It is a tale, told by an idiot, full of sound and fury, signifying nothing

 » Mais dis moi, t’as pas eu l’impression d’avoir vu une troisième partie de commentaire littéraire ?  » s’écrit les gens de notre communauté bizarre à la sortie de Birdman de Alejandro Iñárritu. Et cette phrase résume parfaitement le film, vous allez vite comprendre. Tout le monde ne fait que parler de ce film, alors la curiosité, tout ça tout ça. Par contre, Oscars ou non, je m’en fiche pas mal. C’est pas un Oscar qui va me faire aimer un film. Ni le haïr, par une prétendue tendance anti-conformiste.  Donc j’y suis allée sans préjugés. Et j’ai bien fait.

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De quoi ça parle ? Riggan Thompson était mondialement connu pour son rôle de Birdman. Mais ça c’était avant. Pour essayer de regagner les faveurs de son public, il va se lancer à Broadway pour monter une pièce. Sauf qu’il va vite se rendre compte que c’est pas si évident que ça, et va devoir se faire face à lui-même, à son angoisse et son égo ( sur-dimensionné ).

Je préfère nettement cette affiche.

C’est difficile de parler de ce film. Moi je l’ai vraiment beaucoup aimé. Mais j’arriverais pas à en dire que c’est un chef-d’oeuvre. Il y’a quelque chose qui me gêne dans ce film. C’est son mépris assez incroyable de toute l’industrie du cinéma. Tout le monde y prend pour son grade, les acteurs, les critiques, les metteurs en scène, les managers, le public. Tout, mais absolument tout se fait remettre à son plus bas. Et faut avouer qu’il y’a quelque chose d’assez paradoxal, puisque le film s’offre un casting de prestige, et a quand même raflé tous les Oscars. Du coup, on se demande même pourquoi ce type fait du cinéma s’il détèste tellement ça. Le film a presque l’air de faire la morale à tout le monde à certains moments et donne l’impression qu’il nous montre ce qu’il sait faire parce que ça c’est du vrai cinéma. Pas comme les autres. Pour le coup, j’ai trouvé ça vraiment très curieux. Mais ça n’a en rien gâché tout le reste.

C’est un film qui a quand même un certain culot, parce qu’il est d’une ironie assez extraordinaire. Le film entier est fondé sur l’ironie. Déjà dans la réalité : c’est un film qui détruit complètement le cinéma et qui réussit à mettre les Oscars, Vatican du cinéma , à ses pieds. Rien que pour ça le film me fait rire. Destruction du cinéma d’abord, et surtout du cinéma hollywoodien qui pullule de blockbuster. C’est quand même assez jouissif d’entendre un film nous dire que quoique vous pondiez, les gens achèteront et iront le voir. Les gens, ce qu’ils veulent, c’est que ça explose dans tous les sens, avec des super-héros qui viennent sauver les Etats-Unis d’un méchant robot oiseau. Le film va quand même jusqu’à faire un film dans un film avec une séquence d’une ironie monstrueuse et se dit  » donnons aux gens ce qu’ils veulent « : le film se transforme pendant un bref moment en un blockbuster. Parce que c’était trop bavard et qu’il fallait divertir le peuple. C’est à la limite de l’absurde, véritablement, mais c’est juste vraiment drôle. Parce que le film paraît tellement caricatural, dans son ironie, qu’il reflète rien moins que la vérité.

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Mais en plus du blockbuster, c’est le film de super-héros lui-même qui est la cible de tout le film. Et c’est vrai, quand on regarde le cinéma actuel, c’est bourré de suite, de préquel, de préquel de la suite du début de la fin, où finalement on y comprend absolument rien, mais on s’en fiche, parce que ça explose. J’ai trouvé ça assez surprenant de voir comment le film descendait certains acteurs hyper côtés, comme Iron Man et Robert Downey Jr. Et le comble de l’ironie, c’est que le film parle d’un acteur ex-super-héros qui redevient super-héros. Pas parce qu’il sauve le monde de ses supers pouvoirs, mais parce qu’il vient sauver le monde de sa personne. Birdman, super-héros du cinéma qui vient balancer toute la vérité sur le cinéma pour rétablir la justice auprès de la vermine que sont les critiques, les acteurs et toute l’industrie elle-même. Et le plus ironique ? C’est Emma Stone, qui a simplement joué dans le dernier Spiderman.

C’est d’un caricatural complètement dingue. Déjà pour les acteurs. Entre l’acteur capricieux au possible et tête à claque , les actrices qui cherchent de la reconnaissance auprès de leur semblable. Oubliez  les stars rayonnantes sur le tapis rouge, c’est juste des personnes tout bonnement insupportables. Un seul mot compte : la célébrité. Faut être partout, sur twitter, sur facebook, passer à la télé, faire le buzz. Se lancer des fleurs. La seule obsession de Riggan, c’est d’être à la une du journal. Quitte à prendre le meilleur acteur, mais le plus insupportable. Riggan, tout ce qu’il veut, c’est être célèbre. Du moins, à nouveau célèbre. Artiste déchu qui cherche à retrouver la cote auprès du public. A être à nouveau leur héros, leur super-héros. Que tout tourne autour de lui. Au point que ça le rend fou. Au point que Birdman parle à l’acteur. Le personnage prend le dessus sur l’acteur. Chaque super-héros a une identité secrète, celle de Riggan, c’est d’être Birdman. Et celui-ci lui demande de retrouver sa place, c’est-à-dire au dessus du reste, au dessus des autres. Le dédoublement d’un personnage, partagé entre fiction et réalité, entre être le héros sauveur de l’humanité et le loser qui cherche à se reconnaître. Birdman, étrange double d’un Batman oublié, d’un Michael Keaton qui cherche à se faire reconnaître à nouveau, et qui gagne sa consécration dans ce film. Et ce n’est pas chose facile, la célébrité. Entre ces crétins de journalistes et de paparazzis, les critiques qui viennent vous descendre parce qu’eux n’ont pas pu faire de cinéma et d’être exposé aux yeux du monde courant en slip dans les rues de New York. C’est pas évident, c’est sûr. Mais on n’arrive pas à s’appitoyer une seule seconde sur le sort.

Mais curieusement, ce qui pourrait amener Riggan à retrouver sa célébrité perdue, c’est le théâtre. Double mythique du cinéma,  » l’art pur et véritable « . Le théâtre, dans lequel la fiction dépasse la réalité. Ou l’inverse. Dans lequel les acteurs sont sensés jouer les émotions. La scène, c’est là où tout est vrai. L’acteur devient ce qu’il est devant ses spectateurs, il retrouve sa vraie nature. Car l’acteur devient humain sur scène, et redevient acteur dans sa vie de tous les jours. Troisième partie d’un commentaire littéraire, parce que méta-textuel. La mise en abîme de la pièce de théâtre dans le film renvoie à une double fictionnalisation des personnages. Les acteurs réels incarnent des anciens acteurs de cinéma qui incarnent des acteurs de théâtre. Et c’est dans cette troisième dimension fictive que les personnages deviennent les plus vrais et enlèvent leur masque. La scène, c’est le lieu de la réalité. Mais c’est un leurre. Et les mots de Shakespeare dans Macbeth  viennent nous rappeler que tout est faux : que tout est  » un conte  » qui ne  » signifie rien  » . Tout ce qu’on voit à l’écran n’est que de la fiction, tout est faux, tout est mis en scène. On essaye de nous faire croire, à travers cet immense plan-séquence que l’on est intime avec ce personnage. Mais c’est un personnage, c’est un plan qui a été élaboré pour nous faire croire que tout est réel. Le cinéma, comme le théâtre, c’est un mensonge. Une immense supercherie dans laquelle on essaye de vous faire croire à des histoires d’amour, on essayerai presque de vous émouvoir avec une relation père-fille gâchée et où chaque plan est tellement travaillé que ça en devient louche. Mais c’est impossible, parce que tout est faux. Et la seule personne qui semble lucide, c’est Sam, ex-junkie qui a du passer par la drogue pour se réfugier dans une réalité parallèle.

Ce film, c’est une sorte de Black Swan moins angoissant et moins sérieux qui se construit entièrement sur l’ironie. C’est d’une ironie complètement folle sur ce qu’est le cinéma aujourd’hui. Le film entier se fait de paradoxe assez dingues et sur une ironie tellement forte, qu’elle tend presque au mépris et je peux tout à fait concevoir qu’on le trouve pénible. Le film est impeccable, et purement jouissif. Un très bon film, que les gens de mon espèce apprécieront pour la référence à Barthe. Et parce que c’est un sacré film quand même.

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