How to catch a monster ?

Voilà un an que j’attendais Lost River. Parce qu’un film réalisé par Ryan Gosling lui-même, c’est une curiosité en soi. Je l’ai vraiment découvert avec les films de Refn, Drive et Only God Forgives  que j’aime autant l’un que l’autre. Évidemment, ça pose problème pour pas mal de gens, un film lent avec un personnage mutique et bizarre, sans véritable scénario. Très sincèrement, je ne pense pas que le cinéma soit uniquement affaire de scénario tordu et des histoires improbables, c’est aussi un travail sur l’image et sur le son, et je pense qu’un film peut très bien se valoir comme une expérience sensorielle. Je suis en tous cas bien plus attirée par ce genre de films plutôt que par d’autres avec des histoires passionnantes mais moche sur la forme. Mais ça n’engage que moi.

Malheureusement, j’ai cru comprendre que le film n’avait pas enchanté grand monde à Cannes. Qu’importe, c’est pas le plus important. J’étais hyper déçue de voir qu’on était que 4 dans une salle immense. C’est dommage que peu de monde s’aventure vers un cinéma assez différent, parce que ça vaut vraiment le coup. Et c’est encore plus dommage de voir à quel point le film est distribué à la truelle.

 

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De quoi ça parle ? Dans une ville qui se meurt, Billy, mère célibataire de deux enfants, est entraînée peu à peu dans les bas-fonds d’un monde sombre et macabre, pendant que Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant à une cité engloutie. Billy et son fils devront aller jusqu’au bout pour que leur famille s’en sorte.

Je suis littéralement sous le charme.

Ce qui est très rigolo avec ce film, c’est que c’est une sorte de transposition de Ryan Gosling lui-même sur un écran. C’est un film qui est complètement à son image : lent, qui parle peu mais qui est esthétiquement sublime. Je suis vraiment impressionnée de voir à quel point c’est beau. Le film est teinté de violet et s’amuse avec des contrastes assez violentes entre le jour et la nuit. On sent bien que le film est très influencé et notamment par Refn. On le sent bien : on a de longs plans fixes, l’utilisation des synthés et des scènes d’ascenceur. Néanmoins, sans tomber dans le plagiat, Gosling sait s’en inspirer pour mieux s’en défaire. Le film est teinté de fantastique et crée un univers personnel, dans lequel on rencontre des créatures inquiétantes et déformées. L’image est puissante, car Gosling sait la magnifier à travers des jeux de lumières pour le moins saissisant, avec la prédominance du violet. C’est presque mystique.

En pleine crise économique, tout s’effondre. C’est presqu’une ode à la destruction. Tout brûle. Chacun espère sortir un jour de cette misère, mais c’est impossible. Tous les habitants de Lost River sont abandonnés. Ils sont tous livrés à eux-mêmes, car tout espoir, toute chance, toute justice les ont quittés. Seuls les loups subsistent. Dans les ruines abandonnées de Detroit, symbole de la crise industrielle, les habitants sont soumis aux loups sanguinaires de la ville. La nature reprend ses droits : les arbres poussent au milieu des ruines, une ville est engloutie sous un lac. Et les hommes eux, deviennent des animaux sauvages. Dans Lost River règne la loi du plus fort. Les loups corrompus cherchent à écraser les autres. La violence éclate, et devient trop forte. Les spectacles sont macabres. La mort rôde dans les rues et peut surgir à n’importe quel moment. C’est un long cauchemar. Lost River est maudite.

Et curieusement, le film s’articule comme un conte. Un conte macabre, aux images fantasmagorique, capable de nous emmenés dans les contrées inexplorées d’une Amérique sanguinaire. Le film nous plonge dans un univers bizarre et mystérieux, teinté d’une lumière violette et d’un musique absolument sublime, qui donne à elle seule tout le charme. Bones et Rat sont deux enfants qui découvrent la ville souterraine, symbole d’un passé glorieux. Car tous cherchent à tuer le passé, à le brûler. C’est un conte, dans lequel ces deux enfants ont encore l’espoir de venir briser une malédiction. Car paradoxalement, l’espoir est présent. Billy est prête à tout pour sauver ses enfants, car elle espère que tout ira mieux. C’est sans compter les loups, les monstres de la ville qui tuent et torturent pour un plaisir purement sadique.

Ce film est étrangement déroutant. La violence éclate, mais est sublimée. Le film alterne entre une sorte de malaise presque malsain et une grâce fascinante et puissante. Une fascination morbide.  Dans mon cas, je ne regarde pas un film, mais je le vis pleinement. Certaines scènes sont presque éprouvantes, et la fin m’a mis dans un drôle d’état, peut-être parce que le film a réussi à m’entraîner inconsciemment dans son monde souterrain. J’aime énormément ce film, et il me hante encore. J’aime énormément ce cinéma, lent, contemplatif et mystérieux. Malgré peut-être quelques petites longueurs, c’est vraiment prometteur. Moi dans tous les cas, je suis conquise pour de bon. Lost River est un de ces trésors cachés, que trop peu de monde découvre mais qui est juste sublime.

 

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