Le réalisateur et son œuvre cinématographique

J’ai envie de râler aujourd’hui, mais pour quelque chose qui me tient vraiment à coeur. Je vais passer pour une fanatique mais tant pis. Il y’a quelque chose qui me dérange beaucoup avec Mommy et Dolan, c’est qu’ils semblent indissociables. Or il se trouve que pour une raison ou une autre on aime  ce réalisateur ou on le déteste. Mais je m’en fiche complètement en fait. Le problème, c’est que ça a des répercussions sur ce film, qui est selon moi tout bonnement extraordinaire ce que je ne cesse de répéter à tous ceux qui veulent bien m’écouter ). Qu’on aime ou non le film, là aussi, ce n’est pas la question. Il se trouve que j’entends beaucoup de monde qui a une haine envers Dolan, et du coup, une haine envers le film. Et moi, ça m’embête beaucoup. Le vrai problème, c’est qu’on aime pas ce film tout simplement parce qu’on aime pas le réalisateur en tant que personne, et non dans sa filmographie. On a tous un réalisateur pour qui rien que le nom annonce déjà un film épouvantable, mais on se base sur des œuvres. Or là, ce qui me gêne beaucoup, c’est qu’on se base sur une personne.

 

Car oui, j’ai entendu dans l’émission le Cercle, émission dans laquelle débattent de nombreux critiques, dire qu’il ne faut pas dire que ce réalisateur est un génie, car ça pourrait le rendre encore plus prétentieux qu’il ne l’est déjà. Non seulement j’ai toujours du mal avec cette idée que Dolan est prétentieux, mais encore une fois ce n’est pas le débat. J’ai surtout l’impression qu’il y’a un réel problème d’objectivité. Pourquoi est-ce qu’un film, et donc une oeuvre d’art est jugé par rapport à son réalisateur, non pas en tant qu’artiste, mais en tant que vraie personne ? Qu’est-ce que les propos, les interviews, l’image même d’une personne individuelle à avoir avec une oeuvre universelle ?

Roland Barthes a une théorie intéressante et prône  » La mort de l’auteur « . En effet, à partir du moment qu’une oeuvre, littéraire, musicale, picturale ou cinématographique, l’auteur en tant qu’individu disparaît. Ce qui compte, c’est l’oeuvre en tant qu’oeuvre, en tant que matière. On s’en fiche que l’auteur soit un psychopathe en puissance, ce qui importe, c’est son oeuvre, son écrit. A partir du moment où il y’a oeuvre, il n’y pas d’auteur individuel, ce n’est qu’un nom sur une couverture, éventuellement associé à d’autres oeuvres. Ainsi, Céline était franchement un sale type qui tenait des propos abjects. Pourtant, il est impossible de nier que Voyage au Bout de la Nuit est un chef-d’oeuvre. Quand on critique une oeuvre d’art, quel qu’elle soit, l’individualité de l’auteur doit être complètement ignoré.

A partir du moment où l’on considère le cinéma comme un art, et non un divertissement, la notion de réalisateur doit disparaître. On juge un oeuvre par rapport à ce qui est nous est offert, non pas par rapport aux propos, interviews, tout ce que vous voulez fait pas le réalisateur. Il y’a deux mondes opposés entre l’oeuvre et l’auteur. Le cinéma comme art doit être universel, et on peut être touché par l’oeuvre du pire type de la Terre : son oeuvre ne le reflète pas. Je suis tout à fait d’accord qu’on ne peut pas exclure réalisateur et un film, puisque le film est l’oeuvre d’un individu. Dans ce cas, il est peut-être préférable de parler d’artiste, c’est-à-dire de quelqu’un ayant une sensibilité particulière qu’il fait ressortir dans ses oeuvres.

J’ai toujours un gros problème avec le Festival de Cannes de 2011. Lars Von Trier était en compétition avec Melancholia. Cannes est l’évènement mondial du mois de mai vers lequel toutes les caméras du monde entier se tournent. Seulement voilà, Von Trier a eu la brillante idée de déclarer pour la provocation qu’il comprenait Hitler, tout ça devant le monde entier. C’est pas malin de sa part, puisqu’il est désormais persona non grata, soit interdit de Cannes toute sa vie. Le problème, c’est que Mélancholia est indéniablement un chef d’oeuvre. Alors oui, Kirsten Dunst a reçu le Prix d’Interprétation féminine qui est à mon sens un peu injustifié tant le film mérite mieux : ce qui est valorisé avec ce prix, c’est uniquement le travail de Dunst, et non pas le film dans sa totalité. Il y’a un vrai problème ici entre individu, artiste et oeuvre d’art. Puisque Lars Von Trier est méchant, on va priver son travail d’une récompense qui le valoriserait. Et c’est tout simplement absurde, parce que le film, il n’a rien demandé. Le film est simplement une oeuvre, indépendante de ce qui a pu être dit par le réalisateur-individu. Je trouve ça peu objectif, surtout d’un festival qui prône l’art du cinéma. Pire encore, je trouve ça regrettable de rejeter Lars Von Trier pour sa personne, et du coup, de rejeter l’artiste qu’il est, et donc de rejeter les potentielles oeuvres d’art qu’il pourrait produire. Censurer la personne, je suis d’accord, censurer un artiste, non. Certes le festival est le plus médiatisé du monde, et doit conserver une image, mais c’est avant tout un festival qui récompense l’art. Privez le de conférence si ça vous chante, mais ne privez pas un artiste de concourir sous pretexte qu’il dit des choses mauvaises.

L’art n’a strictement rien à voir avec les médias, vraiment rien. Quand vous allez dans un musée, vous ne vous demandez pas si l’artiste est gentil, vous contemplez ce que vous avez sous les yeux. Le cinéma, c’est un musée, contemplez ce que vous avez sous les yeux, critiquez l’oeuvre mais ne mêlez pas l’individu à l’intérieur. Prônez la « mort « du réalisateur, en tant qu’individu si vous croyez encore au pouvoir artistique du cinéma.

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