Ave Maria

 

Ça faisait longtemps qu’il traînait dans un coin et je n’avais pas trouvé la force de le regarder. Autant le dire tout de suite, j’étais déjà fatiguée d’avoir eu deux ans de théologie philosophie  et regarder un film qui parle de la foi en Dieu, ça ne me donnait franchement pas envie. Mais j’étais curieuse. Parce que The Tree of Life de Malick avait gagné la palme d’or face à Melancholia, et je ne savais pas. C’est assez drôle de voir que cette année-là, en 2011, deux films s’opposaient : l’un prônait la destruction, le chaos et le désespoir, l’autre la lumière, la foi et la grâce. Je me demande ce qui se serait passer si Von Trier avait fermé sa bouche ce jour-là. Il n’en reste pas moins que j’ai cédé hier soir, parce que je voulais savoir. Et ?

 

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C’est difficile vraiment de dire de quoi ça parle, parce que c’est tellement surprenant. Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l’oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu’il affronte l’individualisme forcené d’un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu’au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire…

Il faut être prévenu, et je ne l’étais peut-être pas assez au début. C’est ce genre de film qu’on adore ou qu’on déteste. Je ne connaissais que Malick de nom, mais j’avais lu suffisamment sur lui pour savoir que j’allais être surprise. Le film peut être assez rebutant, il faut l’admettre. On est dans les années 50, au Texas, ce qui signifie que Dieu est partout. Une période et un Etat particulièrement conservateur, où la religion fait office d’autorité. Tout repose sur elle : l’éducation, la famille, l’autorité, les valeurs, les principes, tout. Donc un film centré sur Dieu, ça peut faire peur. Et faut l’avouer, j’ai bien mis 30 min à rentrer dans le film. Je ne comprenais strictement rien. Rien du tout. Et ça m’exaspérait, toutes ces références bibliques.  J’avais d’abord l’impression d’être face à un joli diaporama de plusieurs images. Mais il m’en a fallu une seule pour que je me mette à pleurer sans raison. Il n’y a aucun véritable sens à chercher derrière tout ça.

C’est juste beau. C’est presque un cadeau qu’on vous offre comme ça. Je croyais qu’il y’avait un sens derrière tout ça, et en fait, peut-être pas. Il y’avait un seul mot que j’avais oublié et qui était pourtant répété, c’était la grâce. Quelque chose de beau, en soi, comme ça, sans raison. La caméra de Malick est très bizarre, elle virevolte dans tous les sens, et cherche à capter ce qui est beau. Chaque image est belle. C’est presque une symphonie de la vie. C’est un film lumineux : l’image est saturé de lumière. Elle cherche à trouver la beauté des choses, dans l’herbe, les arbres, le vent, le ciel. Dans la mère, incarnée par la divine Jessica Chastain, sorte de Vierge, d’une douceur et d’une beauté extraordinaire. La figure maternelle est au coeur même du film, c’est autour d’elle que tout gravite. C’est l’essence même de la vie. Elle dirige le regard des autres vers ce qu’ils ne voient pas, vers le beau. Elle enchante l’image par sa présence.

L’arbre de la vie, car Malick cherche à montrer le beau dans la vie. Le film ne donne jamais de réponse, il montre. Chaque personnage s’interroge. Et s’adresse à Dieu, comme dans une longue prière. Tous se demandent pourquoi. C’est même une remise en question de cette foi. Car chacun se demande pourquoi il y’a encore des malheurs alors qu’ils se tournaient vers Dieu. Le film cherche à retracer des origines, sans pourtant ne rien dire. Il faut le reconnaître, certains passages m’ont ennuyée, le début et la fin, parce que je ne comprenais strictement rien. Je n’ai sûrement pas toute la culture biblique qu’il faut pour comprendre, mais beaucoup de choses m’ont échappées.

Le film est presque apaisant. On suit une famille, on voit des enfants naître, grandir, se disputer, jouer, s’amuser. Jack, l’aîné doit faire face à un père autoritaire : l’incarnation type du père de famille texan et militaire de cette période. Qui apprend à ses enfants l’ordre et la discipline. On se retrouve alors avec des scènes d’une liberté intense. Où ces gosses vont se mettre à jouer, à courir, à faire n’importe quoi parce qu’ils sont des gosses, sur la musique allemande de Smetana. Ca m’a fait drôle d’entendre ce morceau dans ce film, je le connaissais bien et je l’avais en même temps complètement oublié. Et cette séquence illustre parfaitement les virevoltements de la musique elle-même. C’est rare de transcrire l’intensité d’une musique à l’écran. Le film a un drôle de pouvoir cathartique. Il fait du bien, il apaise, c’est presque une sorte de refuge.

C’est vraiment un film très curieux. D’une beauté visuelle juste extraordinaire. Un film profond, et métaphysique, sur la vie elle-même. Un film qui divise fortement, auquel on ne peut ne pas être réceptif du tout. C’est parfois un peu long, parfois d’une intensité incroyable, souvent très juste. Il y’a une certaine humilité dans ce film, traversé par une lumière parfois un peu trop aveuglante, dont on ressort un peu confus. Mais le film ne cherche pas à donner un sens, il donne simplement. C’est paradoxalement d’une étonnante simplicité : filmer la vie, capter sa beauté profonde, dans chaque image, dans chaque plan. Ça m’a touché sans même que je puisse dire pourquoi. C’est l’incarnation même de la grâce.

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