Complexe d’Oedipe

Contrairement à Drive, Only God Forgives a été assez mal reçu à Cannes ce que je trouve assez injuste pour ma part.  Une fois encore, ce n’est pas le scénario qui prime mais bel et bien la mise en scène. Car de quoi ça parle  ? L’histoire se passe donc à Bangkok où Billy, le frère de Julian tue sauvagement une jeune prostituée avant de se faire lui même assassiner. Julian, quant à lui, dirige un club de boxe thaïlandaise. Sa mère folle de rage revient des États-Unis et exige qu’il venge son frère,  qui est son fils préféré. La mère est quant à elle chef d’une organisation criminelle.

 

Quel est l’intérêt d’un tel film ?  Le scénario en lui même n’est pas excessivement complexe et c’est surtout une énième histoire de vengeance. Sauf que non. En fait, je considère ce film comme une sorte d’expérience visuelle. J’ai eu la chance de le voir sur grand écran et on ressort avec une étrange sensation. D’ailleurs, je me demande si mon expérience aurait été la même sur une petite télé en plein jour. Le mot  » expérience  » paraît peut-être fort mais je crois qu’il est justifié. Je ne pense pas me tromper en disant que ce film sort complètement de notre vision habituelle du cinéma en lui même. C’est d’ailleurs ce qu’on reproche au film dans de nombreuses critiques : c’est juste des images, y’a pas de scénario, c’est long, c’est ennuyant. C’est faux. Un film, c’est d’abord des images.  Ensuite les avis vont diverger quant à savoir si un film c’est d’abord un scénario, d’abord des personnages etc.. Mais avant tout, ce sont des images, et pour ce film précisément, il est important de le garder en tête.

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Dans le fond, on regarde  Only God Forgives avant même d’en chercher la complexité et il faut d’abord prendre ce qui s’offre à nous. Or ce film a une atmosphère assez incroyable. C’est d’abord et il faut le rappeler, un exercice de style avant d’être un scénario super travaillé. En effet, déjà on peut souligner l’extraordinaire travail sur la lumière car le film est majoritairement éclairé par des néons de toutes les couleurs. Dit comme ça, ça donne l’impression de quelque chose psychédélique.  C’est une ambiance plutôt glauque et qui en même temps plonge le spectateur dans une sorte de rêve. Les néons créent une ambiance assez dérangeante. D’ailleurs on notera l’omniprésence de la couleur rouge, qui est déjà très symbolique et révélatrice du bain de sang qui s’annonce . Il y’a quelque chose d’assez effrayant de voir Julian déambuler dans les couloirs sans fins, dans un immense labyrinthe sans fin.De plus, à cette image dérangeante s’ajoute la musique électrique de Cliff Martinez, qui ne fait qu’amplifier le malaise.

D’ailleurs cette atmosphère donne au film une dimension complètement irréelle et ressemble plus à un rêve. Ou à un cauchemar. L’une des nombreuses particularités de ce film, c’est le ralenti. Tout semble très lent, et c’est d’ailleurs ce que bon nombre de personnes ont reproché au film. Oui le film est lent, mais pas dans le sens où on pourrait l’imaginer. En fait, les mouvements des personnages sont très lents, ce qui renforce la dimension onirique du film. Personnellement, je trouve que ça apporte quelque chose d’assez sublime au film, malgré sa noirceur. Le film nous plonge dans un cauchemar, à la fois à cause de la lumière, des mouvements, et aussi parce qu’il frôle l’absurdité. Je pense notamment à une scène de karaoké, qui semble totalement incongrue dans un film pareil. La scène nous laisse perplexe face aux émotions que l’on doit ressentir. Un malaise. Un apaisement. Les deux à la fois.

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Car il faut le dire, ce film est d’une violence assez cruelle. Si le film est lent, les scènes de violence le sont aussi, et paraissent à certains moments interminables et même insoutenables. On prend le temps de savourer la violence dont notamment une scène de torture qui est à la fois fascinante et terriblement abominable. Cette violence qui semble gratuite est à la fois esthétique, car le film cherche à faire émaner cette beauté morbide, mais nécessaire. Julian est en quête de virilité, et celle-ci s’exprime à travers la violence. Se faire couper les bras, c’est être anéantit. Ce ne plus être. C’est ne plus être capable d’être un homme et d’assumer cette violence. C’est une castration.

Enfin, on reproche à ce film de ne pas s’attarder sur les personnages. Je suis pas totalement d’accord avec ça. Comme je le disais auparavant, Julian, c’est l’anti-Driver. Tout au long du film il se cherche et cherche à être plus viril. Sans en dévoiler trop, c’est à travers le combat qu’il cherche à s’affirmer, d’où une symbolique des mains extrêmement importante qui explique plutôt bien ses hallucinations et la fin. En fait Julian, c’est un personnage presque innocent, muet car il n’a jamais son mot à dire et  qui semble n’avoir rien à faire dans ce monde de sauvage , mais qui essaye de s’affirmer pour être reconnu par sa mère. C’est celui qui cherche ses origines dans le ventre maternel. En fait, il ressemble au driver par son mutisme, pourtant utilisé d’une manière différente. Le driver est un homme violent, introverti,mystérieux et qui parle pour dire. Julian, lui il se tait car il est sous la domination de sa mère, et il en devient  une victime. Sa mère est chef d’une organisation criminelle, elle dirige. Elle a un fils préféré  qu’elle ne cesse de comparer avec Julian  . En fait, la mère souffre juste d’un immense complexe d’Oedipe, peut-être au même titre que Julian qui essaye de lui plaire et qui semble chercher sa mère dans toutes les femmes. Billy, son frère, est quant à lui un psychopathe monstrueux. Le film se présente alors  comme une sorte de voyage initiatique dans lequel Julian tente de s’affirmer.

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Je dois avouer avoir été complètement fascinée par ce film. Au fond c’est d’abord un exercice de style qui est quand même très bien maîtrisé. C’est extrêmement noir, bien que très coloré. L’ambiance est tendue du début à la fin et on s’attend vraiment au pire à chaque fois. Le film ressemble à un cauchemar, dans lequel tous les personnages sont dans une spirale du mal et de la violence dont ils ne peuvent sortir. Car le film, c’est aussi une succession de scènes plus dures les unes que les autres. Pourtant c’est de là que né le beau . Il faut d’abord le voir ce film, le voir tel qu’il est, sans le comparer à autre chose, car ce film ne ressemble à aucun autre.

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