A real human being

Si tout cela existe, c’est à cause de Drive. De Nicolas Winding Refn. De ce cinéma mutique qui se tait et montre. Qui cherche le sens dans la vue et l’ouïe. Qui nous interroge, nous fait violence, nous met à mal. Nous apaise. J’avais envie de le faire parler. De le dire. De le montrer. De l’autre côté de l’image existe un monde insoupçonné. Des beautés confuses. C’est une quête de sens. C’est une quête du beau, du sublime, du bizarre. Derrière les apparences, les mots se trouvent un ailleurs formidablement monstrueux. Je veux parler avant tout du bizarre. Changer de regard. La vérité n’existe qu’à travers la passion.

L’histoire de Drive tient sur quelques lignes et qu’importe. Le driver est un inconnu. Cascadeur le jour, chauffeur pour la mafia la nuit, il finit par tomber amoureux de sa voisine. Sauf que celle-ci est mariée, et son mari sort tout juste de prison.

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Refn est un formidable faiseur d’image. Los Angeles. Les sons de Cliff Martinez viennent électriser la nuit. Celle-ci est dangereuse. Les moteurs viennent déchirer le silence de l’obscurité. Le film s’ouvre sur une scène de tension. Le driver tente d’échapper à la police. On ne sait rien. On est plongés dans une urgence sans but. On est immédiatement happé par cette vitesse.

Le film reflète la dualité de son personnage inconnu. La première partie du film s’attarde avec douceur sur l’idylle naissante du driver et de sa jolie voisine. La scène d’ouverture passée, le film baigne dans une atmosphère cotonneuse aux accents lyriques. C’est apaisant. Tout semble soudainement irréel. Loin de la furieuse course-poursuite, le driver se transforme en amoureux transit et timide, qui peine à balbutier quelques mots face à sa belle. C’est ce preu chevalier prêt à tout pour sauver et protéger sa belle et son petit. A le couvrir avec sa veste, ce scorpion, qui ressemble à une carapace puissante et indestructible.  Quand soudain. Le film bascule dans une violence brutale. Le driver devient une bête. C’est cette scène magnifique de l’ascenseur. Irréelle, c’est un baiser tendre et hors du temps. La pièce s’élargit, le troisième homme disparaît. Rêve ou réalité, la question se pose et ne trouve jamais de réponse. Quand soudain. Cette violence sortie de nulle part, cet acharnement cruel. Tuer ou être tué. Le driver est un scorpion. Pris au piège, il préfère se suicider plutôt que de s’avouer vaincu. Protéger Irene, c’est être violent, c’est mettre fin à cette idylle pour toujours.

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Le driver n’est personne. Il n’est qu’une fonction. Il n’a pas de nom, pas de passé. C’est un être ambigu, dans lequel s’opère une lutte constante entre le bien et le mal. C’est cet individu aux yeux d’enfant. Ce monstre de violence. C’est celui qui cherche à n’être qu’un  » real humain being « , un homme vrai, sincère. Qui vit. Qui ressent. Qui dit. La violence l’habite-t-il ? La réponse n’existe pas.  C’est un homme double. Une double vie. Cascadeur le jour, chauffeur la nuit. Il emprunte les traits d’un autre, et n’est jamais lui-même. Il porte un masque, et se cache.

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Drive fait écho au film tant détesté de Refn, Only God Forgives. Les deux films se répondent. Le driver cherche à retrouver une innocence, tandis que Julian est lui en quête de virilité. Les deux films se complètent dans leur différence.

Drive est un film spécial pour moi. C’est lui qui m’a poussé au beau milieu de la nuit à écrire. C’est lui qui m’a confirmé que j’aime le cinéma sans parole. Que l’image est un langage plus précieux que les mots, et qu’il émet un sens plus puissant.

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