. Ça me plaisait. C’était presque toujours des films avec des victimes de la société. J’adore Vol Au dessus d’un nid de coucou de Milos Forman, ça introduit ma deuxième passion : la folie. Il y’a un autre film qui a commencé à m’obséder pour de bon. Orange Mécanique de Kubrick. Je sais pas trop ce que j’avais avec ce film, une sorte d’immense fascination. J’ai commencé à lire le livre de Burgess. C’était étrange, cet autre langage, l’ultra-violence. Et encore une fois, une victime de la société. Alex, plongé dans la violence car mis sous la pression d’un État trop puissant, qui contrôle les masses. Ce qui m’a le plus choqué, c’était pas la violence crue du film, c’était ce qu’il disait. Encore une fois, je ne suis pas sûre que je serais aussi insensible aujourd’hui.

Il y’a un dernier film qui a finit de marquer ma façon de voir les choses. Qui m’a ouverte à une nouvelle forme de vie. A quelque chose que je désirais depuis longtemps et que je ne parvenais pas à trouver. Into The Wild de Sean Penn. Si, ce film que tout le monde cite à tout va sur Facebook, pour donner l’impression d’être une sorte de hippie. Peut-être que j’en fais partie, à vrai dire, c’est trop facile de voir les autres, de l’extérieur. Il reste que ce film a changé beaucoup de choses pour moi. Parce que le voyage. C’est très bizarre de voir qu’un film peut vous donner envie de voyager. Que la fiction vous ouvre vers la vie réelle. C’est insensé. Ça a été le début d’une nouvelle passion, une vraie qui va se concrétiser quelques années après : le voyage. J’en ai eu soudainement marre de partir en vacances au milieu des touristes. Je me suis rendue compte que je regardais trop peu dehors. Ça m’exaspérait de voir que tout le monde s’en fichait de la nature, de dehors, de la vie la vraie, des gens. Que personne ne se parlait, que tout le monde s’ingnorait. C’était l’aboutissement de ma haine de la société. C’est naïf, mais j’avais 15 ans, faut me pardonner. J’avais plus qu’une seule envie : partir. Loin, sans rien. Quitte à manger de l’herbe, c »était pas grave. C’est devenu mon obsession première. Et ça l’est toujours. J’ai mis un peu de temps à me rendre compte que quelque chose clochait tout de même dans la vie idéale de McCandless : il était trop jeune pour mourir. Et surtout, il était tout seul. Du coup, j’ai un peu abandonné mon projet de partir toute seule m’isoler dans le nul part. Mais mon transcendentalisme ne m’a jamais quitté ( j’aime bien ce courant de pensée, j’aime bien en parler ), il est devenu différent. Alors quoi ? Alors des films m’avaient montrer une autre réalité. J’étais plus dans un autre monde, j’étais dans un monde réel violent. Mais dans un monde réel qui n’attendait que à être exploré. J’ai un goût prononcé pour les films de voyage. Faites moi des suggestions, je n’attends que ça. J’avais fait une liste juste avant de partir, elle est là d’ailleurs.

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Partie 5 : Devenir scout

Entre temps, j’ai récupéré un individu bizarre, qui est toujours là d’ailleurs. Si au début, je faisais ma timide, et le laissas choisir des films, j’ai rapidement arrêté. Parce que désolée, mais on est tous d’accord pour dire que Moebius, même si y’avait Dujardin, c’était franchement long. Bon, tu t’es bien rattrapé depuis. Le cinéma, c’est une secte. On essaye de convertir tous ses proches dans l’espoir qu’on puisse partager des secrets bizarres. J’ai réussi à en convertir un, c’est ma fierté dans la vie. Comme le voyage, aller au cinéma, c’est mieux avec quelqu’un. Ça donne un prétexte pour se battre à la sortie et râler parce qu’on est pas d’accord. Et pour se cacher quand on a peur. Je suis passée experte en la matière. Parce que Réalité était vraiment génial. J’ai raison de toutes façons. Mais je reviendrai là-dessus. On a toujours passé notre temps au cinéma, voir des films un peu aléatoires, souvent mauvais. Mais c’était plutôt drôle.

Je sais pas trop pourquoi, j’ai commencé à pleurer devant des films. Avant, j’étais insensible. Peut-être que je ne voyais que la forme, je ne sais pas trop. Mais j’ai commencé à regarder des films avec les sentiments. C’était pas juste une affaire de regard. Je les ressentais de l’intérieur. Je ne suis plus vraiment capable de garder une distance avec un film. J’entre forcément à l’intérieur. Après le millième visionnage d’Edward aux mains d’argent, j’ai commencé à pleurer. Sans aucune raison apparente. Je ne sais plus regarder un film sans pleurer, ni avoir peur, ni être en stress intense, ni être contente. Impossible. J’ai besoin au minimum d’un sceau avec moi pour regarder certains films. Du coup, il y’a certains films que je suis incapable de revoir. La première fois que j’ai vu Melancholia, j’avais encore cette distance. La deuxième fois, je l’avais perdue. Même si le film est absolument sublime, il est en même temps tellement puissant qu’il arrive à me plonger dans un état proche de celui des personnages. Il a été le début d’un bref moment d’angoisse. J’aimerais le revoir, mais je ne m’en sens pas capable. J’adore Lars Von Trier, mais je sais pertinemment que je ne peux pas regarder un seul de ses films sans me sentir aussi mal que lui. C’est comme ça.

Mais parallèlement à tout ça, j’ai découvert mon nouvel alter ego : Wes Anderson. Je ne sais pas ce qui m’a pris d’acheter un beau jour Moonrise Kingdom. Mais l’affiche, le titre, j’aimais déjà bien. C’est d’une stupidité intergalactique ce que je vais dire, mais j’ai l’impression que ce film a été fait spécialement pour moi. Il y’a juste tout ce que j’aime. Absolument tout. Ce film, même si vous l’avez vu, je le considère égoïstement comme le miens. C’est tellement coloré, dépressif, joyeux, bizarre, que c’est le miens. J’ai découvert une nouvelle façon de filmer, qui va rapidement m’attirer. Je me suis rendue compte que je préférais l’esthétique à l’histoire. Et ce film, c’est devenu mon deuxième préféré. J’ai des millions de films que j’adore regarder, mais celui-ci, il est spécial. Spécial, parce que je me retrouve dedans. Je sais, j’arrive à créer des liens avec des films, c’est plutôt effrayant. J’ai jamais su comment on faisait pour aimer quelque chose normalement. C’est toujours dans l’excès. Faut que ça soit obsessionnel. Quand j’aime un film, je l’aime jusqu’au bout, quitte à embêter le monde entier pour qu’il sache. En fait, je passe pour une fan hystérique d’Anderson, mais je n’ai vu que deux films. Et rien à faire, c’est celui là que je préfère plus que tout. Il me suffit presque, même si je sais très bien que j’aimerais les autres.

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Bon évidemment, j’ai commencé à squatter de manière intensive les salles de cinéma, toujours avec l’étrange individu. Je sais pas trop ce qui nous a pris, mais un beau jour, on est allé voir Only God Forgives. Deux jours avant le Bac, pendant que tout le monde pleurait sur son sort. Je m’en souviens, parce qu’on devait être 5 dans la salle. J’ai vite compris pourquoi. Ça m’a fasciné. Et tiens, je me suis fait un nouvel ami, un danois, un Refn. Parce que c’était exactement ce que j’avais toujours recherché sans même vraiment le savoir. C’était pas un film normal, c’était une expérience. Doucereuse un peu. Mais une expérience. C’est ça que j’aime vraiment. Ça aura marqué vraiment le début de deux choses. De un, un amour inconditionnel pour Ryan Gosling. Oui, Ryan Gosling, c’est notre amoureux. C’est tout, c’est comme ça, c’est la vie. On a même instauré une tradition un peu étrange, sans le vouloir : chaque veille d’examen, de bac, de truc important, on regarde un film de Ryan Gosling. C’est une tradition nécessaire et vitale. De deux, on a commencé à aller chercher du coté de film dit  » bizarres « . Parce que soit c’est des expériences, soit c’est comme Ryan Gosling, mutique, mais beau, soit des trucs un peu cachés, des espèces de monstres du cinéma, que personne n’aime vraiment, mais que moi personnellement, j’adore. C’est comme ça qu’on a eu un traumatisme commun de Scarlett Johanson et des camionnettes blanches dans Under The Skin , qu’on a absolument rien compris de ce qui se passait dans Enemy et que j’ai failli l’étrangler à la sortie de Réalité. Oui, encore lui. Maintenant, on se partage des choses. Il est arrivé une nuit, très tard dans la nuit, l’envie soudaine de cet individu de vouloir regarder Princesse Mononoké. Je n’avais jamais vu un seul Miyazaki de toute ma vie. Je les ai presque tous regardés pendant l’année. Du coup, c’est devenu mon secret avec mon frère. On continue de tous les regarder. Je lui montre ce que moi j’aurais voulu voir plus tôt. Ca lui plaît faut croire. Et puis il y’a eu ma troisième révélation. Only Lovers Left Alive. Outre le fait que ce film soit purement gothique, et que donc par définition, j’adore plus que tout, ça fait toujours une drôle d’impression de se voir dans un film. Mes trois films préférés, ce sont des sortes d’hocruxes. C’est comme si il y’avait une partie de moi à l’intérieur. Mais celui-ci, j’aimerais presque que personne ne le regarde. Et bêtement, j’ai l’impression que personne ne pourra jamais le voir comme on le voit. C’est notre secret, j’aimerais le garder égoïstement. Je sais même pas si j’ai envie réellement de regarder les autres films de Jarmusch. J’aime juste celui-ci passionnément, c’est tout. Mais j’oublie presque l’essentiel, avec tous ces sauts temporels qui ne correspondent à plus grand chose. Entre  temps, il s’est passé le principal.

 Partie 6: Et soudain 

Et soudain, je suis rentrée dans une autre secte, un peu moins sympa celle-là, qui m’a pris, il faut le reconnaître, une partie un peu trop grande de mon temps. Mais, et c’est là que je vais me faire lapider en place publique, contrairement à mes petits camarades ( coucou, je vous aime ), j’ai pas arrêté d’aller au cinéma et d’aller voir des films. En fait, ça a même été l’inverse. J’ai passé presque toutes mes fins de semaines cachée quelque part au cinéma. C’était presque ma troisième maison. Outre le fait qu’on a essayé de me spoiler la moitié des films que j’ai voulu voir, ( ça avait peut-être un but entièrement éducatif pour essayer de nous dissuader d’aller au cinéma ) je me suis rendue compte que j’avais besoin de parler. C’était pas la première fois que j’avais besoin de débattre avec la moitié de la Terre pour dire pourquoi c’était tellement bien et pourquoi non, mais j’ai eu un drôle de sentiment un beau jour. Un beau soir en fait. Il repassait Drive pour une soirée spéciale, avec un court-métrage présenté juste avant. C’était la deuxième fois qu’on le voyait, mais bon, on ne dit jamais non à Ryan Gosling sur grand écran. A la fin, on pouvait aller discuter du film avec les autres spectateurs et les réalisateurs du court-métrage. Et je sais pas trop pourquoi j’ai refusé. Tout ce que je sais, c’est que sur le chemin du retour, j’ai harcelé l’individu du pourquoi j’adorais ce film, et surtout la scène de l’ascenceur. C’était une révélation. Divine. Si j’aimais tant parler, pourquoi est-ce que j’irai pas tout raconter sur internet ? Et le lendemain, 28 avril 2014, je me suis retrouvée avec une page vide et un blog tout vide qu’il fallait remplir. Donc ce blog est né pour deux raisons : la peur d’embêter l’individu et Ryan Gosling. Du coup, mon premier article c’était … Drive. Logique. J’aime bien écrire. Je me levais tôt le matin, super excitée d’écrire mon nouveau pâté. J’ai peur aussi parfois de raconter des bêtises, que ça n’intéresse personne, parce que j’y connais rien. Mais je suis toujours aussi excitée. J’ai mis plusieurs jours à écrire ce long truc, je ne tiens plus, j’ai juste envie de le publier. Pas parce que je crois que ma vie est intéressante. Je sais très bien qu’elle ne l’est pas pour vous. Mais parce que je parle de ce que j’aime, dans l’espoir que ça vous plaise. J’essaye d’être ouverte à tout. Mais il y’a toujours des choses qui restent avant tout. Les films expérimentaux, le gothique, Wes Anderson, les monstres, l’esthétique, le surréalisme. C’est mes préférés, au cas où vous n’auriez pas compris.

Pourquoi ce titre ? Parce que contrairement à Alice, je ne vais pas de l’autre côté du miroir, mais de l’image. Et dans le titre est contenu ce qui me tient le plus à coeur au cinéma : l’image. Pourquoi il y’a des images qui sont parfois tellement intense qu’elles vous marquent pour toujours. C’est l’idée en tous cas que j’ai du cinéma. Avant d’être une histoire, c’est une image. Le cinéma, c’est parler à travers l’image. C’est souvent très secondaire l’histoire pour moi, si l’esthétique est justifiée et participe à quelque chose. D’où l’intérêt que je porte à tout ce que j’ai cité ci-dessus. Donc oui, c’est un partit pris. Peut-être pas le vôtre, mais c’est ça qui est génial avec un film. C’est qu’il y’a des manières infinies de le regarder.

Et maintenant ? 

 Donc je suis là. Tout ce que je sais, c’est que j’ai envie de continuer d’écrire. Jamais je n’aurais pensé une seule seconde que j’aurais pu intéresser de temps en temps quelques personnes. Tout ce que je veux, c’est pouvoir partager des choses ici, de faire connaître aussi ce qui n’est pas forcément connu. Je ne suis absolument pas critique, je n’ai jamais prétendu avoir un savoir absolu sur le cinéma. Je n’y connais rien. Je n’ai jamais vu de Hitchcock, jamais de Lynch, jamais de pleins de choses. On m’a déjà fait la remarque. J’en ai pas grand chose à faire pour tout vous dire. Je fais des articles et je regarde des films parce que j’en ai envie, parce que j’aime ça. Oui, il y’a des grands films que je ne veux pas voir, parce qu’ils ne m’attirent pas. Mon but n’est pas de tout connaître, mais de bien connaître ce que je connais déjà. J’écris à l’envie. Je vois plus de films que ceux présentés ici. Mais parfois, je n’ai absolument rien à dire dessus. Et plutôt que de dire des bêtises, je préfère me taire. Vous pouvez me reprocher d’avoir un regard beaucoup trop subjectif, mais je ne sais pas regarder un film autrement. Quand j’aime quelque chose, je l’aime jusqu’au bout. J’essaye de construire ce que je dis au mieux. Parfois ça marche, parfois ça ne fonctionne pas. J’écris beaucoup à l’envie : je sais que je ne peux parfois rien apporter au film, j’ai juste envie de chercher, de capter ce qui fait tout l’intérêt du film. Son esprit, son atmosphère, son charme aussi.  Je sais que j’écris souvent par rapport à l’ambiance du film, je suis toujours à moitié dedans et je me laisse aller c’est vrai. Moi j’adore faire ça. J’adore venir raconter des choses sur un film, essayer de trouver ce qui s’en dégage, le pourquoi du comment. C’est comme raconter des histoires. Il y’a des millions de choses que je laisse de côté, simplement parce que je sais pertinemment que je ne peux rien en dire. C’est pour ça que je ne parle jamais des acteurs, ni de ce genre de choses. Je ne vois pas énormément de films par semaine, ni par jour. Parce que je n’en avais pas le temps. Et pas envie aussi, parfois, c’est vrai.

Et puis, ça m’a fait du bien d’avoir un endroit où raconter des choses. C’était ce qui m’a fait tenir ces deux années intenses. Ça faisait du bien d’avoir des choses à dire. Je suis même intimement convaincue que ça m’a aidé à faire des commentaires de texte. Parce que ce que j’apprenais ici, et là-bas, je le réutilise souvent. Il n’en reste pas moins que j’ai vu tout ça grandir, que j’ai commencé à parler avec beaucoup de personnes toutes plus intéressantes les unes que les autres. Ça me fait toujours énormément plaisir de voir que certaines personnes viennent me parler, juste comme ça. Même si on est pas d’accord, j’aime bien parler avec tous ces gens. Et puis, parfois, ça réveille de vieilles connaissances, qui reviennent soudain, qui participent même. Il n’y a rien d’autre qui me fasse plus plaisir, vraiment. Encore plus de voir que parfois des gens viennent me dire qu’ils ont aimé un film que j’avais aimé. C’est mon but dans le fond, faire découvrir des nouvelles choses que j’aime. Surtout quand je vois que de plus en plus de personnes viennent s’intéresser à ce que j’écris. Ça me fait plaisir ça. Ça prend un peu plus d’ampleur. Alors imaginez ce que j’ai ressenti quand j’ai été invitée à une projection presse d’un film. Bon dommage,j’ai été prévenue un peu trop tard. Mais c’est génial, quand on y pense. On m’a donné des plans pour aller à Cannes,avec un peu de chance j’y serai l’année prochaine. On ne sait jamais !

J’attends aussi qu’on vienne me donner mon oscar. Bon, apparemment j’ai encore le temps 

Et maintenant ? Je vais continuer à faire ce que je fais. Je vais avoir plus le temps de regarder des films, et donc plus de temps pour en parler. Je vais aussi très probablement commencer une licence de cinéma, en parallèle, pour le fun. Pour apprendre un peu plus de choses. Parce que oui, le cinéma, c’est devenu un refuge. J’ai mes préférences, c’est évident. Mais j’aimerais bien connaître un peu plus, j’ai toujours envie d’en connaître plus pour ça. Il n’empêche que j’aime toujours pas le réalisme. Ca fait longtemps que j’ai envie de refaire de nouveaux articles théoriques, mais j’avais toujours peur de ne pas connaître assez ce dont je voulais parler. Du coup, maintenant je vais avoir plus de temps pour m’y intéresser. Je ferai probablement un article sur le film noir un de ces jours. Et sur le gothique, ça je ne pourrai pas m’en empêcher forcément. Ca doit être assez effrayant ce que je dis avec du recul, cet intérêt un peu macabre pour toutt ça. Tant pis, c’est la vie. Ah, et puis j’ai réussi à me convaincre que j’allais faire un court-métrage. Enfin plutôt on. Je suis du genre pénible et je laisserais rien passer là-dessus. Ça se fera peut-être dans 6 mois comme dans 45 ans. Mais ça se fera. En aucun cas ce ne sera quelque chose avec une jolie histoire. Ça sera gothique. Ça paraît plus qu’évident. Mais pas que. Comme les films que j’aime, ça sera une partie de moi. Une vraie de vrai. Pas d’histoire belle et complexe. Je m’en fiche un peu de ça. Je veux juste, dans l’utopie, que ça soit quelque chose qui puisse avoir une portée universelle. C’est un peu prétentieux. J’ai envie de tenter des trucs. Mais ça se fera c’est clair.

Tout ça pour vous dire un immense merci. C’est aussi long, aussi égocentrique, aussi pénible qu’un discours pour la Palme d’or. Mais je trouvais ça important pour moi en tous cas, de revenir sur tout ça. C’est pas juste aller au cinéma, pour le plaisir. Il y’a forcément du plaisir, mais j’aime tellement ça, que j’avais besoin de vous le partager. Je suis désolée si c’était pas intéressant, ultra-égocentrique. C’est juste que je me suis rendue compte au fur et à mesure que j’avais plus le même rapport au cinéma. Je ne le regarde plus seulement avec les yeux, je le vis de l’intérieur. C’était aussi une manière d’expliquer le pourquoi du comment de la chose. Et ça me tenait à coeur. C’est peut-être un peu effrayant vu de l’extérieur, c’est presque une relation fusionnelle avec un objet. Je suis ce genre de personne qui adore collectionner des DVD et les classer, les ranger, les toucher. Allez au cinéma, c’est comme une cérémonie religieuse. C’est quelque chose d’un peu dingue, qu’on peut trouver étrange quand on est extérieur à tout ça, mais qui au fond nous fait du bien. On a tous une raison d’aller au cinéma, pour passer du temps avec des gens, pour se retrouver, pour se perdre, pour partir, pour vivre, pour analyser. On s’en fout de savoir si on a raison, d’aimer des films que tout le monde déteste. Il n’y a pas une seule manière de regarder un film. Il y’en a des millions. J’ai assez parlé de moi, parlez moi de vous, de tout, de rien, de vos films préférés, du pourquoi vous détestez le cinéma, de la vie, de l’existence. Merci.

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