Happiness only real when shared

Il y’a un an déjà, mon prof de philo m’avait demandé : Être heureux, est-ce savoir s’évader ? La réponse était au final un oui, qui me paraît encore aujourd’hui, absolument évident. Et je me souviens lui avoir parlé d’Into The Wild de Sean Penn. Lui n’était pas d’accord. Parce que l’aventure elle se vit tous les jours qu’il m’a dit. Je ne peux pas être plus d’accord. Mais même si l’aventure  » c’est votre vieux voisin ronchon « , pourquoi ne pas tenter d’aller voir autre chose ? D’aller voir ce qu’il y’a loin de nous, et quitter un temps l’espèce de village microscopique dans lequel on vit. J’ai longtemps cru que McCandless avait entièrement vrai. Ça c’était avant que je m’en aille aussi. Maintenant je crois bien qu’il faut partir pour mieux revenir.

Pourquoi je vous dis tout ça ? Hier j’ai revu le film que je n’avais pas revu depuis au moins 4/5 ans. Et je me suis rendue compte que je ne le voyais plus pareil. Il y’a toujours cette fascination par rapport à ce qu’il y est dit. Mais entre temps je me suis rendu compte de plusieurs choses. Le fait d’avoir lu le livre de Krakauer y est je crois pour beaucoup. Mais je vais revenir là-dessus. Et je me suis demandée pourquoi tout le monde était absolument fasciné par ce film, par cet homme et par ce qu’il a fait. Car oui, sur facebook et n’importe où d’ailleurs, ça n’y manque pas de voir des références à ce film, qui est donné comme un modèle de liberté absolue.

Je rappelle tout de même de quoi ça parle, même si j’ai l’impression ( sûrement fausse ) que tout le monde l’a finalement vu. Le film retrace l’histoire vraie de Christopher McCandless, partit à 22 ans sur les routes américaines pour accomplir sa quête spirituelle. Il cherche à échapper à la société, à l’humain même et veut parvenir à entrer en communion avec la nature, pour atteindre son but ultime : l’Alaska.

Ce film est une sorte de fantasme collectif. On a envie d’y croire, on a envie que ça fonctionne, que Chirs aille jusqu’au bout. Parce qu’on se retrouve dans ce qu’il dit. Qui ne s’est jamais rendu compte que le monde dans lequel on vit est particulièrement étrange ? C’est un fantasme pour certains spectateurs. Car McCandless est dans l’action, plus dans le constat. Il applique ce qu’il pense jusqu’au bout. Oui, cette vision de la vie partage après coup. Mais à vrai dire, McCandless a réellement existé, et ce qu’il pensait, il l’a fait jusqu’à la fin. Il ne s’est pas simplement contenté de dire comme beaucoup, mais de faire. Et c’est peut-être en cela que le film fascine réellement.

Vouloir se retrouver dans la nature, ça a quelque chose de typiquement américain. On en revient au même, c’est du transcendentalisme à l’état pur. Les Etats-Unis sont dans l’imaginaire collectif une terre libre. Les Américains et leur terre, c’est toute une histoire. La terre américaine, elle est pure. C’est la seconde Terre Promise. On en revient toujours à Thoreau, qui lui même est allé se perdre dans la nature pour vivre dans une cabane. Lui aussi était contre la société capitaliste qu’il a vu naître et grandir à la fin du 19ème siècle. Ce n’est pas pour rien que Walden est le livre préféré de McCandless. C’est un idéal de vie. McCandless est un romantique, au sens le plus vrai. Mais un romantique perdu dans un monde trop moderne dans lequel il ne peut trouver sa place. Le solitaire qui trouve refuge dans la nature, c’est du romantisme pur. Into The Wild, c’est l’incarnation même de la pensée américaine, du solitaire qui cherche à revenir à ses origines dans la nature. Il y’a quelque chose de paradoxal, quand on sait que la société de consommation provient en partie des Etats-Unis. Plus que d’être le simple portrait d’un homme, c’est le portrait de toute une société et de son système de pensée.

Le film suit tout le parcours de McCandless, toute son aventure. Ce qui est bouleversant, c’est de savoir que tout cela a véritablement eu lieu. Toutes ses rencontres, ses parcours, ses aventures, tout cela est vrai. En celà, le livre de Krakauer est encore plus bouleversant puisqu’on y retrouver les témoignages de sa famille, de ses parents, de tous ceux qu’il a recontré. Le livre est beaucoup plus nuancé, et amène parfois à s’interroger sur le personnage de McCandless lui-même. Il y’a une certaine arrogance dans ce qu’il fait, un peu d’égoïsme aussi, c’est vrai. Mais qu’importe, il s’est tenu à ce qu’il pensait au plus profond de lui-même. Même si on peut lui reprocher certaines choses, il a accomplit ce que nombre de personnes n’oserait jamais faire. Ne serait-ce que pour se tenir à ses idées. Se perdre pour se retrouver. C’est un voyage initiatique, duquel on apprend, on grandit. C’est une nouvelle vie, le début de quelque chose de nouveau.

C’est absolument magnifique. La caméra cherche à capter la beauté de tous ces paysages. A la rendre aussi pure, aussi brute qu’elle ne l’est déjà. Elle est sauvage. Rien que le titre d’un des livres préférés de Chris veut tout dire : Call of the wild, de Jack London. L’appel de la nature. Le film parvient à retranscrir toutes les émotions de celui qui voyage. Ces larmes qui s’échappent quand on est face à quelque chose de bien plus immense que soi. Cette espèce d’humilité quand on sait qu’on est rien. L’odeur du bitume noir. La poussière, le vent, le froid. La nature, c’est une espèce de monstre muet. Qu’on ne peut s’empêcher d’admirer, qui nous parle, nous touche, nous dit des choses. Mais pour laquelle on n’existe pas. Elle est fascinante. Et la musique, elle vient traduire tout ce qu’on ne peut dire. Face à ce genre d’expériences, les mots sont muets. On doit se taire. Ils sont vides de sens, car tout nous dépasse. La musique dans ce film joue un rôle à part entière. C’est la traduction d’un sentiment profond, de quelque chose qui vient de l’intérieur. C’est la liberté. Pas celle de faire ce qu’on veut quand on veut. C’est celle de pouvoir être toucher par ce qui nous entoure. C’est elle la vraie liberté. D’admirer des choses qui n’ont elles-mêmes aucun but précis. C’est aussi oublier le temps. Marcher des heures sans savoir pourtant combien de temps, sans être préssé. C’est oublier ce qu’est le jour et la nuit.

Et puis les autres. Le voyage de Chris est une sorte de suicide programmée. Car si la nature est belle, elle est impitoyable. Et paradoxalement, ce qu’il a tenté de fuir, c’est surtout ce qui fait qu’il a vécu. Toutes ces rencontres, ces gens qu’on croise un beau jour, qui partage une partie presque essentielle de notre vie et qui reparte aussitôt. Des gens venus de partout, qui s’en vont, qui reviennent. Qu’on revoit sur une route, presque comme une hallucination. Des gens dont ne sait même pas le nom, mais avec qui on partage des choses tellement fortes qu’on ne peut jamais les oublier. La solitude doit passer par les autres. Ce sont des gens avec qui on partage un bout de notre vie, qu’on pensait disparu à tout jamais et qui réaparraisse aussi soudainement. A qui on dit des choses qu’on ne dirait jamais. C’est comme retrouver des vieux amis. Tout le temps. Mais des amis dont le nom nous échappe, et qu’on ne peut jamais oublier. Parce qu’ils ont été là, sans qu’on sache pourquoi. C’est là, tout l’essentiel de ce film. Se chercher, ça passer d’abord par les autres. Ceux qui vous confient des secrets alors que vous les connaissez à peine. Le vrai voyage, c’est aussi tous ceux qu’on rencontre sur notre route. Qui nous ont aidé, avec qui ont a parcouru un bout de chemin, ou simplement parce qu’on avait envie de leur parler.

C’est ce qu’on regrette soudainement quand on retourne dans la ville. Avec tous ces immenses démons de fer qui semblent s’écraser sur vous à tout moment. Les gens ne sont que des fantômes qui courent, qui n’ont jamais le temps. Ce sentiment terrible de revenir dans un monde qui nous ignore. Si la nature nous nie, elle a pourtant quelque chose à offrir. La ville, c’est une sorte de piège gigantesque qui vous asphyxie. Personne ne se regarde, tout le monde est seul avec lui-même dans sa quête du vide. L’autre dans la ville ne semble pas exister. C’est un sentiment terrible de se retrouver dans une ville après avoir erré dans le nul part pendant des jours et des jours. L’espace devient anxiogène.

Chris a passé sa vie avec ses livres, ses vieux amis Thoreau et London. Pourtant, l’expérience de Thoreau est idéal. Tout comme l’est celle de Chris. C’est une sorte d’idéal tragique, qui au fond ne pouvait bien finir. Chris était un idéaliste. Et comme tout idéal, il n’est pas absolument possible. Il se rencontre bien trop tard, que le vrai bonheur se trouve avec l’autre. Que ce qu’il a vraiment vécu, c’était parmi les autres, et non pas tout seul. Au même titre que Chris et ses livres, il ne faudrait pas tomber dans le piège de cet idéalisme. Ce que nous apprend le film au fond, ce n’est pas tant que la société est mauvaise et que la nature est un refuge. Au contraire, le film nous montre que la nature est impitoyable. Que la réalité dépasse parfois la fiction, pour le meilleur comme pour le pire. Le but de ce film, c’est avant tout de montrer le destin extraordinaire de cet homme franchement pas ordinaire. Pas de faire de même. Je lis souvent que beaucoup de gens aimeraient faire de même. Disent que leur vie est triste parce qu’elle est vide. Ce qui me rend triste, c’est que le film cherche à nous faire agir au lieu d’être toujours dans l’éternel passivité. Et c’est vrai, si le destin de Chris a changé notre vision de voir les choses, pourquoi attendre ? Le film nous offre la possibilité de s’inspirer de ce destin pour en faire quelque chose. Pourquoi simplement dire et ne pas faire ? Moi il m’aura appris une chose. Son expérience est un suicide. Pour partir, il faut d’abord revenir. L’expérience acquise au cours d’un voyage restera pour toujours. Et puis ne pas partir tout seul. Chris se rend compte bien trop tard que ce qu’il cherchait véritablement, c’était les autres. Avoir quelqu’un avec qui partager toutes ces expériences, toute plus absurde les unes que les autres. La voilà la vraie aventure. Qu’est ce qui nous empêche de partir un beau matin, de prendre son sac ou de piquer celui de quelqu’un et de partir avec quelqu’un ? Et si ça paraît impossible, qu’est ce qui nous empêche de parler avec des inconnus dans la rue, au lieu de faire semblant qu’ils n’existent pas ? De se perdre au lieu de toujours tout planifier ?  Rien. C’est ce que nous apprend ce film. C’est un choix. Sans tomber dans l’extrême, il est possible de faire quelque chose. Au lieu de toujours dire les choses.

Ce qui me fascine avec ce film, c’est qu’il parvient à nous faire voyager depuis le salon. De nous emmener ailleurs, dans des contrées sauvages et inexplorées. C’est bizarre quand on y pense. Un film, c’est pourtant une fiction. Ici, il retrace une réalité. Il nous dit même quelque chose de plus sur la réalité. Il donne envie de partir pour de vrai. Alors qu’est ce qu’il faut attendre de plus ? C’est bouleversant, parce que c’est une remise en question de soi même, sur la vie, sur le monde qui nous entoure. Et parce que tout cela a réellement existé et est donc possible. Le destin de cet homme est passionnant. J’entends souvent que ce film est déprimant. Parce qu’il est réel. Au contraire, ce film est génial parce qu’il parvient à capter l’essence même du voyage. Et nous pousse à changer notre vie. Or un film qui invite à changer notre propre réalité, c’est tout sauf déprimant. Et si vous le pouvez, lisez le livre de Krakauer qui est passionnat et vraiment touchant, ne serait-ce que pour retrouver ces témoignages, ces lettres, toutes ces parcelles de vie.

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