L’expressionnisme Allemand

Il faut déjà savoir que c’est un courant artistique du début du 20ème siècle en Allemagne ( qui a commencé fin 19 ème siècle ) , qui a connu son essor dans les années 20. Toutes les formes d’art ont été touchées, de la musique à la sculpture, en passant par le cinéma. Parler de l’expressionnisme sans évoquer l’histoire est absurde puisque tous deux sont fortement liés. On est en 1920, la Première Guerre Mondiale a été une catastrophe pour l’Allemagne et le pays doit se reconstruire. Le mouvement expressionniste est un mouvement de révolte contre la société : une atmosphère pesante règne dans le pays. Pour faire simple, tout va mal. Et bizarrement, de nombreux artistes pressentent la montée de la dictature et s’indignent. L’expressionnisme, c’est donc un courant de révolte qui traduit l’ambiance pesante et angoissante qui se fait sentir.

Au niveau artistique, c’est une révolution totale. C’est la remise en cause d’une tradition réaliste.

Quelles sont les caractéristique de ces films ?

  • Logiquement, on parle d’expressionnisme, et il est donc question d’expression dans ces films. Ainsi, les personnages ont un jeu très exagéré. Quand on a peur, on a vraiment très peur, et toutes les émotions sont volontairement sur-jouées. Et il n’y a qu’à voir leurs traits très prononcés. Ces personnages ont donc quelque chose d’absurde en eux même.

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Le Cabinet du Dr.Caligari – R.Wiene ( 1919 )

  • Ensuite, les décors ne sont pas réels. Sauf exception avec Nosferatu  de Murnau, les décors veulent justement être irréels. De plus, il est important de noter l’importance de la ville dans ces films. Pour tous ces artistes, la ville représente un vrai danger, un vrai fléau. C’est particulièrement le cas dans Métropolis de Fritz Lang, la ville est destructrice de l’homme. Chez Wiene, la ville est oppressante, ce qui est souligné par les décors pointus. Les décors se veulent donc complètement irréels, et ressemblent presque à des tableaux.

 

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Metropolis – F.Lang

  • Ensuite, ces films jouent sur le fantastique. L’ambiance est assez angoissante et effrayante. Mais le point commun de ces oeuvres reste la folie. Dans la plupart de ces films, les personnages sont fous. C’est notamment le cas dans chez Wiene. Mais si ce n’est pas un fou seul, c’est la société entière qui devient folle dans Metropolis. Sinon, c’est l’apparition d’une créature démoniaque, comme le vampire dans Nosferatu  de Murnau. On note aussi une ambiance assez onirique, et tient presque du rêve.

 

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Le Cabinet du Dr.Caligari – R.Wiene

  • Il est aussi toujours question d’une opposition entre le bien et le mal. Elle est très frappante dans Nosferatu, notamment par une mise en scène hyper travaillée et dont j’aurais l’occasion de reparler pour l’analyse d’une scène. Que ce soit une opposition entre riche et pauvre, Metropolis  ou une opposition entre entité démoniaque et femme pure et innocente chez Murnau, c’est confrontation est importante puisqu’elle traduit la dualité de toute une époque.

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Nosferatu – F. Murnau

 

C’est une ambiance très étrange, presque onirique. Il y’a un travail fou sur l’ambiance et l’image de ces films, à la fois grâce à un jeu de lumière et grâce au jeu des acteurs. Chaque image a un sens. Il est aussi important de noter une chose : on a l’habitude de voir une quantité indénombrable d’images dans un film. Ici, les plans sont fixes et durent. Du coup, chaque image est très forte. Ce sont des films très symboliques, à la fois par rapport au contexte historique et aussi car chaque image signifie quelque chose.

Ces films marquent en tous cas le début du film d’horreur, avec Nosferatu et Le Cabinet du Dr. Caligari, mais également le début de la science-fiction avec Métropolis. Et en plus de cela, ces films ont des répercussions sur le cinéma actuel. Eh oui, si je vous parle de Tim Burton ou les films noirs, vous faites le rapprochement.

Le rapprochement avec Burton est particulièrement évident quand à l’univers du réalisateur. C’est étrange, c’est biscornu, et les personnages sont tous bizarres. Les décors sont étrangement similaires :

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Les fenêtres pointues, l’escalier tordu rappelle vaguement le décor dans le Cabinet du Dr. Caligari. Mais surtout, l’une des oeuvres qui semble être la plus marquée avec ce cinéma allemand reste le court-métrage Vincent, que je trouve juste génial. Les escaliers, l’ambiance pesante, la folie, les ombres, tout concordent. Même si Burton est fortement influencé par le genre gothique. En attendant, ce court-métrage en stop-motion ( image par image ), je l’adore. Et puis parce qu’il y’a Vincent Price en voix off, ancien acteur dans de vieux films d’horreur de la Hammer.

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Ping: Nosferatu
  2. Sweet Judas dit :

    Merci pour la minute culture 😉
    Nosferatu et Metropolis sont sur ma liste (trop longue) de films à voir depuis longtemps. Cela dit, c’est chouette de connaître un peu le background artistico-historique (ce mot existe-t-il ? J’en doute) derrière chaque oeuvre. Je ne connais le « gothique » auquel tu fais référence en fin d’article qu’à travers les oeuvres de Poe ou, plus récemment, l’univers de Tim Burton. C’est curieux d’ailleurs, parce que si les décors d’Edward aux mains d’argent sont si particuliers, j’ai toujours vu ça comme un contrebalancement de l’expressivité des personnages. Les banlieues aseptisées et identiques vont avec des personnages hauts en couleurs, très expressifs et hypocrites jusqu’au bout des ongles, tandis que le château, avec son escalier ciselé de pierre et de métal (pour ne prendre que ça comme exemple, mais on peut aussi parler des jardins) abrite Edward et son créateur, tous deux quasiment muets et avec une expressivité faciale proche de zéro. Je me souviens que c’est ce décalage qui m’avait beaucoup touché, lors du premier visionnage…

    Mais bref, je blablate un peu trop là 🙂

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    1. Suzy Bishop dit :

      Ravie d’avoir pu t’apprendre quelque chose ! 🙂
      Le gothique est encore quelque chose de différent, mais c’est vrai qu’au cinéma et à ses débuts en tous cas, on retrouve encore beaucoup de traces de l’expressionnisme ! En ce qui concerne Edward aux mains d’argent, le film n’est pas vraiment gothique à proprement parlé, mais l’est sur le château en tous cas. Et c’est ce décalage entre la bizarrerie sombre d’Edward et du château, et la bizarrerie de la banlieue hyper colorée. Mais je ne fais que répéter ce que tu me dis 🙂

      Aimé par 1 personne

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