Le nouveau héros

Enfin je l’ai vu, enfin ! Depuis le temps qu’on m’en parlait ! The Truman Show de Peter Weir, qui n’est que le réalisateur d’un autre film que j’adore : Le Cercle des poètes disparus .

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De quoi ça parle ? Truman Burbank mène une vie calme et heureuse. Il habite dans un petit pavillon propret de la radieuse station balnéaire de Seahaven. Il part tous les matins à son bureau d’agent d’assurances dont il ressort huit heures plus tard pour regagner son foyer, savourer le confort de son habitat modèle, la bonne humeur inaltérable et le sourire mécanique de sa femme, Meryl. Mais parfois, Truman étouffe sous tant de bonheur et la nuit l’angoisse le submerge. Il se sent de plus en plus étranger, comme si son entourage jouait un rôle. Pis encore, il se sent observé.

 Je dois être dans un cycle Jim Carrey, mais il me plait de plus en plus cet acteur. Avec ses drôles de mimiques et son sourire d’Américain parfait des pubs des années 50. Et en même temps, il a quelque chose en plus, quelque chose de plus profond. A travers son sourire un peu niais, il arrive à nous toucher. Moi je l’aime bien, je vous dis, il est attachant. Il a cette part d’absurdité qui colle si bien à l’absurde de la situation. Et encore plus dans ce film, quand on sait ce qui lui arrive.

C’est un film drôle mais terriblement effrayant. On assiste impuissant à la mise en scène de la vie d’un homme qui pense être comme les autres. Tout autour de lui est faux, tout est en carton, même les sourires de sa femme. Tous ses proches ont des réactions bizarres, se mettent à faire la pulicité de chocolat ou de bières en plein milieu d’une conversation sérieuse. La seule chose qui reste vraie, c’est Truman. Avec un nom pareil, ça ne paraît pas si étonnant que ça soit la personne la plus sincère dans toute cette histoire aussi absurde.

C’est effrayant, parce que le film sort en 1998, et paraît presque visionnaire. Parce que c’est le principe même de la télé-réalité. Et le pire aujourd’hui, ce n’est pas qu’on prenne quelqu’un au piège à son insu, c’est que toutes les Nabilla, Kardashians et tous ces gens sans aucun intérêts font de leur vie un spectacle, et se font les propres héros de leur vie. C’est ça qui fait peur.

Faire d’un type banal le héros d’une histoire, parce qu’il vit sa vie comme tout le monde. Parce que le réalisateur de cette émission se prend pour Dieu, contrôle la vie de cet homme, et cherche à l’emprisonner pour toujours dans son monde fictif. Parce que la fiction prend le dessus sur la réalité, que Truman est d’abord un personnage avant d’être une personne réelle. Que tout doit être parfait, que tout est calculé au millimètre près. Que tous les proches de Truman récitent leur texte, parce que tous sont des acteurs. Et lui caché dans le soleil, contrôle tout ce monde, les évènements de la vie de Truman qui apparaissent comme des twists scénaristiques. Mais la seule chose qu’il ne peut pas contrôler, c’est la pensée.

Et au fond, ce film est une sacré mise en abîme de l’essence même du cinéma. Le film ne se présente pas comme un film, mais comme l’émission TV dans laquelle on suit le personnage. Et le cinéma, c’est pas ça ? Quelqu’un caché quelque part crée un monde fictif dans lequel il met en scène une vie, un homme ou une femme banale qui deviennent soudaienement des héros. Ils ne savent pas que assis dans une salle ou dans un canapé, des millions de personnes les regardent vivre des aventures extraordinaires. Leur fait croire que le monde est réel. Le réalisateur, et toute son équipe décident de ces personnages, les créent de toutes pièces. Le réalisateur est un dieu, qui façonne des créatures à l’image qu’il souhaite, contrôle tout ce qu’ils font, décide de ce qui arrivera à ses héros, à travers justement ces twists scénaristiques inatendus pour le personnage. Le personnage vit sa vie, inconscient que tout le monde le regarde vivre, selon ce que son dieu décidera de montrer et comme le montrer. Le cinéma est une mise en scène de la vie d’un personnage devenu héros. Le réalisateur décide de mettre une musique triste avec des changements de plans pour accentuer la tristesse du retour d’un père qu’on croyait mort, par exemple. Et je finirai même par citer Sartre dans La Nausée, mais il a pas tord, tout vie racontée dans une fiction prend la cohérence d’un destin. Chaque détail, chaque anecdote, chaque plan est là pour signifier quelque chose, signifier que le personnage vit une vie de héros, lui qui pensait simplement vivre sa vie. Et toutes l’équipe, elle, s’active à ce que tout semble réel, le plus vraisemblable possible. Tellement vrai, que l’on doute de sa véracité.

Je l’ai adoré ce film. Parce qu’il est drôle, touchant et vraiment intelligent. Parce qu’il est vrai, alors qu’il met en scène un monde totalement fictif, pour lequel on s’attache malgré tout et comme tous les spectateurs derrière leur écran, on aimerait qu’il s’en sorte notre héros. Parce qu’il est devenu le héros d’une vie banale, malgré lui.

 

 

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