Death of Detroit

Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch est un film que j’aimerais garder secret pour l’éternité. Car toutes les belles choses doivent être cachées.

De quoi ça parle ? Dans les villes romantiques et désolées que sont Détroit et Tanger, Adam, un musicien underground, profondément déprimé par la tournure qu’ont prise les activités humaines, retrouve Eve, son amante, une femme endurante et énigmatique. Leur histoire d’amour dure depuis plusieurs siècles, mais leur idylle débauchée est bientôt perturbée par l’arrivée de la petite sœur d’Eve, aussi extravagante incontrôlable. Ces deux êtres en marge, sages mais fragiles, peuvent-ils continuer à survivre dans un monde moderne qui s’effondre autour d’eux ?

Waouh.

Je dois vous avouer un truc. J’étais un peu perplexe avant de voir le film. Un film avec des vampires amoureux et modernes, en fait ça m’évoquait un mauvais souvenir, un très très mauvais souvenir qu’il vaut mieux laisser dans les abîmes du cinéma.. Si celui où dans lesquels les vampires sont tous des mannequins-boule à facette au soleil et qui ont l’énergie d’un rocher.

Non, on est dans un vrai film de vampire. Le film a l’intelligence de reprendre le mythe du vampire et de le mettre aujourd’hui, dans notre époque à nous. On y trouve tout, le manoir isolé, la nuit, la pleine lune, les coyotes qui hurlent, le besoin de sang, la crainte de la lumière. Ça pour le coup, l’ambiance gothique est poussé à fond. Ca aurait pu être parfaitement ridicule, car carrément kitsch. C’est tout l’inverse. Le film prend une dimension complètement intemporel. On pense être au 21 ème siècle, mais tout se mélange, on regarde Youtube sur une tv des années 50 en peignoir du 18ème siècle.

L’ouverture de ce film nous annonce déjà qu’on entre dans une autre dimension. On contemple l’Univers. Mais l’univers d’un vinyle. Et tout tournoie, à la vitesse du vieux vinyle, on surprend les deux amants, étendus, à des endroits différents. Tout est paisible.

Les images sont magnifiques, chaque plan arrive à nous amener dans une atmosphère désespérément belle, tout ça accompagné d’une musique absolument sublime, elle aussi, intemporelle. Les créatures aussi sont extraordinairement belles, Tilda Swinton a un visage extraterrestre, que je trouve terriblement beau. Adam et Eve se ressemblent, et on ne peut pas leur donner d’âge. On ne sait rien.

Ils doivent faire face aux  » zombies « , ces créatures sans vie, sans âme qui se balancent au son d’une musique, sans émotion, vides. Les zombies, c’est les humains, insensibles au monde qui les entoure. Adam et Eve assistent depuis la création du monde à la déchéance et la destruction. Ils errent dans les rues de Détroit, symbole de notre monde moderne où tout est mort, tout est destruction, et où ils contemplent avec horreur la race humaine, qui transforme les oeuvres d’art en objets utilitaires, et rend le monde affreusement triste. De là à les fatiguer du monde et leur donner envie de mourir, paradoxalement.

Et eux, ce sont les seuls à percevoir la beauté du monde depuis son commencement. A lui parler en latin, pour être au plus près de lui. Eve touche le monde avec ses mains, c’est sa manière à elle de pouvoir le connaître, et connaître ses plus infimes secrets. Ils partent en virée nocturne, contemple l’univers et la lune, s’interroge sur ce qu’il y’a au-delà, et savent que ce monde est beau. Mais cette beauté doit être secrète, ce pourquoi Adam déteste la célébrité et se cache.

Adam et Eve sont les créatures les plus douces qui soient. Ils ont abandonné la chasse à l’ homme et préfère aller acheter leur sang auprès des médecins.Et ils repensent en riant au 15 ème siècle, où ils terrifiaient les zombies rien que par leur présence. Contrairement aux zombies, ils sont cultivés. Eve est amoureuse de littérature, a connu Shakespeare et Poe, Adam a composé les sonnâtes de Schubert. Ils s’attristent de voir que ces zombies n’utilisent pas leur intelligence et leur imagination pour rendre ce monde meilleur.

C’est ça qui est fascinant dans ce film. Adam et Eve sont deux créatures aux apparences antithétiques. Adam exprime son désespoir du monde à travers la composition de musiques funèbres et n’a de goût que pour la science. Eve, aime l’art et la littérature, et entretient presque un rapport érotique avec ses livres, elle les touche et s’émerveille de tout ce qu’elle peut voir ou entendre. Elle n’a pas besoin de voir le monde, elle le sent. Elle est en blanc, il est en noir.  C’est ce qui les réunit et fait qu’ils s’aiment autant.Et tous les deux ont l’histoire d’amour la plus vraie et la plus belle que j’ai pu voir. C’est partager des choses différentes avec quelqu’un de différent. C’est là que se trouve tout l’équilibre de leur amour. Ils sont inséparables, se touchent sans se toucher, à la fois libres et liés l’un à l’autre.

Leur amour est pur. Ils ont vu ensemble et évoquent l’écriture d’Hamlet ou la Guerre Civile comme on évoquerait des souvenirs de voyage. Leur amour est éternel. Ce qui les ennuie, c’est le monde des zombies, pas leur amour, qui lui est bien plus fort que tout, bien plus fort que le temps qui passe.

Et ensemble, ils s’aiment et aiment le monde. Au lieu de vasciller sur le son de la musique, ils dansent pour de vrai. Et cette scène est incroyablement belle. Mais tout bascule avec l’arrivée d’Ava, la soeur d’Eve, étrange mélange entre le nom  d’Eve et Adam. Elle vient chambouler leur paix. Elle vient du monde des zombies, Los Angeles. Elle est excitée, et vient rompre leur tranquillité. Elle a tout d’un zombie, elle séduit le premier venu et ne sait pas voir le monde, elle le détruit, elle détruit l’art. Elle ne sait pas, elle ne voit pas.

Le film fait souvent sourire, avec des phrases ou des éléments qui paraissent absurdes, des situations qui paraissent un peu en décalage avec le reste du monde. Des vampires avec des Iphones et des lunettes de soleil qui mange des glaces au sang, c’est pas commun, ça c’est sûr.

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C’est un film mystérieux, lent et terriblement beau. Un film désespéré et romantique. La musique, c’est l’âme même du film, intemporel, étrange, mystique. On a pas tout compris en le voyant, pleins de détails restent mystérieux, et nous échappent, pleins de leitmotiv qui reviennent sans cesse dans le film. On a passé la soirée et la nuit à se demander pourquoi, comment. On en sait rien. Un univers étrange qui nous envoûtent et dont on n’aimerait ne jamais partir, des personnages qu’on aimerait ne jamais  quitter. Un film hypnotique. Et un plan final, qui nous marque à tout jamais.

 

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